Merci à la famille Arribas de nous avoir donné cette belle photographie de José et de ses jumeaux.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Dans la famille Arribas, il y a eu 4 enfants : l’ainé c’est Claude (1951) qui a fait une belle carrière de footballeur professionnel, puis ma sœur Evelyne (1954) et dix ans après l’arrivée de deux jumeaux : Luis et moi-même. En fait, mon père s’appelle José-Luis. Ce sont les journalistes qui ont simplifié son prénom. J’ai joué avec mon frère jumeau au FC Nantes dans les catégories jeunes. Puis, nous avons suivi nos parents en 1976 à Marseille et à Lille où mon père a fini sa carrière. En 1982, nous sommes revenus vivre à Nantes. Passionné de football, j’ai eu modestement une activité d’éducateur.  Ma mère que l’on appelle Mamita est invitée au stade où elle retrouve des anciens joueurs tels que Gaby De Michèle et Gilbert Le Chenadec.  Pour ma part, je suis fidèle au club et j’assiste avec mes amis aux matchs du FC Nantes.     

 

Concernant votre père, qu’est-ce qui est le plus essentiel dans sa conception du football ?

La valeur du collectif indéniablement. C’est à mettre en relation avec sa propre histoire. Il a connu la guerre civile en Espagne et la nécessité d’être solidaire. Mettre en valeur ses partenaires c’est la base du jeu. Celui qui n’adhérait pas à ce principe perdait sa place dans l’équipe fanion.

Il avait une grande exigence pour le geste simple et juste. La simplicité repose sur la proximité : la passe au partenaire le plus proche est toujours la plus facile à réaliser. Avec mon père, les grands « coups de botte » étaient interdits.  La relance doit être propre. Faire une passe digne de ce nom consiste aussi à mettre le ballon sur le bon pied de son partenaire. Cela impose d’avoir une bonne connaissance de ses équipiers. Le jeu c’est, avant toute chose, du mouvement. En permanence, il faut savoir décrypter les appels. Je pense que c’est cela le secret du jeu sans ballon.

Mon père que l’on considère souvent comme un amoureux du beau jeu appréciait aussi la grinta. Comme tout entraîneur, il détestait perdre. Il était intransigeant vis-à-vis du travail et de l’engagement. Le talent ne suffit pas. Il fallait être en mesure de gagner sa place à l’entraînement. Dans la composition de l’équipe, la notoriété ne rentrait jamais en ligne de compte.

 

Quelles étaient ses influences footballistiques ?...

En premier lieu, Il y a eu le jeu brésilien des années 50 mais plus largement celui qui se pratique à l’époque en Espagne et en Argentine. Un jeu technique et rapide où il faut savoir anticiper et éviter les duels. Ce qui est moins connu c’est son intérêt, dans la décennie suivante, pour le football de l’Europe de l’Est. Notamment celui de l’URSS et de l’Allemagne de l’Est où, à l’époque, les équipes prônaient un jeu très collectif. 

 

Qu’est-ce que vous pourriez nous dire sur sa personnalité ?

En fait, nous découvrons l’entraîneur qu’il a été à travers les témoignages des anciens joueurs et des articles qui lui sont consacrés. C’était un homme qui aimait convaincre plutôt qu’imposer. Il était dans le partage. C’est pour cette raison qu’il est à l’origine, avec Georges Boulogne, en 1972 de la création de l’UNECATEF : le syndicat des entraîneurs et éducateurs.  

Au sein de la famille, mon père était quelqu’un de bienveillant, qui aimait pratiquer l’humour. Son passe-temps favori était les jeux fléchés. Un dérivatif qui lui permettait de prendre un peu de distance avec son métier. Sa passion pour le football est restée intacte jusqu’à la fin de sa vie. A la retraite, je me souviens de l’avoir accompagné pour assister aux entraînements. Le FC Nantes : c’était son club de cœur. Après 16 ans d’activité, Il est parti avec regret parce qu’on ne lui proposait qu’une seule année de contrat.  Cela rendait, à ses yeux, impossible l’intégration de la nouvelle génération : Amisse, Sahnoun, Pécout, Tusseau.  Mon père, était un bâtisseur et il lui fallait du temps pour construire une équipe. 

 

Et que pense le supporter du FC Nantes que vous êtes de la période actuelle ?

Cela va faire presque dix ans que le club est dans une situation inconfortable. La saison prochaine suscite l’espérance. Christian Gourcuff a un discours qui ne peut que me séduire lorsqu’il parle de l’importance du collectif. Retrouver la dimension humaine est fondamentale. Cette année, le coach dispose du temps nécessaire pour mettre en place son équipe ce qui n’était pas le cas la saison passée. La préparation d’avant saison est souvent déterminante dans la réussite. Nous verrons assez vite si le renouveau annoncé est au rendez- vous.



Un petit mot de Evelyne Arribas

En préambule, trente années après la disparition de mon père, cela m’interpelle d’assister à la sortie de livres et d’articles retraçant son parcours. À la lecture de ces documents, j’ai l’impression de partir à sa rencontre. Bien évidemment, me concernant, il y a la découverte du milieu footballistique, mais aussi la découverte d’un homme précurseur, créateur, grand pédagogue, un homme de convictions.

L’ampleur de sa notoriété ne m’étonne pas, car le personnage était charismatique, il dégageait une énorme présence. J’ai le souvenir d’un homme « drôle », au trait d’humour aisé, beau parleur et aimant pousser la chansonnette.

Il entretenait avec son entourage, familles et amis, des rapports emprunts de simplicité et de générosité. Accompagné de notre maman, il s’est donné les moyens de pouvoir conjuguer passion et vie professionnelle. Au -delà de mon amour envers lui, je lui voue une grande admiration.