Génération Denoueix – Episode IV : La huitième étoile
Génération Denoueix – Episode IV : La huitième étoile
Œil du Supporter
Génération Denoueix – Episode IV : La huitième étoile
26 juillet 1997 : un coup de tonnerre résonne dans le ciel de la Jonelière à Nantes : Jean-Claude « Coco » Suaudeau, entraineur mythique, reconnu et admiré de tous, quitte son poste d’entraineur du Football Club de Nantes Atlantique en plein milieu d’un stage de préparation. Le tacticien devenu légende, à l’origine de deux des plus belles formations titrées de l’histoire du club en 1983 et 1995, tourne les talons à une direction qui voulait privilégier le remboursement d’une dette par la vente de ses joueurs emblématiques. Le club est, à l’époque, encore une famille avec ses valeurs, ses traditions. Ces même traditions sont celles qui désignent le successeur de Coco : Raynald Denoueix, alors responsable du centre de formation et devenu adjoint de Suaudeau. Denoueix reprend un groupe à quelques jours du début du championnat, et tout est à faire. Il ne le sait pas encore, mais en 5 saisons, il ramènera 5 titres à la Maison Jaune. Voici la fabuleuse histoire de la « Génération Denoueix ».
Tancréde Adnot
04 septembre 2019

Appliquer la « doctrine FCN », à un détail prêt.

Tout comme en 98, la France baigne dans la confiance footballistique après que l’équipe de France a remporté l’Euro 2000 au bout du suspense. Et à Nantes, après trois titres en deux saisons, quelques frayeurs mais surtout du beau jeu, la confiance dans la philosophie de jeu et de construction d’équipe est bel et bien présente. Dès lors, Raynald Denoueix ne changera pas d’un pouce son modèle de groupe : jeunesse, vitesse, mais aussi patience, sérénité. C’est donc en toute logique que les mouvements d’effectifs sont très limités côté nantais. Bon, certes, Antoine Sibierski quitte le club, après un excellent passage à Nantes, tout comme Sébastien Piocelle, pourtant très apprécié du public, et aussi Jean-Marc Chanelet, le vétéran. D’autres s’en vont très discrètement : Patrick Suffo, Alain Caveglia, Stéphane Lièvre et Diego Bustos.

L’effectif est presque 100% pur beurre nantais… mais là encore, la philosophie du club est d’ajouter des éléments extérieurs, des atouts, des cadres. Nestor Fabbri en est l’exemple parfait. Alors pour combler le départ de Chanelet, on recrute Nicolas Laspalles qui reste un rare exemple de joueur faisant le voyage PSG-FCNA et non pas l’inverse. Une bonne pioche, car sans être reconnu comme un défenseur d’élite, Laspalles n’en est pas moins très expérimenté et fiable. Et puis surtout, c’est un gars de l’Ouest, qui a grandi à Guingamp, autre club avec une « mentalité famille ». Laspalles confiera même que jouer avec Denoueix était un rêve. Autre arrivée défensive, Mario Silva, du Boavista (Portugal.) Le défenseur n’est présent que pour un an, il sera très discret (combien se souviennent de lui aujourd’hui ?) mais cruellement efficace et jouera 20 des 34 matches de championnat ! Et puis, il y a Sylvain Armand, tout droit venu de Clermont foot. Un jeune de 20 ans, repéré par le club, et qui suscite la curiosité des supporters.

Une arrivée, ou plutôt un retour, donne le sourire à tous : celui de Stéphane Ziani, prêté par Bordeaux avec option d’achat. Score final ? 75. 75% des joueurs sont issus du centre de formation : doctrine FCN respectée, à un détail près. En effet, au mois de juin 2000, le groupe Socpresse-Figaro voit sa candidature en tant qu’investisseur du club validée par le Conseil d’Administration. Personne ne s’en émeut particulièrement, mais l’arrivée d’un volet business-investissement sera le ver dans le fruit qui détruira progressivement la tradition familiale du club.

Une saison style 98-99 ou 99-2000 ?

L’effectif reste donc dans la philosophie de jeu, l’intégration des nouveaux se passe bien. La grande inconnue, c’est de savoir si Nantes va montrer la fougue de la saison 98-99 ou le doute de 99-2000. Quoi qu’il en soit, Nantes va jouer sur tous les tableaux encore une fois : D1, coupe de France en tant que double tenant du titre, coupe de la ligue (seul trophée manquant au club), coupe UEFA et Trophée des Champions. Et c’est par ce dernier trophée que l’on débute la saison, face à une superbe équipe championne de France 2000 : l’AS Monaco. Les Canaris continuent de montrer qu’ils ont du culot et de l’audace, puisqu’ils tiennent les monégasques en échec durant le match : 0 à 0. La prolongation ne change rien, on va aux tirs-aux-buts. Denoueix, à ce moment-là, dispose encore de Piocelle et mise toujours sur le duo Da Rocha-Monterrubio. Au final, c’est Armand qui ratera son tir en mort subite : défaite 6 à 5 aux pénaltys, face à une équipe qui avait survolé le championnat l’an passé. Pas mal !

La saison débutera à la Beaujoire, face au RC Lens de Rolland Courbis. Les Canaris présentent à leur public leurs nouveaux maillots Le Coq Sportif, qui met certes un terme à l’ère des rayures, mais dont le design plait énormément à tous tant il est moderne pour l’époque et, surtout, sa version extérieure, tout en noir, convainc des milliers de Nantais de foncer à la boutique du club. Et ce match contre Lens ? Défaite 0-2 dans les arrêts de jeu. Je vous laisse avec cette anecdote personnelle pour résumer la rencontre : ayant assisté au match, mon frère revient du stade et m’explique : « Ils ont perdu, mais s’ils jouent comme ça toute l’année, ils sont champions ». A l’époque, j’ai ri. Et pour le second match, c’est le champion en titre, l’AS Monaco, à Louis II, qui fait face aux Nantais. C’est alors que l’incroyable se produit : après 30 minutes de jeu, le score est de 4-1 pour Nantes ! L’ouverture du score de Shabani Nonda réveille l’orgueil nantais et, sur la première passe décisive de Carrière - désormais titulaire du numéro 10 - Monterrubio est servi comme un roi pour égaliser. S’en suivent les buts de caractère et de génie de Da Rocha qui se farçit quatre Monégasques avant de tirer droit en lucarne, celui de Monterubio encore sur un centre de Da Roch’, et la frappe bien placée de Ziani, qui se sent déjà comme chez lui dans le jeu nantais. Score final : 5-2, énorme.

Deux matches, et on a déjà vu le mauvais et l’excellent, mais les Nantais vont avoir du mal à trouver leur rythme de croisière.

Compléter l’effectif avant d’avancer

Raynald Denoueix est, comme depuis trois saisons, dans son bain et son effectif, comme dit plus tôt, est ridiculement nantais : Landreau, Grondin, Guy, Armand, Deroff, Delhommeau, Fabbri, Gillet, Laspalles, Silva, Berson, Carrière, Dalmat (frère de Stéphane Dalmat qui perçait alors chez les Bleus), Da Rocha, Devineau, Leroy, Macé, Monterrubio, Olembe, Paillères, Rubil, Savinaud, Ziani, Ahamada, Aristouy, Touré, Vahirua. Spécialité de ce groupe ? La taille moyenne. Hormis les tours défensives (Fabbri, Delhommeau et Gillet), les centres de gravité des garçons sont très bas. Conséquence : le jeu vite vers l’avant, made in Denoueix, marche à merveille.

Mais même dans cette configuration, la victoire à Guingamp n’est pas facile (merci Landreau…) Nantes reste limité offensivement, le duo Monterrubio-Da Rocha a déjà montré ses limites. Un nom va tout changer : Moldovan. Dans les circuits de Budzinski depuis des années, le roumain a enfin donné ses faveurs aux Nantais et est présent sur la feuille de match contre Marseille sous une pluie battante. La bataille est engagée et commence par un but marseillais. Denoueix ne flanche pas, il a son carnet entre les mains, comme Aimé Jacquet en 1998, et maintient ses troupes au calme. Avait-il tout prévu dans ce carnet, tout noté, tout anticipé ? Notamment ce but qui reste le but de la génération Denoueix, le jeu à la nantaise à l’état pur ? En 12 secondes et en 6 touches de balles : récupération Fabbri en défense, pour Carrière, Laspalles, Da Rocha, Carrière, Olembe, ficelle. Nantes et Marseille sont à 2-2 et le coup de sifflet final approche. Denoueix libère le roumain Moldovan qui a faim d’efficacité. Dernier corner tiré par Ziani, bonne petite tête bien sale pour Trévisan qui s’incline : victoire 3-2. Avec Moldovan, Nantes est lancé, au complet… du moins, c’est ce que l'on pense.

De la 15e à la 1ière place en deux mois.

La qualité de jeu affichée fait frissonner la Beaujoire, la maturité du groupe également. Mais le FC Nantes 1999-2000 va repointer sa tête au pire moment : match nul contre Toulouse, puis un dramatique match contre Bordeaux, durant lequel les Canaris sombrent sous les coups de botte d’un Portuguais qui marque ses premiers buts en D1. Oui, « ses », car il ne se contentera pas de 1, de 2 mais de 3 buts. Son nom, Pauleta. Score final : 0-5, à domicile… Landreau blague « comme dit le dicton, mieux vaut prendre une fois 5-0 que cinq fois 1-0. ». Oui… mais Nantes était totalement à la rue, et sous la pluie en plus. Et puis surtout, ça continue : nul à Auxerre, défaite contre Lyon, Paris, et nul contre Lille, alors petit promu avec le vent dans le dos. Nantes, après 11 journées, est 15e. 

Il faut un réveil, quelque chose, une victoire. A Nantes, la pluie détruit totalement la pelouse, alors on ira se défouler à l’extérieur. A Strasbourg, les Nantais retrouvent des couleurs et leur jeu avec Carrière, encore lui, qui servira Savinaud, puis ça déroule avec Armand, Vahirua, Vahirua encore servi par Carrière, qui met le 5e but. 5-0. S’en suit une victoire (sous la pluie… tradition nantaise désormais), contre Rennes, avec encore un but de Vahirua qui montre ses qualités athlétiques et sa vitesse. Elles seront décisives plus d’une fois.

Après une défaite chez les rigoureux Ardennais à Sedan (0-2) emmenés par Olivier Quint, Nantes enchaîne et roule sur son championnat : Metz (2-0), Troyes (4-0), Saint Etienne (2-0), Monaco encore (3-1) et Guingamp (2-1.) Nantes est désormais 2e de D1. Et Nantes va le rester, malgré deux défaites qui s’en suivent, les deux à l’extérieur, face aux Bastiais et Marseillais. Pour le premier, les Canaris n’avaient même pas pris la peine de venir avec leur maillot officiel, pour le second, il faudra 20 secondes aux Olympiens pour marquer le premier but. Après une nouvelle victoire sur Toulouse, et sous la pluie (tradition toujours), la dernière étape de l’an 2000 sera Bordeaux, qui avait empâté les Nantais chez eux 5-0. Ce match, avec celui de Marseille en août, est le deuxième tournant de la saison. En effet, bien loin de l’humiliation du match aller, les Canaris vont verrouiller défensivement. Da Rocha servira Moldovan, et ensuite, catenaccio (avec un peu de réussite quand même.) En toute fin de match, Nantes gère bien, si bien que finalement Carrière se trouve devant Ramé et lui file la balle entre les jambes : 2-0, et Nantes est champion d’automne, une première depuis 1994.

Nantes assure sur tous les tableaux

Dans les autres compétitions, la Maison jaune va faire régner sa loi également : en coupe de France, Pacy-sur-Eure prend un bon gros 9-0, puis Bordeaux (1-0), puis Carcassonne (3-0), et arrive le quart de finale contre Auxerre. Ce match est tout simplement épique, avec son héros : Landreau. Car la saison 2000-2001, c’est celle de Landreau et de son histoire d’amour avec les pénaltys. Au stade de l’année où arrive ce quart de finale, se retrouver aux 11 mètres devant Landreau, c’est le pire jour de votre vie. Et les Auxerrois, même avec deux pénaltys, eh bien ils ne marquent toujours pas, Landreau arrête les deux. La partie se termine en prolongation : 4-1 pour Nantes, qui décroche alors, pour l’époque, le record d’invincibilité en coupe de France. Et oui ! Car Nantes est invaincu depuis 1998 dans la compétition… nous sommes en 2001. Ce record s’arrêtera là, car les Canaris lâcheront l’affaire face aux Strasbourgeois revanchards du 0-5 infligé en septembre, défaite 1-4 avec notamment le gardien Chilavert, totalement intenable.

En coupe de la Ligue, compétition souvent passée à la trappe côté nantais, cette fois-ci on tente le coup : victoire contre Rennes, Valence aux pénaltys (Landreau…) et Troyes. Et voilà Nantes pour la première fois en demi-finale de cette compétition, face à Lyon. Mais le score sera le même qu’à Strasbourg : 1-4 pour les Gones. 

Enfin, la coupe UEFA 2000-2001 sera aussi une bien belle campagne nantaise : c’est d’abord le FK Kryvbass, club qui n’existe plus aujourd’hui, qui tombe (1-0/5-0), les Hongrois du MTK Hungaria (2-1/1-0), et Lausanne Sport (4-3/3-0) avant d’affronter le FC Porto en quarts de finale ! Gillet marque trois fois durant cette campagne, et Moldovan cinq fois, dont un triplé. Les Portuguais sont un gros morceau, qui l’emporte 3-1 à Porto. Mais dans une Beaujoire remplie… et sous la pluie (!), et avec une caméra principale curieusement située… en tribune océane, les Nantais l’emportent 2-1 face aux troupes de Victor Baia.

Un coude à coude épique, pourtant oublié, avec le LOSC

Nous voilà donc avec nos Nantais, champions d’automne, demi-finalistes des deux coupes, quart de finaliste en UEFA. On rêverait tous d’une telle saison aujourd’hui non ? Mais c’est vite oublier l’insoutenable stress et suspense que la suite du championnat va réserver. Exit Paris, Marseille, Bordeaux, Monaco. Ces équipes sont en galère. C’est surtout Nantes et Lille qui vont être au coude à coude, et qui va durer longtemps, très longtemps. Nantes est favori dans ce duel, mais Lille, étonnant promu, a confiance en son entraineur, un certain Vahid, Vahid Halilodzic.

Nantes cède à Auxerre un match nul, permettant aux Lillois de rester bien collés. Puis les Canaris, toujours peu inspirés face aux Gones, cèdent à Lyon (1-3.) Dès lors, c’est Lille qui prend les commandes. Le moindre faux pas sera fatal à l’une des deux équipes qui se tiennent en deux petits points. Sauf que la défaite à Lyon, la 8e de la saison, ce sera bel et bien la dernière des Nantais (nous sommes en janvier.) Nantes se défait du PSG, toujours sous la pluie bien sûr. Puis arrive le choc : Nantes contre Lille. Le leader contre son poursuivant, les deux ont 40 points chacun. C’est l’affiche de l’année… qui ne sera ni diffusée en prime time, ni en direct. La programmation TV snobe totalement le match et le laisse dans le pot des multiplex radios du samedi soir. Mais bref, dans l’antre obscure de l’ancien stade du LOSC, alors au même niveau de désuétude que l’était le Stade Marcel Saupin, Nantes fait la sensation en ouvrant le score avec Carrière qui trompe un Wimbée au sommet de sa forme. Nantes a alors 3pts d’avance en tête du championnat. Il reste 6 minutes et dans une melée de jambes à l’entrée de la surface, N’Diaye envoie une belle patate lilloise dans les ficelles de Landreau : 1-1, la précieuse avance est perdue. Lille tape le poteau dans les arrêts de jeu… les deux équipes restent collées l’une à l’autre.

La pagaie arrive, avant le match de l’année

Nantes-Lille ne fut pas un tournant. Les deux équipes ont manqué toutes les deux de prendre la route du titre. Alors les Canaris vont continuer de mettre en marche leur rouleau compresseur. Lyon était la dernière défaite, Lille sera le dernier nul. Désormais, Denoueix et sa bande sont obstinément tournés vers la victoire. 1-0 contre Strasbourg, 2-0 à Rennes, 4-1 contre Sedan. Puis arrive le troisième tournant de l’année. Tenu en échec par Lyon, Lille n’a pris qu’un point. Si Nantes gagne à Metz, les Canaris seront désormais seul leader ! La partie à Saint-Symphorien est tendue. Metz marque dès la 3e minute par la légende Frédéric Meyrieu. Olembe obtient un généreux pénalty, transformé par Monterrubio. Rien ne laisse penser que l’avantage peut tourner facilement aux Nantais. L’histoire du FCN s’écrit alors :  Laspalles voit Vahirua lancer sa course. Il lui transmet une longue balle. Contrôle et frappe ? Le Tahitien préfère surprendre Mondragon et tente la reprise, et ça passe. Vahirua exulte, vient se poser à côté du but, et démarre sa pagaie, la première. 2-1.

Nantes est en tête, bien, il faut désormais tenir. Le match suivant, ce sera le plus important, c’est Bastia, le quatrième tournant de l’année. Ceux qui l’ont vécu s’en souviennent encore, ce match était ir-re-spi-ra-ble. Vaincu 1-3 à l’aller, les Nantais savaient que la tâche ne serait pas facile. Il faut un coup franc canari et une sortie maladroite de Durant, gêné (faute… ?) par Moldovan, pour envoyer la balle au fond : 1-0. Mais attendez, le but, c’était le plus facile. Bastia va mettre une pression énorme aux Nantais qui bloquent tout. Tout, ou presque, car Lachuer a vu Née se lancer vers le but. Il lui envoie une passe lobée parfaite, et Née va marquer, c’est 100% sûr… jusqu’à ce que l’attaquant bastiais se fasse briser la jambe par Fabbri : pénalty, et rouge logique. Mais vous le savez… un attaquant à onze mètres, devant Landreau… même sans être taclé, il aura les deux jambes brisées. Pierre-Yves Andrée frappe, fort et bien, Landreau arrête, fort et bien. 1-0. Il reste encore quelques minutes. Bastia retente, frappe de Née à bout portant : Landreau encore. Corner bastiais, tête rageuse, Landreau encore, mais la balle roule vers la ligne, passe sous la jambe de Gillet, entre aux deux-tiers, et Gillet réussi à faire tourner sa jambe autour pour dégager ! 1-0, pour de bon. Le match de l’année, et le titre à portée.

Avant dernière étape, Troyes. Cette fois-ci, c’est la génération Denoueix qui va honorer son coach. Certes Nantes ne va gagner que 1-0. Mais Lille et Lyon sont désormais à 4pts, et le but marqué l'est par celui qui incarne cette génération : Frédéric Da Rocha, qui vient célébrer son but avec toute la rage, toute la hargne et la soif de vaincre, contenue depuis des années. C’est un but nantais, d’un Nantais, pour un titre nantais. Encore une fois, Landreau sera impérial, et au coup de sifflet final, c’est tout le groupe qui pagaie. Une victoire, et ce sera la huitième étoile. 

Fin de saison en apothéose

Samedi 12 mai 2001, pour ma part, l’un des plus beaux jours de ma vie. Deux semaines après Troyes, l’impatience est là. L’histoire veut que ce soit encore Saint Etienne, le vieil ami et rival nantais, qui sera la victime désignée pour le titre. Nantes est à un match de devenir le deuxième club le plus titré de France, après Saint-Etienne justement. La Beaujoire est belle, jaune et verte, ornée de fleurs, d’un tapis pour les joueurs. La pluie est partie, le soleil est radieux, comme à Tahiti. Jean-Claude Suaudeau est là. Coco vient voir Raynald Denoueix, celui qui lui avait succédé dans le chaos de l’été 1997. Il lui offre un plateau de fleurs jaunes et vertes, avec un sourire et une complicité certaine. Raynald et sa génération sont entrés au panthéon du football français et du FC Nantes.

Mais avant cela, il faut finir le travail. Et comme dans un film, c’est Vahirua qui marque, à la 9e minute, sur un service un peu chanceux de Da Rocha. Pas son plus beau but, mais sa plus belle célébration. Le Tahitien se pose délicatement sur la pelouse, et démarre sa pagaie mythique, avant de souffler de doux baisers aux 36 000 spectateurs. L’essentiel est fait. Saint Etienne montrera de la bravoure, et touchera la barre de Landreau, mais rien de plus. La tribune Loire ouvre le bal, et le kop vient se poser lentement derrière le but d’Alonzo. La tribune Erdre la suit, puis l’Océane. Carrière lèvre les bras, l’arbitre siffle les trois coups, et la vague de bonheur déferle sur la pelouse (et la ravage définitivement au passage), tandis que Landreau fait le sprint de sa vie vers les vestiaires. Nantes est champion de France, le 4e titre en 4 saisons pour Raynald Denoueix. Ce soir-là, au bord des larmes, nous fûmes une région entière à pagayer. Il faudra un moment pour déloger les milliers de Nantais sur la pelouse du stade, qui célèbrent avec les joueurs, ornés d'un t-shirt de champions. Landreau prend le micro : "ce soir c'est la victoire d'un groupe". George Eo chante "Allumer le feu". 

Téléfoot viendra installer ses quartiers pour rendre les honneurs aux Nantais, après un petit match pour du beurre à Lens pour la dernière journée. Nantes, à l’aller, avait perdu 0-2 et était dernier de D1. A Felix Bollaert, les Canaris mettent Grondin dans les buts et Wilfried Dalmat en pointe. Ils s’éclatent et gagne 4-1, terminant à la 1ère place. S’en suivra un été doux et radieux, légèrement rendu stressant par une histoire de faux passeports qui techniquement rendait Lyon champion, mais qui fut rapidement écartée de l’actualité. Nantes fut honoré : meilleur joueur, Eric Carrière ; meilleur entraineur, Raynald Denoueix. Le technicien nantais a réussi, et verra même Landreau, Gillet et Carrière s’envoler pour le Japon avec l’équipe de France pour aller gagner la coupe des confédérations. Grâce à lui, Nantes est désormais connu dans le football mondial.  

Seule la victoire est belle ?

Landreau assurait que sa génération était celle des paradoxes. La saison 2000-2001 en fut l’exemple parfait. Entre le 5-2 à Monaco, le 0-5 contre Bordeaux, entre le retour d’une saison au bord de la descente, et la suivante qui va offrir 52 matches de D1, coupe de France, coupe de la ligue, coupe UEFA, trophée des champions, de qualité, avec du jeu, de la défense, et un gardien légendaire, on a du mal à comprendre ce qui a bien pu se passer durant l’été 2000.

Pourtant, le championnat de France 2000-2001 ne fut pas l’un des plus beaux, c’est certain. Les cadors ont manqué à l’appel, même si il ne faut pas oublier à quel point Sedan ou Lille ont été injouables. Mais des équipes attendues comme Marseille, Paris et Bordeaux, et surtout son brillant champion en titre Monaco, ont totalement raté leur saison et laissé le champ libre à Nantes. Mais le bilan est bien là : deux demi-finales de coupe, un quart de finale de coupe d’Europe, un titre, meilleure attaque, meilleur joueur, meilleur entraineur, et surtout, meilleur jeu. La saison 2000-2001 est bel et bien un succès, reconnu par tous, même au-delà de la Maison jaune. Mais le succès, c’est ce qui condamne Nantes, comme disait Jean-Claude Suaudeau… la légende nantaise avait-il averti Raynald Denoueix de ce cadeau empoisonné ?