RCSA - FCN, J-1, Interview d'un supporter strasbourgeois
RCSA - FCN, J-1, Interview d'un supporter strasbourgeois
Œil du Supporter
RCSA - FCN, J-1, Interview d'un supporter strasbourgeois
À 24 heures de la confrontation entre Nantais et Strasbourgeois, nous vous proposons notre traditionnelle interview de supporter. Aujourd'hui, c'est Guillaume Vague (@glm_vge), journaliste pigiste pour BeIN Sports notamment, qui a eu la gentillesse de répondre à nos questions.
Elliott Bureau
19 September 2019

Pourrais-tu brièvement te présenter ?

Je m’appelle Guillaume Vague, j’ai 26 ans cette année. J’évite de le dire trop fort parce que ce n’est pas encore le cas… j’ai le syndrome du mec qui commence à devenir vieux ! Ma passion pour le Racing est venue par à-coups on va dire. Au début des années 2000, je suivais un peu les matches à la radio avec mon frère aîné qui avait plus conscience de ce qu’était le foot… 4 ans d’écart à cet âge-là ça se ressent. On se limitait à la radio parce que je n’avais pas une famille qui m’emmenait beaucoup au stade, ça arrivait une fois de temps en temps en guise de récompense ou de sortie. Ces années-là n’étaient pas non plus les plus glorieuses pour le Racing hormis la finale de la Coupe de la Ligue remportée en 2005. Bon c’est un peu le syndrome français mais quand l’équipe perd on a pas trop envie d’y aller, les supporters ne sont pas très présents… c’était un peu le cas à Strasbourg à cette époque-là. Au final, ce qui a été l’élément déclencheur c’est la saison en enfer (en CFA2 en 2011.) C’est là que tout a commencé. C’est à ce moment-là qu’une prise de conscience a eu lieu dans le sens où l’on sait qu’un club meurt quand il n’a plus de supporters. Je pense que la renaissance du Racing est beaucoup passée par les supporters. J’ai encore cette image en tête où nous n’avions pas d’effectif à 3 jours de la reprise du championnat. À 3 jours du premier match à la Meinau, ce sont les supporters qui ont nettoyé les places… le stade n’était pas entretenu. Je ne sais plus exactement combien mais c’est une vingtaine ou une cinquantaine de personnes qui ont pris leur temps, qui ont nettoyé les sièges. C’est là que tout a commencé pour la nouvelle génération des fans du Racing.

 

Tu as connu ces années « galères » de Strasbourg dans les divisions inférieures… avec du recul et après 2 saisons dans l’Elite puis un retour en Europe, quel regard portes-tu sur cette période sombre du RCSA ?

Je qualifierais ces saisons de formatrices et même salvatrices. Quand tu enchaînes les « merdes », tu es moins susceptible d’avancer… tu stagnes voire tu descends. Dans le cas du Racing, la descente a été brutale mais elle a permis de purifier le club, d’effacer les dettes et de repartir sur de nouvelles bases. Depuis 2011, on a connu des années galère même sportivement, mais aujourd’hui le club se porte très bien, même mieux que jamais. Finalement, c’est un peu unique en France. Des clubs qui ont connu ce parcours là je n’en connais pas beaucoup. Certains ont essayé d’enchainer les montées - je pense notamment à Evian - mais ça n’a pas duré. Le plus dur pour le Racing, c’était de se maintenir les deux premières saisons, ce qui a été fait avec succès. Maintenant, l’ami président d’Angers dirait que le prochain cap est celui des 5 ans. C’est à ce moment-là que les droits se renouvèlent et que le budget du Racing sera revu à la hausse. Pour moi on aborde le dernier pallier, et si on y arrive, je pense que nous serons bien partis pour se pérenniser en Ligue 1. 

 

Strasbourg a remporté la Coupe de la Ligue l’an dernier, ce qui a permis au club de retrouver l’Europe… on imagine que vous avez vécu de grands moments cet été…

Je suis un peu trop jeune pour me souvenir des épopées de 2001 ou 2006, même si c’était face à l’Inter de Ronaldo à la Meinau… c’est une époque que je n’ai pas vraiment connu. Quand on descend en CFA2 en 2011, on se demande dans un premier temps quand est-ce que l’on retrouvera le monde pro, la Ligue 2. Quand on arrive en deuxième division on pense évidemment à la Ligue 1… et une fois dans l’Elite, on se dit que le chemin jusqu’à l’Europe est encore long ! On ne sait pas quand est-ce que l’on revivra ça… dans la décennie ? Dans les 20 prochaines années ? Finalement, pour nous, l’Europe est arrivée vraiment très vite. Il y a deux sentiments. Le premier est une sorte de soulagement de se dire que tant d’années pour y arriver, ça valait le coup… c’est grandiose, merveilleux… c’est indescriptible en fait. Je suis désolé, je vais prendre Nantes en exemple, mais sur cette période il y a des clubs qui ont fait la bascule Ligue 1 / Ligue 2, qui ont essayé de progresser, qui ont changé des choses en interne… et qui n’ont pas réussi à se hisser en Europe pour autant alors que ce sont des clubs aussi grands voire plus grands que Strasbourg, si on reprend le cas de Nantes par exemple. Il y a en a même qui sont restés 8 ans en Ligue 1 sans se qualifier… c’est là que l’on se dit que l’on vient de nulle part, que l’on ne nous attendait certainement pas là ! 

Le deuxième sentiment, ce n’est pas de la frustration mais plus de l’inquiétude, dans le sens où notre mercato a été fortement conditionné par la qualification en phase de poules. Jonas Martin a été transféré à Rennes au lendemain de la défaite face à Francfort, c’était quand même la plaque tournante de l’équipe. Notre saison a commencé fin juillet, on a été le premier club français à reprendre. Au 31 août, on avait déjà disputé 10 matches officiels… à titre de comparaison, les autres clubs de Ligue 1 en étaient à 4. On a eu peur que ça nous plombe un peu… toutefois, la gestion a été très bonne de la part des dirigeants qui ont laissé une semaine de repos aux joueurs pendant la trêve internationale. Je ne sais pas si ça s’est fait ailleurs, je parle de ce que je connais. Enfin, comme je m’y attendais, ça a été un cadeau empoisonné dans le sens où l’on perd l’un de nos meilleurs éléments mais également car l’on débute notre championnat avec 6 journées de retard. Il y a 4 journées de Ligue 1 qui ont été plus ou moins mises de côté pour essayer de passer en Europa League... les fameux dimanches où les clubs français ne gagnent pas quand ils jouent le jeudi. Je compte aussi le match contre le PSG où l’on ne s’attendait pas à prendre de points. Au final, notre vraie première journée de championnat, malheureusement, c’est vendredi contre Nantes. 

 

Comme tu le dis, la Coupe d’Europe a usé les organismes, aujourd’hui, Strasbourg n’a pas gagné un match de championnat… quelle est l’ambiance autour du Racing à quelques jours de la réception du FC Nantes ? 

L’ambiance reste saine. Je pense que Strasbourg n’est pas un public aussi relatif que certains, je vais mettre un gros tacle par derrière aux supporters de l’OM, mais on sait qu’au Vélodrome, quand le club perd 2 matches de suite, ça devient vite compliqué. Aujourd’hui en tribune, il y a d’une part le public qui était présent pour l’Europa League et d’autre part celui qui est là pour la Ligue 1, et qui sait que l’Europe n’était que du bonus. Le Racing nous a fait vibrer l’année dernière, nous a fait vibrer en Coupe d’Europe… on a quand même battu Francfort à domicile, je considère ça comme un exploit. En prenant tout ça en compte, on est obligé d’être plus patient, ce n’est pas maintenant que le public va gronder parce que l’on sait que c’est compliqué de jouer 3 jours après un match européen. Il y a une certaine tolérance, le public est conscient que c’est vraiment à partir de vendredi que les points vont commencer à compter.

 

Quels sont selon toi les objectifs de Strasbourg pour cette saison ?

Alors, je fais partie de la classe des éternels pessimistes. Si l’on me demande mon pronostic avant chaque match, la plupart du temps je dis que l’on perd… (rires.) Je suis content quand je me trompe ! Mais pour le coup vendredi je le sens plutôt bien ! J’étais au Parc samedi dernier et ce que j’ai vu était très intéressant. On tient Paris à domicile jusqu’à la 90e minute pour finalement perdre sur un exploit individuel d’un « dieu du foot ».  Dans le jeu, on a été cohérents, derrière c’était plutôt solide… notre problème cette saison risque d’être l’attaque qui manque de réalisme alors qu’elle était, paradoxalement, notre point fort la saison dernière et qu’elle n’a pas changé cet été. Je ne sais pas trop comment l’expliquer. Je pense quand même que cette saison va être très compliquée et surtout très longue… je signe pour une 17eplace ! 

 

D’un regard certainement un peu lointain, que penses-tu du FC Nantes ?

Je dirais quelques inconnues. Christian Gourcuff a l’air de faire du bon boulot avec un mercato que je trouve très intelligent, beaucoup plus que ces dernières années. Hormis quelques exceptions, il y a moins de pistes foireuses en Belgique… c’est enfin un recrutement français, parfois en Ligue 2 mais c’est ce qui marche à Angers donc pourquoi pas à Nantes ? Gourcuff c’est le choix d’un coach formateur et avec de vraies volontés de jeu, si on se réfère à ce qu’il a fait à Lorient qui personnellement me procurait beaucoup de plaisir. Je n’ai pas encore eu l’occasion de voir Nantes jouer cette saison mais je sais qu’il y a de très bons joueurs et que l’équipe s’est renforcée. Pour moi, hormis Diego Carlos, il n’y a qu’une seule grosse perte cet été c’est Rongier… quoique Louza semble très prometteur et pourrait rapidement pallier son départ. Défensivement ça semble solide, surtout si Girotto commence à montrer qu’il est un bon défenseur. Pour vendredi, il faut savoir que Nantes est la bête noire de Strasbourg, c’est l’équipe contre laquelle on y arrive le moins depuis la remontée. Heureusement qu’il y a eu la victoire l’année dernière à la J38 à la Beaujoire sinon ça aurait été un bilan catastrophique de 4 matches sans victoire voire de 4 défaites.

 

Ça nous permet de rebondir sur la prochaine question… si tu en as, quels sont tes meilleurs et tes pires souvenirs face à Nantes ? 

Honnêtement, pour moi les Strasbourg – Nantes sont un peu particuliers. Je faisais partie de la Team FCN sur Twitter il y a quelques années avec Lucas (Hervouet – actuel CM du club.) Je tenais cette page donc ce match a une saveur particulière avec un regret qui est de ne pas avoir pu assister à un Nantes - Strasbourg à la Beaujoire. Depuis la remontée, ils sont programmés à la dernière journée donc en période d’examens… c’est encore le cas cette saison ! A voir si je pourrais être là mais j’espère ! Pour moi, je ne sais pas si je peux dire que j’ai un « pire souvenir », mais pour les meilleurs, c’est clairement les avant-matches où je retrouvais les twittos nantais. Le rituel était de se retrouver ensemble avant qu’ils aillent en parcage… une fois qu’ils y sont je vais à ma place tranquillement, c’est de bons moments. Sportivement je n’ai pas vraiment de meilleur ou de pire souvenir… il faut dire qu’à part le 2-3 l’an dernier, les confrontations entre Nantes et Strasbourg ne sont pas non plus très emballantes.

 

Adrien Thomasson est arrivé libre en provenance de Nantes l’an dernier. On a l’impression qu’il explose depuis son arrivée à Strasbourg… qu’en penses-tu ?

Comme je disais tout à l’heure, j’ai un petit passif avec le FC Nantes. Adrien Thomasson, je le connaissais bien, je savais ce dont il était capable et il a fait exactement ce que j’attendais de lui, avec sa touche d’irrégularité que l’on lui connaissait à Nantes. Il n’a pas corrigé ça à Strasbourg. Ça me fait un peu rire de parler d’une explosion chez nous car, certes, il a fait une très bonne saison l’année dernière… je l’adore donc ce n’est pas moi qui vais le critiquer… mais il fait une Thomasson tout simplement. Il fait ses matches où il est très bon mais il peut très bien enchainer avec un autre beaucoup moins abouti. C’est ce qu’il faisait déjà à Nantes donc il n’a pas beaucoup changé. Par contre, il joue différemment, déjà il n’est plus sur un côté… je militais depuis 4 ans pour qu’il arrête de jouer sur un côté ! Je pense que la plupart des supporters nantais savaient très bien que ce n’était pas son poste. Maintenant, il est dans l’axe et a plus des libertés, ça lui correspond parfaitement. Il joue parfois derrière l’attaquant, en 10 ou alors en 8… mais de toute manière, je pense que c’est là où il est le meilleur. Il correspond parfaitement au jeu de l’équipe, il a un bon toucher de balle qui lui permet de participer aux transitions rapides et au jeu de contre-attaque. Il bénéficie d’une liberté pour se projeter… ce qui lui permet d’être souvent décisif que ce soit par un but ou par une passe. 

 

Seras-tu à la Meinau vendredi, et si non, comment comptes-tu regarder ce Strasbourg – Nantes ? 

Je ne serai pas au stade puisque j’ai déménagé. À mon grand regret, je vais donc rater ce Strasbourg Nantes et le rituel que j’avais avec mes amis nantais. Ça ne m’empêchera pas de regarder le match… si j’ai un écran sous la main ! 

 

Quels seront les joueurs à suivre selon toi ? 

Côté nantais, j’aime beaucoup Coulibaly. Il m’a plu dès le début même s’il a eu du mal à s’imposer et à entrer dans le cœur des supporters. Ça a peut-être changé depuis, mais je trouve qu’il apporte quelque chose et qu’il est relativement rapide par rapport à sa taille. Il me fait un peu penser à Ludovic Ajorque que j’adore chez nous. C’est un profil de joueur que j’aime bien, et je pense qu’il peut nous poser des problèmes. Il faut savoir que nous avons une défense centrale extrêmement lente… sa vitesse peut suffire. De plus, il sera important dans les airs et je ne sais pas comment vont réagir Mitrovic, Koné ou Djiku face à une telle présence. Ensuite je dirais Ludovic Blas s’il joue car c’est un joueur très intéressant… il me semble qu’on était dessus comme beaucoup de clubs de Ligue 1. Sinon Moses Simon est peut-être le joueur qui peut nous faire le plus de mal car il est du côté de Lala qui est un désert défensivement. S’il le laisse partir, je pense que Koné va avoir du mal niveau vitesse… donc ça peut venir de la gauche ce Strasbourg – Nantes…

À Strasbourg c’est difficile pour moi de donner les joueurs à suivre. Je les vois à tous les matches, de temps en temps à l’entrainement. Je n’ai pas assez suivi Nantes pour savoir à quelle compo m’attendre. En fait le truc c’est qu’à Strasbourg, ce n’est pas une équipe où il y a un joueur qui sort du lot. C’est collectif, et si tout le monde est bien en même temps ça peut être très fort. Au contraire il suffit qu’un joueur soit en dessous et ça risque de tout déséquilibrer. Avec Thierry Laurey qui aime bien faire des changements de temps en temps, c’est aussi difficile de prédire le 11 qui sera aligné vendredi. Je pense quand même que l’on va partir sur une attaque à deux comme sur la plupart de nos matches à domicile. Ça pourrait être un 5-3-2. J’imagine une compo : Sels – Lala, Koné, Mitrovic, Djiku, Carole – Sissoko, Prcic, Thomasson – Ajorque, Mothiba.

 

Pour terminer quel est ton pronostic pour ce match ?

Alors… (rires) déjà il y a une règle d’or c’est que je suis très nul en pronostic. Quand je dis un truc ça peut être tout l’inverse qui va se passer. Mais comme je le disais, je suis plutôt confiant… on verra si ça change d’ici vendredi car c’est encore possible. Je verrais bien Strasbourg gagner pour la simple et bonne raison que l’Europa League est passée et que les joueurs sont vraiment focus sur la Ligue 1, ce qui n’était pas le cas en début de championnat. Le match contre le PSG s’est bien passé, mais l’énigme est que ce but dans les dernières minutes a fait mal. À voir comment les joueurs vont réagir. Est-ce qu’ils auront le couteau entre les dents ou la boule au ventre et la peur de revivre ce scénario ? Il faudra marquer assez rapidement pour se rassurer, je pense que le premier quart d’heure sera déterminant. Si Strasbourg rentre bien dans le match ça peut le faire… mais s’il est douteux ça risque d’être compliqué. Pour moi, la clé du match c’est le premier quart d’heure. Mais bon je vais pronostiquer une victoire de Strasbourg !