Maxime Dupé : "Après Clermont, je ne souhaitais pas revenir au club"
L'équipe Première / Interview
Maxime Dupé : "Après Clermont, je ne souhaitais pas revenir au club"
Maxime Thomas | 25/01/2021

Pur produit de la formation nantaise, Maxime Dupé s’est engagé en juin dernier à Toulouse, qui suivait de près le natif de Malestroit depuis le départ de Baptiste Reynet. L’ancien portier des Canaris n’a jamais eu l’occasion de réaliser une saison pleine depuis son premier match sous le maillot jaune, en 2013. Il n'atteindra jamais la dizaine de matchs en Ligue 1 sur une saison, régulièrement numéro 2 dans la hiérarchie, et ce malgré les différents entraîneurs qu’il a pu côtoyer. C’est dans le sud-ouest que Maxime a décidé, à 27 ans, de se relancer, après un prêt enrichissant à Clermont en deuxième division. Il accepté de répondre exclusivement à nos questions en novembre dernier et de revenir sur son passage chez les Jaunes-et-Verts.

Pour commencer, comment vas-tu Maxime ? Comment se passent tes premiers mois à Toulouse ?

Tout va très bien, malgré le confinement (interview réalisé fin novembre 2020) nous pouvons jouer au foot. Sportivement, ça se passe bien même si on a eu un démarrage poussif, compliqué, avec beaucoup de changements à l’intersaison, que ce soit au niveau des dirigeants et du staff, mais aussi du groupe puisque nous avons assistés à pas mal de départs et d’arrivées (tardives). C’est de mieux en mieux. On a retrouvé un vrai état d’esprit, pour la suite ça peut être vraiment pas mal. Sur le plan personnel et humain, l’arrivée dans la région toulousaine s’est bien passée, nous sommes très contents avec ma femme et notre fils de vivre ici, Toulouse est une belle ville et le climat est sympa. Nous n'avons pas eu trop l’occasion de faire le tour mais j’ai signé trois ans, j’ai le temps.

 

Si nous revenons sur ton passage au FC Nantes, qu’est-ce que tu retiens à première vue de tes années au FC Nantes ?

Ce n’est pas un regret, mais j’ai eu le sentiment après être parti du FC Nantes que quand j’enchaînais et que je méritais de jouer j’étais stoppé dans mon élan car il y avait par exemple un retour de blessure (Rémy Riou) alors que au contraire quand j’étais moins performant et que je méritais moins de jouer à mon sens, on décidait de m’aligner.

 

Tu avais déjà pensé à partir avant ton prêt lors de la saison 2019-2020 à Clermont avec ton faible temps de jeu au club ?

J’ai goûté à la Ligue 1, et j’ai entamé ma carrière pro donc j’avais envie d’enchaîner et on pense forcément à un départ. Pour différentes raisons, à chaque mercato estival notamment, soit c’est le staff en place, soit la direction qui pose leur véto pour que je reste au club, et ce malgré les différentes approches ou intérêts, on me disait qu’on comptait sur moi.

 

Nous nous doutons que tu as eu des discussions avec les différents coachs en place concernant un possible transfert ?

J’ai eu quelques discussions en effet, mais c’était régulièrement avec l’entraîneur des gardiens (Willy Grondin). À chaque fois que je demandais à partir avec l’idée de gagner de l’expérience avec un prêt, en ligue 2 par exemple ou même en national, on me refusait cette demande. Je savais clairement que j’allais être numéro 2, on essayait de noyer le poisson et de me garder dans le groupe alors que ce n’était pas forcément mon envie première.

 

Est-ce qu’il y a une saison qui a été très difficile mentalement à vivre pour toi au FC Nantes ?

Les deux saisons les plus compliquées pour moi je pense c’est avec Conceição où pourtant c’est la saison où j’ai fait le plus de matchs, mais avec qui ça se passait mal, voire très mal. La seconde, c’était avec Ranieri mais pour une toute autre raison, c’est que cette fois-ci je jouais pas du tout, j’ai du effectuer qu'un ou deux matchs de coupe. De passer d'une saison d’une quinzaine de matchs à une saison de quelques petits matchs, c’est vrai que c’était difficile. Mais j’ai eu la chance cette année là d’avoir mon petit garçon, et ceci m’a permis de beaucoup relativiser sur le football, sur tout ce qui peut l’entourer.

 

Sentais-tu que c’était vraiment compliqué de se faire une place en tant que numéro 1 ? Avec notamment un gardien qui partait, et qui était rapidement remplacé par un autre pour combler son départ ?

Oui, j’en avais conscience. Je sentais bien que le club n’avait pas confiance en moi. C’est là que je suis un peu déçu, je pense que si ça avait été géré autrement à mes débuts, au moment où j’ai été plus performant, ça aurait pu se passer différemment. J’ai pas fait ce qu’il fallait non plus de mon côté pour donner confiance au club, c’est pour ça que je n’ai pas forcément de regrets.

 

Lors d’un Nantes-Bordeaux avec Michel Der Zakarian, Gaëtan Huard complimentait ta performance et te promettait déjà un bel avenir sur BeIN Sport, est-ce que tu as eu des messages de professionnels t’encourageant à continuer malgré ta situation déplaisante ?

Ce match là, je pense, c’était la première année où j’avais enchaîné quelques matchs et que ça se passait très bien. J’ai eu l’occasion de discuter avec Gaëtan Huard dans les couloirs à cette époque là, il appréciait ce que je faisais et ce que je dégageais sur le terrain, et c’est dommage que je n’ai pas pu continuer. Quand on lit ce qui se dit dans la presse, ou qu’on écoute ce qui se passe autour, qu’on entend que la hiérarchie des gardiens établie en début de saison est remise en question, ça fait réfléchir.

 

Sous Conceição, l’ordre des gardiens aurait complètement été remis à 0 à son arrivée. Comment l’as-tu ressenti ?

Je peux bien expliquer ce qui c’était passé si vous le souhaitez : quand il arrive, on devait jouer mais le match a été annulé à cause des conditions météo. Donc il n’a pas forcément dit que toute la hiérarchie avait été remise à 0, mais le match d’après, en coupe de la ligue si je me souviens bien, en tout cas où j’étais censé jouer, non seulement je n’étais pas titulaire mais en plus je n’étais pas dans le groupe. Pour moi, ça a été une grosse surprise, je ne pensais pas mériter ça. Surtout qu’il prônait beaucoup sur le travail, et je bossais beaucoup, donc je n’ai pas trop compris.

Pour le match d’après, Riou se blesse mais termine le match, il est donc ensuite forfait pour la rencontre suivante contre Montpellier je crois, mais jusqu’au dernier moment on ne sait pas qui va jouer au niveau des autres gardiens. 2h avant le match, j’apprends que je passe de hors du groupe à titulaire. Personnellement, ça a été difficile car je savais que j’avais que la coupe pour m’exprimer une fois tous les un mois et demi, et qu’en plus de ça quand ça arrive j’apprends que je suis en tribune. J’ai jamais trop su le pourquoi du comment j’ai été écarté, beaucoup de raisons étaient évoquées dans la presse : ma taille, mon poids ... mais je faisais la même taille que Riou et mon poids a toujours été plutôt bon. Mais ça m’a aussi permis de me forger au niveau du mental, donc ça a été une expérience difficile. Quoiqu’il en soit, j’enchaîne ensuite quelques matchs jusqu’au retour de Riou qui reprend sa place mais, je ne sais pas pourquoi, il le retire pour ses performances et je récupère une place de titulaire.

 

En résumé, pour toi, quelle est la raison qui fait que tu n’as pas pu réellement t’imposer au FC Nantes ?

Je sais pas, j’aimerais en avoir la réponse (sourire). Le gros problème, c’est que je n’ai jamais eu la chance de pouvoir enchaîner les matchs, même si c’était la ligue 2 avec Clermont, le fait de pouvoir disputer les matchs tous les week-ends, d’avoir la confiance du staff en tant que numéro 1 bien que cette place n’était pas forcément une garantie à mon arrivée, cela m’a fait le plus grand bien et c’est une des principales causes qui a fait que je n’ai pas pu m’imposer à Nantes.

 

Ton prêt à Clermont a donc été le déclic pour toi ? Tout le monde était d’accord pour te laisser partir cette fois-ci ?

Après une énième demande, que j’effectuais à chaque fois, c’était la même histoire : la direction était d’accord, mais Vahid ne voulait pas que je parte car j’étais un enfant du club, un des plus anciens du groupe. Mais pour moi c’était définitif, je savais que si je restais j’allais rester une doublure surtout avec l’arrivée d’Alban Lafont, ce n’était pas du tout ce que je voulais. Je souhaitais enchaîner les matchs tout les week-ends, si je fais ce métier c’est pour jouer, et rester à Nantes ne m’intéressait pas pour cette raison. Donc ça a été très difficile pendant un mois, j’ai eu plusieurs rendez-vous dans les bureaux, et au final j’ai eu gain de cause. Clermont s’est alors manifesté ainsi que d’autres clubs de ligue 2. À ce moment là, pour moi c’était un soulagement de sortir du confort que je pouvais avoir.

Sportivement, ça c’est très bien passé, c’est même frustrant car s'il n’y a pas cet arrêt du championnat en pleine saison … on avait de belles chances de monter en ligue 1, on était la meilleure équipe sur la phase retour avec la meilleure dynamique. Sur le côté humain, ça a été aussi très enrichissant avec la découverte d’un nouvel environnement, une nouvelle région, un nouveau groupe. C’était que du positif, et c’est dommage d’avoir attendu 2-3 ans pour que ça se concrétise.

 

Est-ce que tu as senti que la direction et le staff souhaitaient te récupérer après ce prêt enrichissant à Clermont ?

Pour moi c’était clair, je ne souhaitais pas revenir au club. Je voulais partir, et de manière définitive, prendre définitivement mon envol. Encore une fois, ça a été très compliqué car on voulait que je reste en tant que doublure, donc je devais normalement reprendre avec l’ensemble du groupe au mois de juin, mais après des rendez-vous téléphoniques où j’ai exprimé ma volonté de ne plus être numéro 2, on m’a gentiment demandé de ne reprendre que le 1er juillet. De toute façon, ça ne changeait rien pour moi, j’avais déjà cette idée de partir en tête.

 

Toulouse s’est donc manifesté. Comment se sont déroulés ce transfert définitif ainsi que le départ de ton club formateur ?

Les premiers contacts dataient du mois de juin, la direction toulousaine avait pris contact avec mon agent. J’étais tout de suite intéressé, c’était une bonne opportunité surtout qu’il y avait un nouveau projet qui se mettait en place avec des investisseurs, un changement de présidence et de staff. J’ai ensuite patienté pour que tout le monde puisse se mette d’accord.

 

Passons à une question plus générale. Tu n’es pas sans savoir que le club connaît en ce moment une saison très décevante. Quelle était ta vision sur la situation du FC Nantes quand tu portais le maillot des Canaris ?

Le problème du club, que ça soit il y a dix ans ou maintenant, c’est l’instabilité. Ce n’est pas évident de construire quelque chose sur le long terme, quand il n’y a pas de stabilité sportive. Je pense que c’est ça le gros point noir, qui fait que le club n’est pas à la place qu’il devrait être. Au sein du club, on sentait forcément la tension qu’il y avait entre les supporters et le club, on faisait en sorte que ça ne déteigne par sur le sportif, sur nos performances. On avait conscience que ce n’était pas une grande histoire d’amour entre la direction et les supporters.

 

Un débat est présent depuis maintenant plusieurs saisons autour des gardiens, les supporters ne comprennent pas forcément la gestion de ces derniers au sein du club, et notamment l’accumulation de contrats professionnels à ce même poste. Quel est ton sentiment à ce propos ?

C’est aussi une des raisons qui a fait que je n’ai pas très bien compris pourquoi le club voulait absolument que je reste en tant que numéro 2 sachant qu’avant que la saison commence, il me semble qu’on était sept gardiens pros sous contrat, donc il y en avait suffisamment pour le FC Nantes. La gestion des gardiens aurait pu être meilleure. Ce qui a été par contre une bonne chose c’est qu’ils ont accepté différents prêts (Olliero à Niort, Braat à Niort, Olliero à Pau…) car on sait très bien qu’il y a un seul gardien qui joue, et quand on est jeune il faut enchaîner les matchs pour gagner en expérience. Là dessus, c’est mieux qu’il y a quelques années où ils ont compris que c’était important d’avoir du temps de jeu autre que celui de la réserve.

 

Te vois-tu un jour revenir au FC Nantes ?

Je ne me suis jamais posé la question, mais je ne pense pas. On sait jamais ce qui peut se passer dans une carrière, dans le foot, mais il y a très peu de chances que je revienne.

 

(Question de Nicolas, supporter nantais) - La situation nantaise n’était-elle pas trop pesante pour toi, après autant de changements de coachs, et lequel as-tu le plus apprécié ?

Non, ça n’a pas été pesant, le problème c’était plutôt qu’il n’y avait aucune continuité, ni stabilité au sein du club donc ce n’était pas évident de se projeter, même sur une saison.

Concernant l’entraîneur, ils ont tous eu leurs qualités et leurs défauts donc je n’ai pas vraiment de préférence même si Conceicao sur son exigence de travail, c’était impressionnant, je n’ai jamais connu ça, et puis il y a aussi Ranieri avec l’expérience qu’il a pu amener au club.

 

As-tu un petit mot à laisser aux supporters nantais pour le mot de la fin ?

J’ai envie de leur dire de continuer à soutenir le club comme ils le font, le FC Nantes a la chance d’avoir des supporters comme vous, c’est quelque chose qui m’a marqué et qui me marquera à vie, les ambiances de la Tribune Loire surtout mais pas que, de la Beaujoire globalement. Je sais que la situation sanitaire actuelle rend la vie de supporter difficile, mais j’espère pour eux que ça va se débloquer rapidement et qu’ils vont pouvoir revenir faire la fête rapidement au stade.

 

 

 

Nous remercions Maxime Dupé d’avoir accepté de se confier sur son épisode nantais, et nous lui souhaitons le meilleur pour la suite de sa carrière, qui pourrait connaître une nouvelle montée en Ligue 1 puisque le Toulouse Football Club lutte cette saison parmi les six premières équipes de ligue 2….