Matheus Vivian : "J'ai découvert un club qui était malade…"
Matheus Vivian : "J'ai découvert un club qui était malade…"
Interview
Matheus Vivian : "J'ai découvert un club qui était malade…"
Canari de 2010 à 2012, Matheus Vivian a porté le brassard de capitaine du FC Nantes. Après avoir raccroché les crampons il y a deux saisons, le défenseur central brésilien est désormais diplômé de l’académie de Limoges dans le but de devenir dirigeant de club sportif professionnel. Dans un français parfait, Matheus a eu la gentillesse de nous accorder un peu de son temps pour évoquer ses 18 années passées dans le monde du football professionnel. Nous vous proposons ici un entretien à l’accent brésilien retraçant la carrière d’un joueur à la mentalité exemplaire…
Elliott Bureau
20 November 2019

Matheus, tu es formé au Brésil, au Grêmio Porto Alegre. Peux-tu nous raconter tes débuts dans le monde du football ?

Oui tout à fait. J’ai grandi dans un petit village dans le sud du Brésil, quasiment à la frontière avec l’Uruguay. Quand j’avais 12 ans je suis allé faire un essai à Grêmio qui s’est bien passé. J’ai été formé là-bas, j’y ait signé mon premier contrat pro à 17 ans et je suis resté jusqu’à mon transfert en Allemagne.

 

Pendant cette période tu remportes notamment la Coupe du Monde U17 avec la sélection brésilienne. En 2002, à 20 ans, tu quittes le pays pour L’Europe. Tu rejoins l’Eintracht Francfort qui évoluait à l’époque en Bundesliga 2. Pourquoi as-tu fait ce choix à ce moment de ta carrière ?

C’était une autre époque que ce que l’on connaît aujourd’hui, surtout au niveau du football brésilien. L’objectif d’un joueur brésilien était de venir jouer en Europe. J’ai eu la chance d’intégrer l’équipe nationale dès mes 15 ans, ça a été une vitrine incroyable pour moi. J’ai fait partie d’une génération qui a tout gagné, les championnats locaux sud-américains mais aussi la Coupe du Monde U17. C’est sur cette compétition que j’ai été repéré, j’ai reçu des offres de grandes équipes européennes, mais je n’ai pas pu partir. C’est assez fou de dire ça de dire ça, mais à l’époque, l’arrêt Bosman ne fonctionnait pas au Brésil. On appartenait au club peu importe si l’on était sous contrat ou non… on ne pouvait pas partir. C’est en 2001/2002 que la loi Pelé est entrée en vigueur pour mettre en place l’arrêt Bosman. Je me suis retrouvé à 20 ans avec la possibilité de jouer pour l’Eintracht qui était pour moi la meilleure opportunité parmi les équipes qui se sont présentées à ce moment-là. 

 

Comment s’est passée cette première expérience en Europe ?

Je participe à quelques rencontres malgré une blessure qui m’a empêché de jouer en début de saison. On parvient à faire remonter le club en Bundesliga cette année-là. À ce moment le coach me dit qu’il compte bien sur moi mais qu’ils allaient recruter des défenseurs plus expérimentés pour entamer la nouvelle saison. Mon souhait était de jouer donc j’ai pris la décision de partir en Espagne à Las Palmas.

 

Tu arrives donc en Liga Adelante (deuxième division espagnole) …

Oui, j’ai signé un contrat de 5 ans. Au début ça s’est plutôt bien passé… mais après… le club a fait faillite car le président a pris pas mal de décisions personnelles. Je me suis retrouvé du jour au lendemain dans une situation assez inattendue. J’étais sous contrat avec le club mais on était descendu dans les divisions inférieures, il fallait que je parte. Seulement, ça fait partie du football mais le président voulait récupérer de l’argent sur moi. Ça a été une situation très compliquée pendant de longs mois. J’ai dû attendre une négociation pour mon transfert, je n’ai pas pu jouer. J’ai finalement réussi à partir à la fin de la saison européenne. Je suis rentré au Brésil, à Botafogo pour le début de saison brésilien. Je suis arrivé à la période du championnat de Rio. La saison brésilienne commence au mois de Mai et je suis resté jusqu’en Juillet.

 

« J’ai fait des choix forts au début de ma carrière… »

 

Suite à toutes ces péripéties, tu atterris en France, à Grenoble en 2005. Tu vas enfin y trouver de la stabilité. En l’espace de deux ans, tu participes à 61 matchs et inscrit 7 buts pour le GF38. Lors de ta dernière saison, Grenoble ne passe pas loin de la montée et termine 5e de Ligue 2. Quels souvenirs gardes-tu de cette période au Stade des Alpes ?

Grenoble est un club pour lequel j’ai une affection particulière. J’ai fait des choix forts au début de ma carrière. Quand j’étais au Grêmio j’ai décidé de partir pour un club allemand. Je suis ensuite parti de Francfort malgré un salaire important pour un gamin de mon âge. Là je fais le choix de quitter Botafogo, un grand club brésilien, pour partir à Grenoble qui, surtout à l’époque, était quasiment inconnu. Tous ces choix forts ne m’ont pas permis d’enchainer les matchs de manière sereine. Mais Grenoble... je garde une grande affection parce que c'est le club m’a accueilli, il m’a fait aimer la France et m’a aidé à trouver de la stabilité. C’est un très bon souvenir. Sportivement ça s’est très bien passé là-bas… je pense avoir participé à l’évolution du club. Quand je suis arrivé il y avait encore pas mal d’aspects d’un club amateur. Avec un effectif plus expérimenté lors de ma deuxième saison nous avons pu faire évoluer les choses… la preuve car si cette année-là on ne passe pas loin de la montée, Grenoble est promu la saison suivante !

Mon objectif en tant que joueur est bien sûr d’avoir des résultats, mais c’est aussi de collaborer dans la construction du club sur le long terme. C’est quelque chose de très important pour moi.

 

Grenoble n’accède pas à l’Elite en 2007-2008, mais cela ne t’empêchera pas de goûter à la Ligue 1. Au mercato estival, tu rejoins le FC Metz fraichement promu. Malgré une année difficile et une triste dernière place, tu apparais à 11 reprises sous le maillot grenat. Quel est ton sentiment sur cette saison dans l’Elite ?

C’est une saison qui me laisse un petit goût amer parce que je connais la plus grave blessure de ma carrière lors d’un match contre Lyon en début de championnat. Ça m’a éloigné quasiment 6 mois des terrains. Je n’ai pu revenir qu’en fin de saison alors que l’équipe était déjà condamnée… il me semble que l’on avait 8 ou 9 points au mois de février, on ne pouvait plus rien espérer. Après c’est vrai que ça m’a permis d’enchainer quelques matchs et de goûter à la Ligue 1… mais ça reste évidemment une frustration de ne pas avoir réussi à maintenir le club dans l’élite.

 

Malgré la redescente express, tu restes au FC Metz et trouve régulièrement ta place dans le onze titulaire. Au cours des 2 saisons suivantes, tu portes parfois le brassard de capitaine et participes à 63 matchs TCC. Metz échoue par deux fois au pied du podium (5e puis 4e). Est-ce un regret pour toi de ne pas être parvenu à faire remonter le FCM ?

Oui. Surtout avec notre équipe. Je pense que l’on avait un effectif de Ligue 1 en Ligue 2. La deuxième saison c’est Arles-Avignon qui monte alors qu’à un moment ils étaient presque à 10 points de nous. On ne faisait que de matchs nuls, on arrivait plus à gagner… des 0-0 partout. Bien sûr ce sont des moments compliqués, en plus dans ce club avec tous ces supporters derrière. Je pense que l’on avait les moyens de remonter. Après à titre personnel, ces saisons à Metz ont été bonnes. Je me suis épanoui sur le terrain, on avait un groupe de qualité et très impliqué. J’ai découvert un club duquel je suis encore assez proche aujourd’hui. J’ai eu l’honneur d’évoluer avec le président Molinari qui est une figure emblématique du football. Aujourd’hui, c’est le genre de gens dont on ne parle plus vraiment, mais il représente quelque chose pour ceux qui connaissent le foot français. C’est un privilège d’avoir pu partager des moments avec des personnages comme ça.

 

Alors que Metz est stabilisé dans le haut de tableau de Ligue 2, tu décides de rejoindre le FC Nantes au mercato d’été 2010. À cette époque, le club vient de connaître la pire saison de son histoire (15e de Ligue 2 à 2 points de la relégation). Pourquoi as-tu fait ce choix ?

Je ne sais pas… (rires)…. Non mais… je pense ne jamais l’avoir raconté mais l’histoire est un peu folle. Il y avait un club allemand qui m’avait appelé et j’étais quasiment tombé d’accord avec eux. Ça a trainé car il fallait qu’un joueur parte avant que je signe. Tout était callé mais entre-temps j’ai eu un coup de fil pour rencontrer le président Kita. Je monte sur Paris, on discute pendant une bonne heure avec lui et son fils. J’avais déjà refusé d’aller à Nantes au moment de signer à Metz… mais là je ne sais pas, il y a eu quelque chose me disait qu’il fallait y aller. Je connaissais le foot français, je savais très bien ce que représentait le FC Nantes et c’est ça que je voulais. J’ai toujours choisi des clubs qui avaient des supporters et une histoire… où il y avait quelque chose derrière. Ça s’est vraiment fait au feeling parce qu’au final en termes de contrat je n’étais pas vraiment gagnant… mais finalement je ne regrette pas du tout ! 

 

« J’ai découvert un club qui était malade… ».

 

À Nantes, ta première saison est loin d’être évidente. Malgré un début de saison prometteur (5e à la mi-saison), l’équipe s’écroule de nouveau, change d’entraineur et se maintien pour seulement 3 points. Que s’est-il passé ? 

Quand je suis arrivé… j’ai découvert un club qui était malade quelque part. Le FC Nantes vivait une période très compliquée avec un contexte politique entre le président et les supporters extrêmement tendu. Beaucoup de joueurs étaient là sans vraiment vouloir l’être. J’ai découvert un club qui était vraiment dans une période très difficile, et je pense que cette première saison était une saison de transition. Au début ça a plutôt bien marché, c’est certainement dû au fait que l’on avait quand même un effectif de qualité foobalistiquement parlant. Après, humainement, il nous manquait le nécessaire pour nous maintenir dans le haut du tableau. Pour jouer une montée il faut beaucoup plus que des bons joueurs, il faut une équipe et je pense que cette saison là on ne l’était pas. On avait tout de même des joueurs talentueux, mais le contexte n’était pas le bon. En fait, le club n’était simplement pas prêt pour réussir une saison. Pour moi, c’était quasiment logique que l’on n’arrive pas à garder la même dynamique sur la deuxième partie.

 

L’année suivante, Landry Chauvin prend les rênes du FC Nantes. Malgré des débuts compliqués, vous remontez la pente et vous retrouvez 4e à la 24e journée. Malheureusement, cette année-là, le FC Nantes a d’énormes problèmes à l’extérieur (seulement 2 succès) et termine 9e. Penses-tu que ce FC Nantes 2011-2012 avait les armes pour remonter en Ligue 1 ?

Landry a voulu mettre en place une autre philosophie de jeu plus proche de l’ADN du club. Je pense que les joueurs prenaient plus de plaisir. Il a quand même fait des choix forts en mettant des jeunes comme Veretout sur le terrain alors que c’était des gamins qui n’étaient pas vraiment prêts pour la Ligue 2. Sincèrement, je pense qu’encore une fois on avait de bons joueurs. Humainement, je trouve que l’effectif était plus taillé pour réussir. Le club commençait, entre guillemets, à se soigner. Après quand on fait des choix forts comme cela il est très difficile d’obtenir des résultats immédiatement. Quand on fait jouer deux gamins comme Trébel et Veretout, forcément au début ils arrivent à tenir le cap… mais après, faire 38 journées au haut niveau quand on a 17-18 ans c’est compliqué. Dans le cas de Jordan, la stratégie a également été payante économiquement. Je pense que cette saison a été celle où l’on a reposé de bonnes bases… la preuve l’année d’après le club remonte ! Une fois de plus c’est une construction, le FC Nantes avait besoin de se soigner. Cette saison-là était entre guillemets une saison de préparation donner au club les bonnes conditions pour remonter dans l’Elite. Soigner un club ça ne se fait du jour au lendemain sur un claquement de doigts, ces deux années étaient un passage obligatoire pour pouvoir remonter.

 

Le FC Nantes est donc remonté dans l’Elite un an seulement après ton départ… aurais-tu aimé connaître la Ligue 1 à la Beaujoire ? 

Ah oui ! Je n’ai pas vraiment beaucoup de regrets dans ma carrière. Je pense que quand on est footballeur on fait beaucoup de choix qui ne sont jamais faciles. Quand on est jeune on les fait beaucoup sur l’émotion, dans des contextes pas toujours favorables. Ce sont des décisions que l’on doit prendre très vite. Quand j’ai fini mes deux années à Nantes le président Kita m’a proposé de rester. Sur le moment j’avais besoin d’un peu de temps. Après il y a eu des changements et c’est aussi pour des raisons économiques que ça ne s’est pas fait et que je suis parti. Evidemment je suis resté avec ce petit regret de ne pas avoir connu la Ligue 1… même si j’ai eu l’occasion de monter la saison d’après avec Guingamp. Le FC Nantes est un club dans lequel j’ai pris énormément de plaisir. Jouer à la Beaujoire tous les 15 jours était un vrai régal.



D’une manière plus globale, que retiens-tu de ton passage à Nantes ?

Sportivement parlant je garde un bon souvenir parce que je me suis épanoui sur le terrain. C’est vrai qu’il y a eu des moments compliqués car nous n’avons pas eu les résultats que le FC Nantes devait avoir en Ligue 2. Peu importe les conditions, ce club en deuxième division doit être là pour monter. Je garde des bons souvenirs, je ne sais pas si après notre carrière on filtre et l’on ne garde que les bonnes choses… mais je me suis épanoui sur le terrain, j’ai rencontré des gens intéressants, j’ai eu l’occasion de partager le vestiaire avec des personnes que j’apprécie et avec qui j’ai pu rester en contact. Nantes est aussi la ville ou est née ma fille… c’est plein de petites choses qui font que je garde ce souvenir-là. Je pense aussi avoir contribué, avec toute modestie, à l’évolution positive du club dans cette période difficile. Comme je le disais avant, mon objectif de chaque passage dans un club est qu’il se porte mieux au moment où je m’en vais qu’au moment où je suis arrivé. Je ne parle pas du fait d’être en Ligue 1 ou Ligue 2, mais plus d’être dans une situation, un contexte plus favorable pour réussir. Je pense qu’au FC Nantes j’ai pu contribuer, en apportant mon petit grain de sable, à la remontée du club l’année suivante.

 

« J’aimais beaucoup Jordan Veretout… ».

 

Y’a t-il des joueurs en particulier qui t’ont impressionné ? 

Comme j’ai pu le dire, je pense que nous avions un effectif de qualité sur les deux saisons que j’ai passé à Nantes. La preuve est qu’ils ont pu partir à l’étranger, je pense notamment à Filip Djordjevic, Lionel Carole, William Vainqueur, Adrien Trébel ou Jordan Veretout… en cherchant je pourrais en trouver d’autres ! C’était des joueurs talentueux qui ont eu un parcours intéressant et qui ont fait leurs preuves ailleurs qu’à Nantes. D’autres noms me reviennent comme Rony Rodelin… c’était des années ou le club a fait émerger pas mal de jeunes joueurs. En sortir un seul c’est toujours compliqué… mais j’aimais beaucoup Jordan Veretout. Techniquement il y avait peut-être plus fort que lui, par exemple Lionel Carole… mais Jordan est quelqu’un qui sent le jeu et j’ai toujours pris beaucoup de plaisir à jouer avec des garçons comme lui. Naturellement, ce n’est pas forcé, mais ils sentent le jeu, c’est intuitif, et j’ai ressenti ça chez lui.

 

Ce n’est pas pour rien qu’il est désormais titulaire à la Roma…

Oui c’est sur ! À mon niveau je trouve que j’ai été bien gâté de pouvoir jouer avec des joueurs comme ça. À Grenoble j’ai côtoyé Giroud et Feghouli… à Metz il y avait Pjanic… et je n’en parle même pas en sélection ! J’ai eu la chance de croiser Adriano, Ronaldinho et compagnie… donc oui j’ai eu le plaisir de côtoyer de très grands joueurs qui avaient beaucoup de qualités. Après on a tous tendance à apprécier certaines choses, et moi j’ai toujours aimé les joueurs qui sentent le jeu naturellement. C’est une forme d’intelligence. Si on regarde Miralem Pjanic, quelles sont les qualités physiques qui font qu’il est à ce niveau là ? Il y en a « très peu », il ne va pas plus vite que les autres, il n’est pas plus puissant… techniquement évidemment qu’il est hors normes mais des joueurs comme lui il y en a d’autres ! Ce qui fait la différence c’est qu’il fait partie de ce genre de joueurs qui arrivent à voir tout avant tout le monde, qui ont une intelligence de jeu, qui sentent les choses comme très peu d’autres joueurs. Ce sont des qualités que j’apprécie beaucoup et ça a été un privilège pour moi de partager des moments avec des personnes qui ont cette forme d’intelligence.

 

Matheus, petite question piège pour toi. A part ton passage à Nantes, tes deux anciens clubs (Grenoble et Metz) ont été relégués… peut-on en conclure qu’ils étaient Vivian-dépendants ?

(Rires)…. On ne m’avait jamais posé cette question ! C’est vrai qu’ils sont descendus à ce moment-là. Grenoble malheureusement… c’est dommage, après tout ce que l’on avait construit – je dis « on » parce que j’étais là -  mais gâcher tout ça de la façon dont ça a été fait c’est incroyable. C’était un management très compliqué. À Metz j’ai connu la transition entre Molinari et Bernard Serin. Je pense que le nouveau président est arrivé avec une mentalité différente. Il connaissait très bien le fonctionnement d’une société… c’était évidemment une transition très difficile à négocier pour lui. Il est arrivé avec plein de bonnes intentions mais dans le foot ça marche différemment. Je trouve ça toujours dommage lorsque l’on construit et que l’on voit tout s’écrouler parce qu’il y a eu une mauvaise gestion ou des faits extra-sportifs qui pénalisent le club.

 

Après deux saisons passés sur les rives de l’Erdre, tu quittes la France pour la Grèce et le PAOK Salonique. L’expérience tourne court puisque tu vas résilier ton contrat au bout de 6 mois. Que s’est-il passé ? 

Je savais que c’était un grand club, qui avait l’habitude de jouer la Coupe d’Europe qui avait beaucoup de supporters. J’y suis allé dans le but de retrouver ces sensations là avec une ambiance qui ressemble à ce que l’on peut vivre au Brésil. Là-dessus je n’étais pas déçu, après pour moi le problème c’est que l’on s’est fait éliminer d’Europa League très rapidement. On s’est donc retrouvé avec uniquement le championnat grec… et avec tout le respect que j’ai, en début de saison on savait déjà que l’on allait finir deuxième. On était loin du niveau de l’Olympiakos, mais en même temps aucune autre équipe ne pouvait nous toucher. Sportivement pour moi ce n’était pas intéressant. Je me suis blessé, je suis revenu avec le souhait de quand même finir la saison parce que le coach comptait sur moi… mais finalement l’opportunité de partir à Guingamp s’est présentée. Si l’on prend en compte le plan familial j’avais également envie de rentrer en France pour poursuivre ma carrière. Je sentais qu’en restant en Grèce ça allait devenir très compliqué pour moi de continuer de jouer au haut niveau, même si le PAOK reste un grand club. 

 

« Ça a surement été la saison la plus compliquée de ma carrière… ».

 

Tu reviens en France seulement 6 mois après l’avoir quittée. Tu ne joues que très peu mais participes à la remontée de l’EAG, la même saison que le FC Nantes. L’année suivante, tu ne participes qu’à une seule rencontre de Ligue 1. Ton manque de temps de jeu a t-il été difficile à vivre ?

Oui ça a été très difficile. Ça a surement été la saison la plus compliquée de ma carrière. C’est assez bizarre parce que j’arrive, on monte, mais après les choses ont fait que je me suis retrouvé dans cette situation. Ce n’était quand même pas très clair, mais bon je ne suis pas là pour parler de ça. Oui ça a surement été la saison la plus difficile, j’ai vécu des moments compliqués ou j’ai connu des blessures comme à Metz, ou des problèmes extra-sportifs à Las Palmas… mais j’ai toujours eu l’occasion de quand même être acteur, de jouer. J’ai souvent eu la chance de porter le brassard de capitaine… et me retrouver dans cette situation en me disant que peu importe ce que je faisais je ne serais pas sur la pelouse ça a été très difficile à vivre. En plus j’arrivais à un certain âge et j’avais fait de gros efforts financiers pour signer à Guingamp, ce qui a rendu la saison encore plus compliquée pour moi. Après cette année-là on gagne la Coupe de France, mais pour moi ça ne reste pas un très bon souvenir.

 

Après Guingamp, tu signes au FC Sochaux-Montbéliard en Ligue 2. Tu retrouves du temps de jeu et participes à 39 matchs en 3 saisons… une belle façon de terminer ta carrière ?

On va dire que ma première saison puis ma deuxième se passent plutôt correctement. Sportivement je me retrouve encore dans un club qui était dans une situation compliqué… je pense que j’aimais bien ce genre de situation en fait… (rires)…. Mais on arrive à redresser la barre, personnellement je retrouve le plaisir de jouer et de porter le brassard de capitaine. Après ça a été un peu plus compliqué. Pendant la deuxième saison Albert Cartier est arrivé, c’est un coach avec qui j’ai personnellement eu pas mal de soucis. Au final au cours de ma troisième saison j’étais vraiment là pour remplir les papiers… c’était déjà une période de transition pour moi. Sochaux m’a bloqué, n’a pas voulu que je parte mais c’était un mal pour un bien puisque ça m’a permis de me concentrer sur ma reconversion.

 

Comme tu l’explique, tu mets un terme à ta carrière sportive en 2017 et intègre le célèbre CDES Limoges aux côtés de Rudy Riou que tu as côtoyé à Nantes, mais également de grandes figures du sport français comme Thomas Voeckler et Thierry Omeyer. Tu as récemment obtenu ton diplôme de « Manager Général de club sportif professionnel », félicitations à toi, que peut-on maintenant te souhaiter ?

Oui j’ai beaucoup travaillé sur ma reconversion lors de ma dernière saison à Sochaux. J’ai d’abord intégré le mouvement Positive Football de l’UNFP. J’ai participé activement à la création de ce projet qui est aujourd’hui devenu quelque chose d’important dans le paysage du football français et l’un des piliers de l’UNFP. Et oui j’ai aussi eu la chance d’intégrer cette formation à Limoges que je trouve extraordinaire. Au-delà du réseau, le contenu de l’apprentissage et le partage de l’expérience de chacun est formidable. Cette formation a le privilège de pouvoir choisir des gens qui, je pense, ont quelque chose à apporter au sport. 

Je travaille aussi pour une société à côté (Hermit Crab Game Studio au Brésil), mais là, aujourd’hui, mon but est de revenir activement dans le monde du football. J’ai mes convictions, je veux construire une vraie carrière avec tout ce que j’ai pu apprendre au cours de ces années dans le monde professionnel. Mais c’était important pour moi de me former avant d’occuper un poste à responsabilités. Au cours de ma carrière j’ai pu voir énormément de dirigeants, dans le football ou en dehors. J’estimais que même en ayant connu le foot pendant 25 ans (18 ans pro) dans autant de clubs et de pays, il était important de me former pour pouvoir prétendre à un poste. Je pense que l’opportunité de cette formation était vraiment parfaite pour moi.

 

Concrètement, cette formation te donne la possibilité d’exercer quels métiers ?

Après avoir suivi cette formation on est apte à être directeur général d’un club, beaucoup deviennent directeurs sportifs… ça dépend des profils ! Moi j’aime beaucoup toute la partie développement de clubs.  Aujourd’hui c’est sur ça que je travaille. En tant que joueur j’ai toujours été attiré par le projet et je pense que je continue à l’être.

 

Alors, est-ce qu’il serait possible de te voir un jour parmi les dirigeants du FC Nantes ? 

(Rires)…. Il faut demander ça à Frank et Waldemar Kita ! J’ai gardé une bonne relation, notamment avec le président, on a eu l’occasion d’échanger quelques fois. Au-delà de l’image que les gens ont de lui, j’ai rencontré quelqu’un de généreux et avec qui j’ai apprécié partager deux années. Je n’ai jamais vraiment parlé de mon après carrière avec lui. Bon après là ça fait quand même un bon moment que je ne l’ai pas rencontré ! 

 

« Quand il y a une progression dans les résultats, c’est tout sauf un hasard… ».

 

D’un regard certainement un peu lointain, que penses-tu de l’évolution du FC Nantes depuis ton départ ? 

Je pense que le club a retrouvé sa place et que c’est dû à beaucoup de facteurs, notamment grâce à cette relative stabilité qu’il y a eu ces dernières années. Après c’est vrai que les relations entre le président et les supporters sont encore très limites. C’est de la gestion. Aujourd’hui ce n’est plus le cas mais si un club s'est retrouvé deuxième c’est qu’il a fait tout un travail et s’est donné les moyens d’avoir des bons joueurs sur le terrain, d’avoir un centre de formation performant. Quand il y a une progression dans les résultats c’est tout sauf un hasard. Peut-être que les dirigeants font de mauvaises choses, mais sincèrement, je pense que si le club en est là c’est parce qu’ils ont fait du bon travail. Sur le terrain peut-être que le recrutement a été plus juste ces dernières années, mais cela passe aussi par un développement économique car l’on sait que c’est très important désormais.

 

Es-tu resté en contact avec des personnes que tu as côtoyé à Nantes ?

Oui ! De manière générale aujourd’hui je suis consultant pour la Radio France Bleu dans la Région (Franche Comté) donc j’ai l’occasion de croiser pas mal de joueurs quand ils viennent jouer à Sochaux. Au-delà de ces joueurs que je croise comme ça j’ai gardé une très bonne relation avec Bruno Cheyrou. Après évidemment il y a Rudy Riou qui était dans ma promotion à Limoges et avec qui j’étais déjà très proche à Nantes. C’est peut-être bizarre à dire mais après autant d’années de carrière dans le foot on compte sur les mains les amis que l’on s’est fait… mais Olivier Veigneau et Vincent Bessat le sont toujours aujourd’hui ! J’avais déjà pu partager trois saisons avec Vincent à Metz, on s’est ensuite retrouvé à Nantes… c’est quelqu’un que j’apprécie beaucoup. Oui j’ai gardé quelques relations… Jonathan Martins Pereira aussi ! Je l’ai retrouvé à Guingamp après Nantes… ça commence à revenir noms par noms, il y en a quelques-uns quand même !

 

Deuxième question piège. Le mois dernier, Nantes s’est déplacé à St-Symphorien pour défier le FC Metz (0-1). As-tu suivi cette rencontre, et si oui, quel club as-tu soutenu ?

(Rires)… Ah oui ça c’est une question piège ! J’ai suivi le match… c’est difficile de répondre. J’ai tendance à supporter l’équipe à domicile… si j’avais été au stade j’aurais peut-être été un peu plus du côté de Metz pour les supporters. Après on aime aussi supporter des clubs dans lesquels il y a des joueurs, des gens que l’on connaît. Non mais dans ce genre de situation un match nul c’est bien !

 

Pour terminer, aurais-tu un petit mot à dire aux supporters nantais qui liront cet article ?

Soyez fiers d’être nantais. Pour moi vous supportez un club spécial qui a beaucoup d’énergie. Bravo et merci ! C’est grâce à vous que j’ai pu autant m’épanouir à Nantes. Je vous dirais d’être fiers, et d’aider le club à rester à ce niveau là… parce que le club c’est vous finalement !

 

L'ensemble de l'équipe de La Maison Jaune tient à remercier Matheus Vivian pour sa gentillesse et sa disponibilité ! Nous lui souhaitons bonne chance pour ses nouveaux projets !