Guillaume Moullec : "On savait qu'au moindre faux pas, il y aurait un changement d'entraîneur"
Interview
Guillaume Moullec : "On savait qu'au moindre faux pas, il y aurait un changement d'entraîneur"
Elliott Bureau | 17/02/2021

Arrivé au FC Nantes en mai 2007, quelques semaines après la première descente de l'histoire du club, Guillaume Moullec a aidé le club à remonter immédiatement l'année suivante. Écarté puis réintégré en Ligue 1, il s'est finalement gravement blessé lors de sa dernière saison sur les rives de l'Erdre.

Dix ans après la fin de son expérience nantaise, Guillaume Moullec est devenu responsable de la section féminine d'Orvault, club dont il entraîne l'équipe première. Il a accepté de nous accorder une interview que nous diviserons en deux parties. Au cours de la première ci-dessous, nous évoquerons son passage au FC Nantes de 2007 à 2010. Un deuxième article sur sa vision du football féminin et ses fonctions à Orvault sera disponible dès la semaine prochaine. 

 

Guillaume, vous êtes lancé en pro à Montpellier, en Ligue 1 en 2002. Après un passage à Lorient où vous avez notamment gagné le championnat de Ligue 2, vous signez au FC Nantes en mai 2007, alors que le club vient de descendre pour la première fois de son histoire en Ligue 2. Qu’est-ce qui a motivé ce choix ?

Je suis de 1980, donc la génération 95 correspond à mes 15 ans. Vous imaginez bien qu’à cet âge-là quand on regarde la télé et qu’on voit cette équipe du FC Nantes qui joue très bien, ça donne envie. Toutes ces images que j’ai vu ont fait que ça a toujours été un club important pour moi, que j’aimais. Et à la fin de ma dernière saison à Lorient, alors que l'on venait de monter et de se maintenir, Nantes m’a contacté. Et ça avait beau être un Nantes qui venait de descendre en Ligue 2, un Nantes traumatisé… ça reste Nantes. Donc on réfléchit à deux fois, même si j’étais en Ligue 1 avec Lorient. Ce qui m’a convaincu c’est que le club voulait vraiment se restructurer pour pouvoir remonter rapidement, ne pas rester en Ligue 2. Et puis jouer à la Beaujoire, ce n’était pas un rêve d’enfant mais pas loin !

 

Michel Der Zakarian, que vous avez côtoyé à Montpellier était entraîneur numéro 1 à ce moment-là. Est-ce que c’est lui qui vous a fait venir à Nantes ? Comment se sont passées les négociations ?

J’ai eu Japhet N’Doram et Michel Der Zakarian à la fin de la saison (2006-07). Ils essayaient de restructurer l’équipe avec une mentalité forte pour pouvoir remonter, avec des joueurs comme De Freitas, Shereni, Goussé, Thomas qui étaient les nouveaux on va dire, amenés par ceux qui étaient déjà au club. J’ai bien aimé cette façon de faire, ne pas tout détruire pour reconstruire mais plutôt de remodeler l’équipe pour repartir de l’avant. Donc ils m’ont appelé sur la fin de saison et ça s’est fait en 10 jours, environ.

 

Lors de votre première saison, vous connaissez quelques blessures, mais parvenez à vous imposer comme titulaire, le FC Nantes remonte, on peut dire que ça s’est plutôt bien passé ? 

Oui, c’était une bonne première année. Je crois avoir fait 37 matchs sur cette première saison. C’était plaisant parce qu’au-delà des résultats positifs, on arrivait parfois à aller arracher des victoires avec un groupe qui avait une bonne mentalité. On savait qu’on pouvait voyager et compter les uns sur les autres, c’était vraiment un bon groupe.

 

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’intersaison a été mouvementée, comment vous l’avez vécue ?

Ça a été la première sous l’ère Kita, puisqu’il est arrivé fin juillet de la saison précédente. Il y a eu un recrutement, en termes de qualités, où ils ont mis la barre tellement haut…. Leur discours était de faire un recrutement « Ligue des Champions ». Donc je pense que ça a été l’inverse de ce qui a été fait pour remonter. Quand on est monté on avait un groupe humble et travailleur. Et en Ligue 1, la différence s’est vue dès la première journée. Il y avait trop de disparités au niveau des joueurs, et c’est ça qui a coûté le maintien.

 

Est-ce que vous vous attendiez au départ de Michel Der Zakarian après trois journées seulement ?

Oui, et je pense que lui aussi. On savait que même si les résultats allaient être positifs, au moindre faux pas il y aurait eu un changement d’entraîneur. Mais même plus tôt que ça. Déjà l’année d’avant, au premier match de Ligue 2 contre Reims, à domicile, on gagne 5-0 mais tout le monde savait qu’il y avait un entraîneur dans les tribunes. Comme on a gagné et qu’on a bien enchainé derrière ils n’ont pas pu le changer. Mais on le savait très bien, on le sentait. On se le disait qu'on faisait une préparation avec un entraîneur alors que l’on savait que quelques mois après il ne serait plus là. C’était déjà un mauvais départ.

 

C’est donc Elie Baup qui est arrivé par la suite. Comment s’est passée son arrivée. On sait que ça a été un peu mouvementé ...

(Rires…). Oui ! Ça a été très spécial puisqu’à l’époque on était vraiment beaucoup dans le groupe. Il y avait pas mal de recrues, de joueurs qui avaient été pris pour la Ligue 2 l’année d’avant. Et Elie Baup, avec le président Kita, Larièpe, Pascal Praud, ont décidé d’écarter des joueurs. Ça n’a pas été bien reçu, ça ne s’est pas très bien passé. Donc ça a été le début d’une période très difficile. Dans ces conditions, au niveau de l’effectif on savait que ça allait être compliqué. Personnellement j’ai été en équipe réserve. J’ai été écarté avec sept ou huit joueurs un jeudi. Un des joueurs en question jouait le samedi suivant, c’était incompréhensible. Je fais donc un match en réserve à Angers, et 10 jours après je suis convoqué avec l’équipe A pour aller à Grenoble. Je suis titulaire et je termine la saison. La gestion humaine était très compliquée. On écarte des gens, on les reprend, on les ré-écarte, on les re-reprend... C’est comme ça, c’est le foot. J’aurais aimé dire que ça s’est calmé, mais ce n’est malheureusement pas le cas.

 

Pensez-vous que ce groupe, dans un bon cadre, avait les qualités pour se maintenir en Ligue 1 ?

Oui je pense. De toute manière, à partir du moment où le cadre est sain et que l’on va tous dans le même sens on va réussir à tirer 100% du groupe. Je pense qu’aujourd’hui tous les effectifs de Ligue 1, dans un cadre sain, arrivent à s’en sortir. Maintenant, quand c’est compliqué en interne, on est plus à 100% de ce que l’on peut tirer du groupe. Donc ça devient compliqué au haut niveau.

 

Donc le FC Nantes redescend et la saison suivante vous êtes gravement blessé et ne jouez que trois petits matchs avant de partir en fin de contrat au terme d’une saison catastrophique pour le club. Est-ce que vous avez des regrets sur cette période nantaise ?

Personnellement non, je n’ai pas de regrets. Je n’ai pas de regrets non plus d’avoir signé, même si ça a été une période difficile. J’ai eu la chance de pouvoir jouer pour ce club. J’ai toujours été sérieux, j’ai toujours donné le maximum. La dernière saison je n’ai fait que trois matchs avant de me blesser en septembre jusqu’à la fin de l’année. C’était une saison blanche. Et donc j’ai pu voir à la fois de l’intérieur et de l’extérieur cette saison-là, et on voyait bien que c’était très compliqué. Je l’avais forcément vécu avec du retrait, quand on est en dehors des terrains on vit les choses autrement, de manière impuissante par rapport aux résultats. Mais on voit le malaise. Là encore il y avait une équipe avec de la qualité. Ce groupe-là a fini quinzième alors qu’il y avait beaucoup mieux à faire. C’est dommage.

 

Par la suite, vous rejoignez de nouveau Michel Der Zakarian à Clermont avant de raccrocher. Votre carrière est étroitement liée à celle de Michel, vous aviez une bonne relation avec lui ?

Oui complètement ! À Montpellier j’ai fait un an en équipe réserve avec lui. Il n’avait pas eu les pros à Montpellier à l’époque. À Nantes j’ai fait un peu plus d’un an avec lui, à Clermont deux ans. Pour cette signature, ce sont les circonstances qui ont fait ça. J’étais sans club, ils ont eu deux graves blessures à des postes importants. Ils m’ont appelé fin septembre pour savoir si je voulais continuer ma carrière. Donc je suis reparti pour deux ans avec eux. Physiquement ça n’a pas été simple, mais ça s’est bien passé.

Michel est un coach qui a une mentalité de gagnant, comme quand il était joueur. Il arrive à s’entourer d’adjoints qui le complètent bien. C’est un bosseur donc à partir du moment où les gens bossent et sont sincères, il arrive à tirer le meilleur des autres. Et même quand on se trompe. On a le droit de se tromper, à partir du moment ou l’on est sincère et humain ça se passe bien.

 

Et sur le FC Nantes, qui vit des mouvements difficiles, comment vous voyez cette fin de saison ?

Compliquée. Je ne sais pas vraiment comment s’est passée cette période avec Domenech à l’intérieur même du club. Aujourd’hui, je suis un simple supporter du club, et franchement je n’espère qu’une chose : le maintien en Ligue 1, et que l’année prochaine, le club pourra repartir du bon pied, pour refaire des saisons dignes du FC Nantes. Aller chercher la première partie de tableau. Je suis comme tout supporter, je souhaite le meilleur pour ce club, que ça se passe du mieux possible.