Focus sur... Mélodie Carré
Focus sur... Mélodie Carré
Féminines
Focus sur... Mélodie Carré
Dans le football féminin, le poste de gardienne de but est très souvent décrié, à tort ou à raison. Cependant, la Coupe du Monde 2019, disputée en France, a commencé à faire évoluer légèrement les mentalités. Les nombreuses bonnes performances des derniers remparts ont attiré les yeux des observateurs, et dans un sens positif. Cette évolution suit une prise de conscience en amont de certaines carences, une professionnalisation et l’apparition assez récente de travaux avec des coachs spécifiques. Qu’en est-il de la situation devant les cages au FC Nantes. Tentative de décryptage avec la titulaire du poste, Mélodie Carré.
Fabrice Harcouet
16 novembre 2019

Âgée de 27 ans, Mélodie Carré, originaire de Condé-sur-Risle en Normandie, a rejoint le FC Nantes durant l’été 2018, après avoir effectué une pause de quelques mois dans sa carrière, à la suite d’une décision personnelle.
Son parcours :
2007 – 2009 : CA Lisieux (12 matchs en D3)
2009 – 2013 : Le Mans (7 matchs de D1, 21 de D2, 17 de D3)
2013 – 2014 : Yzeure (3 matchs de D1)
2014 – 2016 : VGA Saint-Maur (10 matchs de D1, 20 de D2)
2016 – 2017 : Saint-Etienne (5 matchs de D1)
2017 – Début 2018 : Brest (6 matchs de D2)
Début 2018 – Été 2018 : Pause
Depuis été 2018 : FC Nantes

Chez les Jaunes et Vertes, forte de sa riche expérience et de sa presque décennie au plus haut niveau, elle est entourée par deux jeunes gardiennes prometteuses : Derwella Malbo, 22 ans, et Raphaëlle Odet, 16 ans.
Avant de développer l’aspect purement technique du poste de gardienne de but, il est déjà assez facile de constater que Mélodie Carré dégage une présence, une espèce d’aura rassurante pour ses coéquipières. Cela est certainement dû à sa grande expérience, mais son caractère combatif entre également en ligne de compte. Pour preuve, son absence lors de la défaite à domicile face à Montauban fin septembre a laissé ses partenaires totalement dépourvues de repères, presque complètement perdues. Et pourtant, ce jour-là, Raphaëlle Odet, pour sa première à ce niveau, a effectué un intérim plus qu’encourageant. Mais les consignes et les directives de l’habituelle titulaire du poste ont énormément manqué. Ce ne sont pas des statistiques, c’est difficilement quantifiable, mais c’est souvent lors de l’absence d’un élément que l’on se rend compte de son importance. Cette rencontre-là en a fait la plus grande démonstration.

Afin d’analyser un peu plus précisément les spécificités du poste de gardienne, on peut isoler cinq caractéristiques différentes :
- Les commandes de la défense.
- La participation au jeu / La qualité du jeu au pied.
- Les performances sur sa ligne.
- Les sorties aériennes / Les sorties au sol.
- L’intelligence / La lecture du jeu.

Les commandes de la défense  

Mélodie Carré est bavarde, très bavarde. Sur les bulletins de notes au collège ou au lycée, ce n’est pas forcément vu d’un très bon œil. Dans le contexte footballistique, et à son poste, si c’est bien utilisé, cela peut être un énorme avantage. Dans le domaine, la portière nantaise est exemplaire. Sa voix résonne très souvent dans les stades de la deuxième division féminine, aux audiences généralement assez confidentielles.
Cela fait partie prenante du poste, rien d’exceptionnel à première vue. Mais si l’on assiste régulièrement aux matchs de Régionale 1 ou de D2F, il est facile de constater que les gardiennes sont étonnamment peu vocales. Quelques consignes distillées, mais c’est souvent très léger.
Mélodie Carré, quant à elle, ne lâche rien, de la première à la dernière minute de jeu, quel que soit le score. Elle donne ses directives, informe sa partenaire si un pressing adverse va s’abattre sur elle, gère le placement de sa ligne défensive. Elle exige également le replacement et les compensations à effectuer par les joueuses plus offensives.
Perpétuellement en action et toujours très concentrée, le dernier rempart nantais donne l’exemple à suivre. Cet aspect du poste est clairement l’un de ses points forts.

La participation au jeu / La qualité du jeu au pied

La numéro 16 ligérienne évolue assez haut sur le terrain. Par le fait, elle se propose régulièrement en tant que solution lorsque ses partenaires de la défense sont gênées dans la relance.
Sa technique est propre, et lui permet d’effectuer des passes courtes, sèches, précises et souvent, dans le bon ton.
Son jeu au pied long, quant à lui, peut parfois manquer de puissance et de longueur, mais il n’en est pas pour autant une faiblesse. La gauchère, grâce à sa justesse, parvient malgré tout assez régulièrement à trouver Claire Guillard, son pivot offensif et cible privilégiée sur les relances longues.

Les performances sur sa ligne

Lors d’une interview sur le site officiel du club en début d’année, Mélodie Carré avait regretté un certain manque d’explosivité chez elle. Preuve qu’elle a travaillé fort avec l’entraîneur des gardiennes : ce défaut ne se voit quasiment plus, et ce, malgré des douleurs au genou en début de saison.
Au contraire, la Normande montre de vrais progrès dans sa capacité à jaillir rapidement. Ses appuis sont courts, les mouvements sont assez vifs, elle descend vite au sol pour effectuer ses arrêts. Elle possède également de bons réflexes, bien utiles lors de certains matchs.
Cependant, on constate qu’une majorité des buts encaissés cette saison l’ont été sur son côté gauche. Faiblesse ou coïncidence ? Difficile à dire.
La gardienne nantaise a beaucoup plus de travail cette année, et c’est bien logique, tant le niveau est monté par rapport à la saison dernière. Ses performances sont, par conséquent, beaucoup plus visibles.

Les sorties aériennes / Les sorties au sol

La mode actuellement dans le football féminin est aux gardiennes très élancées. Les exemples sont : Sari van Veenendaal (Pays-Bas, Atletico Madrid), Casey Murphy (USA, passée par Montpellier pendant la saison 2018 -2019), Christiane Endler (Chili, PSG) ou encore Sydney Schneider (découverte à la Coupe du Monde 2019 avec la Jamaïque).
Mélodie Carré ne correspond pas à ce morphotype, et sa détente n’est pas non plus extraordinaire. Elle est donc obligée de compenser son manque de taille par son implication, sa combativité, et sa lecture des trajectoires sur les centres ou les coups de pied arrêtés.  
Assez efficace dans ce domaine si important qui aurait pu être une vraie lacune, la portière nantaise n’a peur de rien, et s’impose, quitte à se faire mal, comme lors des barrages d’accession face au Mans la saison passée.
Les sorties au sol, quant à elles, impliquent de prendre le plus de place possible devant son but et de gêner l’attaquante en restant debout jusqu’au dernier moment, afin de ne pas lui ouvrir d’angles. C’est aussi une question de mental, puisqu’il y a confrontation, face à face, et là encore, la gardienne jaune et verte s’en sort avec les honneurs.

L’intelligence / La lecture du jeu

Une gardienne intelligente est une gardienne qui sait lire le jeu, décrypter le tempo d’un match, couper les trajectoires adverses, et anticiper les passes en profondeur en prenant le risque de sortir loin de ses cages. Chaque erreur, chaque manque de jugement, chaque prise de décision trop tardive se paye cash à ce niveau.
Grâce à sa position haute sur le terrain, sa vision du jeu ainsi que sa grande expérience, Mélodie Carré est également très à l’aise dans ce domaine et se fait rarement prendre à défaut.


Pour sa deuxième saison au club, et alors que l’équipe traverse actuellement une période difficile, Mélodie Carré affiche, quant à elle, de réels progrès dans les petits détails de son rôle et réalise, pour le moment, une saison exemplaire. Ses partenaires seraient bien inspirées de suivre encore plus son leadership et de présenter le même degré de combativité et de régularité.
Le FC Nantes peut s’estimer heureux de pouvoir s’appuyer sur une gardienne figurant parmi l’élite de la deuxième division féminine à son poste.