Face to Face ! Episode 1 : Mickaël Landreau vs Jean-Paul Bertrand-Demanes
Face to Face ! Episode 1 : Mickaël Landreau vs Jean-Paul Bertrand-Demanes
Œil du Supporter
Face to Face ! Episode 1 : Mickaël Landreau vs Jean-Paul Bertrand-Demanes
Au football, tout est comparable, et souvent on compare deux adversaires, deux équipes. Mais notre club est une grande maison du football français, à tel point que nous avons ce luxe de pouvoir porter le débat même sur notre propre histoire. Alors amis supporters, je vous propose que nous allions au clash, entre fans, entre passionnés ! Mais attention, si La Maison Jaune vous donnera les armes pour débattre, ce sera bien à vous de choisir qui sera le vainqueur ! Aujourd'hui, nous inaugurons notre série.
Tancréde Adnot
06 novembre 2019

Face to Face !

Episode 1 : Mickaël Landreau vs Jean-Paul Bertrand-Demanes

Dans les buts à ma gauche :

Né en 1952, 1m92. Formé à Pauillac et recruté au FC Nantes en 1969. Portant nos couleurs jusqu’en 1987, lancé en championnat professionnel face à l’Olympique de Marseille. Longtemps considéré comme une icône du club, et encore aujourd’hui, surnommé « Le Grand », incarnant la grande période du FC Nantes : Jean-Paul Bertrand-Demanes !

Dans les buts à ma droite :

Né en 1979, 1m84. Formé au FC Nantes Atlantique après avoir été repéré du côté de Machecoul, où il s’épanouissait dans les petits buts benjamins, il est lancé en D1 à Bastia en 1996 à l’âge de 17 ans. Devenu capitaine du FCNA à 19 ans et passé par Paris, Lille et Bastia, terminant sa carrière après un quart de finale de coupe du monde au Brésil, il est la vitrine du club pendant toute la période où il y joue, surnommé « Micka » et aujourd’hui recordman des matches en Ligue 1 : Mickael Landreau !

 

Bertrand-Demanes / Landreau

Périodes à Nantes

1969 à 1987 / 1993 à 2006

Matches joués en D1 (dont à Nantes)

650 (650) / 784 (421)

Palmarès

Le palmarès, c’est toujours un argument qui peut être à la fois pertinent, mais aussi insignifiant. Zidane a été champion du monde, oui, mais Guivarch’ aussi, vous voyez l’idée. Mais ici nous avons de la chance, car les deux hommes ont été des acteurs majeurs du palmarès dont ils sont les heureux bénéficiaires.

Dès lors, au premier regard, on irait tout droit vers « JPBD », qui fut champion de France quatre fois (1973-77-80-83), mais aussi vice-champion de France six fois (1974-78-79-81-85-86) ! Landreau lui, a eu la chance de ne jamais finir deuxième en Ligue 1, mais il ne possède que deux titres (2001 et 2011) séparés de 10 ans et avec deux clubs différents, ce qui reste impressionnant. En ce qui concerne les coupes en revanche, Landreau et ses deux coupes en tant que capitaine du FC Nantes en 99 et 2000, dans lesquelles il est décisif, ainsi que sa troisième coupe de France en 2011 avec Lille, faisant le doublé coupe-championnat (que Bertrand-Demanes n’a jamais pu faire) ne manquent pas de mettre en valeur « Micka ». A cela s’ajoute une coupe de la Ligue en 2008 avec Paris, quelque peu marquée d’une certaine indifférence, le club parisien ayant gagné cette coupe assez souvent. Notons en plus que la désormais défunte coupe de la Ligue n’existait pas à l’époque de Bertrand-Demanes, de même que les deux trophées des champions de 99 et 2001 gagnés par Landreau.

Avantage : Bertrand Demanes

A l'international

Concernant les parcours internationaux, Bertrand-Demanes a eu aussi largement plus de succès, jouant les coupes d’Europe presque chaque saison. Portier nantais en demi-finale de la Coupe des Coupes contre Valence, en quart de finale de la Coupe des Clubs Champions contre l’Inter de Milan, alors que Landreau n’a pas eu le luxe de jouer l’Europe chaque année, et pire, de jouer plutôt le maintien parfois. Mais Mika a eu ses gros moments de gloire, par exemple contre Manchester United en 2002, l’un de ses matches les plus accomplis. Hélas, Landreau n’aura jamais la chance d’avoir un club armé pour l’Europe.

Côté Equipe de France, le natif de Machecoul est cependant bien, bien mieux loti, que son ancêtre. Certes, JPBD compte onze sélections en Bleus, sur cinq années, avec même un match de coupe du monde en 1978, mais il exerce alors que la France n’est qu’une innocente petite nation du football au sein de la FIFA. Landreau lui, compte presque soixante sélections en Bleus chez les -20 ans, emmène les Espoirs en finale de l’Euro 2002, gagne la Coupe des Confédérations 2001 et 2003 et conseille Fabien Barthez pour la séance de tirs-aux-buts en finale de coupe du monde à Berlin en 2006 face à l’Italie. Il est également dans les buts français lorsque Thierry Henry devient le meilleur buteur de l’histoire de l’équipe de France devant Platini. Hélas maladroitement écarté par Domenech en 2008, le plongeant dans une période de doute, il revient en Bleus avec Didier Deschamps pour un baroud d’honneur au Brésil en tant que troisième gardien, avec également onze sélections, mais bien plus de palmarès bleu. On ne va pas se mentir... mais gagner deux Coupes des Confédérations et être dans une équipe vice-championne du monde, ça place quand même le bonhomme. 

Egalité

Les carrières (joueur et après) :

Grosse différence entre les deux garçons qui, s’ils ont été des symboles de fidélité au club nantais, n’ont pas du tout pris les mêmes trajectoires. Là où Bertrand-Demanes se contentera de rester au club canari de bout en bout, Landreau lui, cherchera l’Eldorado dans d’autres clubs pour essayer de percer, alors que Nantes commençait à sombrer. Les deux vont cependant profiter d’une pénurie de gardien pour se mettre dans la lumière au départ de leur carrière. C’est d’autant plus vrai pour Bertrand-Demanes que son premier match intervient deux jours après son recrutement, alors qu’il devait jouer un match avec Pauillac le même jour !

C’est évident, le parcours de JBBD force le respect, mais ne se traduit pas forcément par une domination globale et marquante sur toute la durée. C’est un vieux briscard qui reste à sa place avec loyauté, bien qu’il ait été à deux doigts d’être recruté par Bordeaux à l’origine. Il vit la période faste du club, les 92 matches d'invicibilité à Saupin, mais aussi le difficile déménagement à la Beaujoire et le déclin (modeste) qui arrive au milieu des années 80. Après sa retraite, le Grand aurait pu certainement se faire un trou dans le staff ou la direction du club, mais non, il raccrochera les crampons pour se lancer dans la gestion de patrimoine. A tel point que JPBD est presque plus connu aujourd’hui pour sa présence entrepreneuriale que sa carrière de footballeur, prouvant d’ailleurs qu’il peut réussir dans les deux.

Landreau en revanche, est un acteur du club sur une période plus courte, mais incroyablement décisif et en progression constante durant sa période nantaise, d’où son souhait de départ. Durant cette période nantaise, il passera du petit frère au grand chef, capable de mener une rébellion au sein même du club, ou de planter toute une saison sur un coup de tête. Son envie de Champion’s League et d’Equipe de France le convainc de quitter Nantes, après deux saisons particulièrement difficile où son talent n’apporte plus vraiment de différence. A Paris, Landreau va clairement changer de dimension, devenant un candidat toujours plus sérieux au titre émérite de meilleur gardien de France. Sa maturité semble se confirmer, jusqu’à ce que les déboires du PSG, mais aussi quelques erreurs de match et une critique presse acerbe ne viennent briser sa dynamique. Landreau tournera la page parisienne en allant à Lille, où il connaîtra encore une période de doute… et de grave blessure, avant de revenir en force pour réaliser un doublé historique coupe-championnat avec le LOSC. Mais, encore en froid avec la direction, il terminera à Bastia, sans jouer de grande compétition.

Au contraire de Bertrand-Demanes, Landreau va cependant continuer dans le football, d’abord avec Canal plus, et puis en tant que coach du FC Lorient, avec un bilan victoire-nul-défaite somme toute plutôt positif, même s’il n’est pas maintenu longtemps. Mais Landreau a clairement su rester un personnage incontournable du football.

Avantage : Landreau

Les qualités :

Inévitablement chez Bertrand-Demanes, c’est la régularité qui ressort. Tenir aussi longtemps, dépasser les 500 matches avec un seul club, est un exploit autant remarquable qu’historique.

Pour Landreau, c’est simple : une vitesse incroyable, une résistance admirable, des bras et des jambes en béton et une capacité à changer le cours d’un match, d’une saison, d’une compétition, en un geste. Landreau était aussi capable de dégouter les plus grands attaquants de France et d’Europe. Au-delà de ça, Mika a bien entendu été un modèle remarquable de précocité, notamment dans le leadership, probablement jamais revu depuis d’ailleurs… mis à part pour M’Bappé (oui je sais, j’ai comparé Landreau et M’Bappé, désolé).  

Les défauts :

Et si finalement le fait que Bertrand-Demanes était un membre de la génération dorée n’était pas en soi un petit contre-coup à sa brillante carrière ? Car il est vrai que lorsque pendant 20 ans on a devant soi les Michel, Blanchet, Rio, Rampillon, Amisse, Halilodzic, Bossis, Ayache, Tusseau, Touré, Baronchelli, Trossero, Pécout, Muller… à savoir des défenseurs d’élite et un jeu axé sur l’attaque, c’est vrai que le rôle du gardien parviendrait presque à passer au second plan. Loin de nous l’idée de nier l’importance du gardien, votre rédacteur ayant été d’ailleurs onze ans aux cages, mais il est vrai qu’on aurait aimé voir Bertrand-Demanes dans les moments difficiles du club, dans un FC Nantes qui avait besoin d’un sauveur pour rester en vie, afin de voir aussi à quel point il aurait été décisif – ce dont on ne doute pas. Car JPBD a incontestablement bénéficié de la belle ère nantaise et de son jeu offensif qui a terrassé la première division pendant des années. Autre petit avantage de gardien qui peut jouer à l’encontre de JPBD : les règles et le rôle du goal à son époque. En effet, la position de gardien dans les années 60-80 permettait des prises de balle en main sur des passes en retrait, du jeu plus posé.

De l’autre côté, difficile de ne pas remarquer au contraire une certaine irrégularité au niveau de la confiance, entre manque et tropisme chez « Mika ». Pour ce qui est de l’excès de confiance, ceux qui ont fait un infarctus devant sa panenka en finale de coupe de la Ligue en 2004 pour le penalty du match savent de quoi on parle. De même, cette grande confiance en lui a pu lui jouer des tours lorsqu’il se met en tension avec le staff et la direction à Lille, lui donnant un rôle de vilain petit canard. Mais d’un autre côté, c’est bien Landreau qui avait mis le pénalty de la gagne en demi-finale face à Auxerre en 2004, après avoir écoeuré les Bourguignons en arrêtant trois pénaltys ; C’est bien Landreau qui mène une rébellion héroïque contre Jean-Luc Gripon en 2004 et déclenche le départ de Loïc Amisse pour rester solidaire de ses camarades Da Rocha et Savinaud. Landreau savait arrêter les pénaltys, certes, mais aussi les provoquer parfois. Enfin, on peut reprocher aussi quelques défauts sur les relances qui n’ont jamais été vraiment son point fort.  

Le petit plus :

JPBD : la régularité et la taille. C’est évident qu’un gardien qui dépasse les 1m90 et qui reste au plus haut niveau est un atout de stabilité et de confiance de l’équipe et de la défense. Même si une trop grande taille peut poser quelques défis pour les gardiens (rapidité sur les balles au sol, sorties), JPBD a su maintenir un haut niveau pendant presque 20 saisons.

Landreau : les pénaltys, autant vous dire que vous pouvez être le meilleur tireur du monde, vous aurez les genoux qui grelotteront sévèrement si vous avez Landreau en face de vous. Le garçon est capable d’en arrêter quatre, voire plus, sur une partie entière. Et n’oublions pas ce pénalty face à Ronaldinho.

Qui est le meilleur ? Qui seront les suivants ? C’est à vous de décider !