Pas faibles contre les forts, mais alors forts contre les faibles ?
La saison 2025-2026 n’a pas débuté de la meilleure des manières, mais qui pouvait bien espérer qu’elle se lance autrement ? Avec la réception du champion parisien et le déplacement chez des Strasbourgeois européens depuis jeudi soir, démarrer par deux échecs n'a rien de désolant. Deux affiches où le résultat et le contenu sont généralement de l’ordre de l’anecdotique, tant le degré de motivation est décuplé pour la première et où l’adversaire est aujourd’hui membre des gros de la Ligue 1 pour la deuxième. Si les Canaris ne se sont pas fait déplumer dans ces deux matchs, on s'interroge désormais sur ce qu'ils valent face à des adversaire à leur taille.
Dans une compétition où différents championnats semblent se distinguer, le maintien du FC Nantes se jouera avant tout dans les confrontations directes avec ses concurrents au maintien. S’il est intéressant de bien figurer face aux grosses écuries, il est en revanche primordial de l’emporter face aux équipes impliquées dans la lutte contre la relégation. L’importance de ces duels est soulignée par le bilan du FCN face aux clubs classés derrière lui à l’issue de la saison passée (Angers, Le Havre, Reims, Saint-Etienne et Montpellier), avec seulement trois victoires glanées sur dix possibles et pas plus de douze points empochés sur trente.
Une charnière vraiment au niveau ?
S’il fallait classer les satisfactions nantaises depuis la mi-août, les performances de la paire Chidozie Awaziem-Tylel Tati figureraient certainement en haut du classement. Dans le grand remue-ménage effectué cet été, sérieuse était l’inquiétude au sujet de la solidité défensive des Jaune et Vert. Les pertes de Jean-Charles Castelletto, Nicolas Pallois mais aussi celle plus tardive de Nathan Zézé n’étaient en effet pas compensées par des signatures de joueurs labellisés Ligue 1. Arrivé en provenance de la MLS et des Colorado Rapids, Awaziem est devenu sans attendre le leader de défense aux côtés du jeune Tylel Tati, 17 ans, quand Uros Radakovic, à peine arrivé, s’avéra être un flop. Aussi incertaine pouvait-elle paraître, la charnière centrale a jusqu’ici plutôt bien répondu aux attentes.
Avec un Awaziem en roc, s’imposant sur presque chaque duel, et aussi serein à la relance que son partenaire, dont on serait étonné d’apprendre sa convocation avec l’équipe de France U18, tant sa maturité camoufle une jeunesse parfois sujette à l’erreur et à la fébrilité. Or, ce secteur a tenu la dragée haute à de talentueuses attaques, jusqu’à céder sur un tir dévié contre Paris (Vitinha, 67e) et n’a laissé que deux occasions majeures au Racing, dont le but des Alsaciens (Emegha, 81e). Reste dorénavant à savoir si la doublette saura mettre le verrou lorsqu’elle fera face aux offensifs des clubs du bas de tableau. Sans trop évoquer une attaque nantaise, toujours vierge après plus de 180 minutes et pas encore en place, cette dernière ne sera sûrement pas toujours en capacité d’inscrire plusieurs buts pour marquer des points. Alors si l’aspect offensif demeure le principal chantier de Luis Castro, il faut donc espérer que celui de la défense soit rapidement finalisé.
Benhattab, leader offensif omnipotent ?
Autre incertitude qui n’en sera plus une. Parmi les attaquants les plus utilisés en deux rencontres, Yassine Benhattab se démarque en étant le joueur qui ne figurait pas dans l’effectif nantais en 2024-2025. Meilleur joueur et passeur de National cette saison-là, l’ancien d’Aubagne a, cet été, franchi non pas un mais deux caps en intégrant la rotation d’un club de Ligue 1. Tout cela, en démarrant à chaque reprise, avec respectivement 59 et 85 minutes. Mais aussi en s’affirmant à la faveur de son profil déroutant, n’hésitant pas à s’exprimer balle au pied et à apporter le danger aux abords des surfaces adverses. En devenant en quelques semaines celui par qui tout devait passer, Benhattab aurait grimpé du statut d’atout majeur d’une équipe de National à celui d’un groupe de Ligue 1.
Une ascension intrigante, alors qu’on pouvait se demander si un joueur de 22 ans sans quasiment la moindre expérience à ce niveau pouvait réellement devenir titulaire alors que Matthis Abline, Herba Guirassy ou Mostafa Mohamed, qui connaissaient déjà la première division hexagonale, étaient toujours là. Mais après deux matchs face à des défenses loin d’être des plus faiblardes, le Franco-Algérien a impressionné. A tel point de donner maintenant envie de voir ce qu’il offrira face à l’AJA, ce samedi, et une défense qui montrera certainement plus de largesses. Avant que d’autres ne parviennent à tirer leur épingle du jeu, il y a fort à parier que la différence se fera grâce à l’ailier droit. En l’absence de certains et de par les plus petites prestations des autres, ce sera une nouvelle occasion pour Yassine Benhattab de montrer qu’il est définitivement capable de renverser la table.
Un milieu enfin dominant ?
A l’écart de la grande vague de départs de l’intersaison, Johann Lepenant et Louis Leroux apparaissaient tous deux assurément titulaires et porteurs du nouveau projet de jeu orchestré par Luis Castro. Le premier nommé, arrivé l’été dernier de l’Olympique Lyonnais, avait offert quelques sorties de grande qualité au sein d’un collectif peu inspiré offensivement, au point d’en devenir le principal cadre technique. Le second s’était révélé sur la seconde partie de saison, tantôt à son poste de relayeur, tantôt à celui latéral de secours sous Antoine Kombouaré. Il représentait cette génération Youth League 2024, s’étant bien plus mis en avant qu’un Guirassy ou qu’un Dehmaine Tabibou, notamment par ses buts inscrits contre Lens (3-1) ou à Auxerre (1-1).
Sous la houlette du coach Castro, ces deux garçons étaient appelés à former une doublette prometteuse. Et à représenter une certaine idée de la réussite, du recrutement pour l’un, de la formation pour l’autre. Toutefois, si Lepenant n’a pas ménagé ses efforts durant le match contre Paris, Leroux a paru très clairement en difficulté, surtout techniquement. Puis, à Strasbourg, bien que les Jaunes aient légèrement plus tenu le ballon que leurs adversaires (51%), le duo du milieu n’a pas été en mesure d’inquiéter son opposition. Si bien que l’animation offensive s’est montrée terne dès lors qu’un ballon passait par les pieds de nos deux jeunes (22 et 19 ans). Contrairement à certains de leurs partenaires qui peuvent confirmer leurs deux bonnes premières prestations, la paire Lepenant-Leroux pourrait ce samedi démontrer qu’elle peut élever son niveau et dominer des rencontres contres des adversaires à leur portée. Nul doute que le salut passera par ces deux soldats qui s’arracheront dans les tranchées et brilleront par leurs étincelles.
Les sujets de l’après-trêve
D’autres interrogations pourraient être posées sur la table, mais il serait plus judicieux de laisser quelques matchs avant de sérieusement les étudier. A commencer par le troisième larron du milieu, la sentinelle accompagnant Johann Lepenant et Louis Leroux. Débarqué du Celtic FC en juillet, Hyeokkyu Kwon a démarré avec les Canaris contre le Paris Saint-Germain à cette position. Le Coréen de 24 ans a rendu une copie bien propre, formant un socle défensif résistant avec ce positionnement devant Awaziem et Tati, ou sur la même ligne que la charnière quand son équipe se trouvait acculée dans sa surface. Il était celui qui cassait ou freinait les contre-attaques adverses ou coupait des lignes de passes, avant d’être remplacé par Francis Coquelin. Capitaine du onze nantais en temps normal et aligné d’entrée à Strasbourg, celui-ci remplissait les mêmes missions que son coéquipier selon les situations de jeu. Et n’a semble-t-il ni fait moins bien, ni mieux que son collègue de l’entrejeu. On imagine logiquement que le vétéran est initialement le titulaire en 6 mais sa condition physique est malgré tout ce qui déterminera l’évolution de cette rotation.
Plus haut sur le terrain, Herba Guirassy, titularisé à deux reprises en tant qu’ailier gauche, est apparu emprunté. Autre jeune issu de la bande ayant écrit l’histoire du club en Youth League et qui avait foulé les pelouses de Ligue 1 à quelques reprises l’an dernier , il a pêché dans certains choix ainsi que dans la finition, un face-à-face avec le portier strasbourgeois ayant notamment été perdu. Il serait cela dit légitime de laisser du temps à un jeune garçon de 19 ans, pour qui l’enchaînement des matchs et le travail à l’entraînement pourrait enclencher un déblocage. Pour conclure, la situation de Matthis Abline est certainement une bascule. Argument absolu du secteur offensif du club des rives de l’Erdre, parfois annoncé partant mais jusqu’ici toujours retenu par la direction du club, il devrait donc finalement poursuivre l’aventure. Et certainement retrouver une place de titulaire lorsque la période des transferts sera clôturée et que le joueur aura digéré son non-départ. On l’imagine actuellement rongé par des envies d’ailleurs, il aura espérons-le plus la tête au terrain et aux buts à la reprise. Ou alors, ce samedi sera le jour du retour du numéro 10, celui où il démarrera sa saison pour de bon.