Comment peut-on définir l’identité du FC Nantes : découvrez la vision d’un panel de supporters du club.
Comment peut-on définir l’identité du FC Nantes : découvrez la vision d’un panel de supporters du club.
Œil du Supporter / Club
Comment peut-on définir l’identité du FC Nantes : découvrez la vision d’un panel de supporters du club.
Dans un langage souvent codé, les supporters font fréquemment référence à l’identité du FC Nantes. À ce sujet, sommes-nous tous sur la même longueur d’onde ? Ces notions appartiennent-elles à une vision passéiste ou sont-elles fondatrices d’un prochain renouveau ?
Daniel Ollivier
08 février 2021

Dans cet article, nous avons donné la parole à 12 supporters du club. Ils représentent 3 générations différentes. Certains habitent à Nantes, d’autres non. La plupart ne sont pas membres d’une association de supporters. Ils ont eu la gentillesse de répondre à quelques questions. En hommage au « Jeu à la Nantaise », nous avons choisi de fondre l’ensemble des réponses dans une synthèse collective. Nous adressons à tous les contributeurs un grand remerciement : Jean Luc Améaune, José Arribas fils, Pascal Coutard, Olivier Dantas Lima, Aurélien Drouaud, FCNA 96-97 4ever, Stanivicius Gastautas, Antoine Josse, EGr,  Emmanuel Merceron, Ewan Seznec et Thierry Tissot.

 

C’est quoi, au juste, l’identité (ADN) du FC Nantes ?

En premier lieu, il est intéressant de constater que ces deux termes sont proposés comme synonymes alors qu’ils ne le sont pas vraiment. L’ADN équivaut au patrimoine génétique. C’est-à-dire à un héritage qui n’évolue pas… ou très lentement. L’identité du club évoque, quant à elle, une notion plus évolutive qui repose à la fois sur l’histoire, les projets, la culture et l’image.

Face à cette réalité, il est intéressant de constater que les réponses des supporters sont homogènes pour considérer que dans le domaine de l’identité le présent s’efface derrière le passé. À croire que le club a fait un arrêt cardiaque en 2001 avec le départ de Raynald Denoueix, et qu’il est, depuis cette date, en assistance respiratoire. À croire que les mutations du sport business et la gouvernance de Waldemar Kita n’ont pas eu de réelle emprise sur ce qu’est l’identité profonde du FC Nantes. Évidemment, le supporter est conscient de ne pas être un observateur neutre. Sa vision est subjective, idéalisée.  Elle peut parfois, dans son extrême, aller jusqu’au mythe de l’âge d’or. 

Ces précautions prises, faisons état de ce qui est dit sur l’identité.

 

L’intelligence au service du collectif

L’identité du club est perçue, avant tout, comme un état d’esprit et une philosophie de jeu. Cette philosophie refuse de sacrifier la manière au résultat. Le « Jeu à la Nantaise » c’est la volonté de s’en sortir par le jeu. Les entraîneurs sont des compétiteurs dans l’âme mais ils ne veulent pas s’y soumettre à n’importe quelle condition : « le succès n’est pas l’objectif, c’est la conséquence ».

Le jeu est au service du collectif. Cette philosophie s’incarne à travers l’intelligence, la vitesse, le mouvement, la créativité. Elle vise à jouer les uns avec les autres, les uns pour les autres. L’élément fondateur c’est que « le jeu est plus important que le je »… et sans doute aussi que l’enjeu.

La formation à la nantaise ne se limite pas à réciter des gammes mais à en comprendre la finalité. Au centre de tout se trouve le mouvement. Le mouvement avec ou sans ballon, un mouvement adaptatif, intelligent. C’est la mobilité qui fait le jeu. Raynald Denoueix rajoutait subtilement « il faut toujours faire son contrôle dans le sens contraire de la passe. Le football est un jeu de contrepied ». Surprendre, toujours surprendre. Mettre l’intelligence de chaque individu au service de l’intelligence collective pour que celle-ci sublime les individualités.

 

La transmission au service de l’innovation

L’identité ce sont les hommes qui l’ont façonné. En premier lieu, nous pensons aux entraîneurs emblématiques que sont José Arribas, Jean Vincent, Jean Claude Suaudeau, Raynald Denoueix. Mais ce formidable panthéon comprend tous les joueurs qui ont marqué l’histoire du club. Ils sont trop nombreux pour être nommés. Plusieurs d’entre eux sont devenus, à leur tour, par passion, des entraîneurs et des éducateurs. En fait, l’identité du club prend corps dans les relations humaines et dans la transmission. Le plaisir de se comprendre prend forme dans le plaisir de transmettre. Tout est dit, ici, en quelques mots.

Le jeu à la nantaise explore toutes ces qualités, les initie, les modalise, les renouvelle. Il se réinvente en permanence tout en respectant les principes de base. Il est porté par sa fameuse devise « celui qui renonce à devenir meilleur, cesse déjà d’être bon ». Une telle ambition ne se limite pas à l’excellence sportive. Elle concerne aussi l’homme dans sa manière d’être avec les autres. Dans ce club, la transmission est intergénérationnelle. Le passage de témoin entre les entraîneurs n’a pas d’équivalence dans le monde du football. Une stabilité qui permet de collaborer dans la durée. Une stabilité qui permet de partager et d’apprendre entre pairs mais aussi de s’ouvrir vers l’extérieur.

 

La gouvernance au service de la technique

L’identité du club s’exprime dans les liens, la relation à l’autre, la manière d’être sur le terrain, au vestiaire, jusque dans les tribunes. Dans la gouvernance enfin. Le jeu à la nantaise ne se limite pas au rectangle vert. Il a inoculé plus largement. Dans le panthéon du club figure aussi Robert Budzinski et quelques présidents soucieux de faire vivre cette philosophie collective à tous les niveaux de la structure : Jean Clerfeuille, Louis Fonteneau, Guy Scherrer, Jean René Toumelin et Kléber Bobin.

Au FC Nantes, toutes les entités du club sont au service du projet de jeu. C’est le cas pour la direction, la cellule recrutement, la formation. L’avis du technicien représente l’alpha et l’oméga de toute prise de décision. C’est lui qui initie l’expression du besoin dans un cadre budgétaire défini mais qui a le dernier mot concernant la solution à retenir. Le club a toujours eu des moyens limités mais il a toujours (ou presque) fait confiance à ses techniciens et à sa vision du football. La structure en place est là pour au quotidien résoudre les problèmes et permettre à l’entraîneur de travailler dans les meilleures conditions. 

L’ADN du club incarne aussi une gouvernance intègre et respectable qui ne prend pas le risque de s’aventurer sur les chemins tortueux. Sans concession au regard de ses principes du jeu elle l’est aussi au regard de la loi. Pas de caisse noire ce qui en fait là aussi un exemple qui n’a pas beaucoup d’équivalent. 

Les supporters font aussi partie intégrante de l’identité car, de tout temps, il n’a jamais accepté que le club tourne le dos à ses valeurs.

 

En quoi le FC Nantes se différencie des autres clubs ?

Dans le football français, le FC Nantes est un club à part. Ni mieux, ni moins bien, il est différent. En effet, le club s’est longtemps démarqué par son style de jeu, son côté avant-gardiste dans les méthodes et les infrastructures. Il ne faut pas oublier que le FC Nantes est un club jeune (création en 1943) comparé à d’autres institutions mais que son histoire est d’une grande richesse. Le palmarès est en soi exemplaire mais c’est bien son identité qui est la plus marquante.

Malgré son absence de résultat depuis 20 ans, ce club continue à être apprécié par de nombreux passionnés de football. Avoir une identité respectée à travers la planète football concerne seulement une petite élite. Qui a part quelques grands clubs comme le Barça, Liverpool ou l’Ajax d’Amsterdam peut prétendre avoir incarné une vraie culture du jeu ? En France, il y a eu le Stade de Reims, puis l’AS Saint Etienne et l’Olympique de Marseille. Le Paris SG malgré ses puissants moyens financiers et « l’aura » dont dispose la Capitale ne fait pas encore partie de cette catégorie.  

Certains clubs rayonnent à travers leurs stars, d’autres par leur identité (Bilbao par exemple), d’autres encore par le prestige de leur institution. La particularité du FC Nantes c’est de n’avoir jamais starifié quiconque. La star a toujours été le collectif. Difficile de l’imaginer actuellement, mais le club a été d’une exemplaire régularité à haut niveau de 1964 à 2001. Dans cette période, il n’a connu que 5 entraîneurs. Les équipes les plus fortes sont tout simplement… des équipes. L’adage est bien connu « seul on avance vite, à plusieurs on va beaucoup plus loin ». Mettre l’intelligence de l’homme au service du collectif, cela devrait être, pour tous, une évidence dans ce sport. Et pourtant, seulement quelques grandes équipes y sont parvenues. 

Pour finir, est-il utile de préciser que les couleurs incarnent bien l’identité du club. Elles ne sont pas communes dans le football pro. Le « jaune » et le « vert » obligent à rester différents, originaux, créatifs. Elles obligent à être ce que nous sommes : un grand club qui retrouvera prochainement son identité et son lustre d’antan.

Prochain rendez-vous avec ce panel de supporters la semaine prochaine pour un nouvel article sur les valeurs du FC Nantes et ce qui forge notre attachement au club.