Claire Guillard : "Porter le maillot jaune et vert, je rêvais de le faire un jour"
Claire Guillard : "Porter le maillot jaune et vert, je rêvais de le faire un jour"
Féminines / Interview
Claire Guillard : "Porter le maillot jaune et vert, je rêvais de le faire un jour"
Claire Guillard aura porté le maillot du FC Nantes pendant un an et demi. Après une saison stoppée par le Coronavirus, elle a annoncé sa retraite à 33 ans il y a quelques semaines. Pour La Maison Jaune, elle a accepté de revenir sur sa carrière, ce départ imposé et son avenir dans le football.
Elena Cervelle
15 juillet 2020

Comment avez-vous commencé le football ? 

Je viens d’une famille de footeux donc j’étais baignée dedans toute petite. J’ai fait un cours de gymnastique mais ça n’a pas fonctionné et je suis passée directement au football dès 6 ans à l’US Savenay. 

Quels souvenirs gardez-vous de votre premier club ? 

C’est le club qui m’a permis de faire mon sport parce qu’à cette époque-là ce n’était pas forcément commun d’avoir une fille qui joue au foot. Ils m’ont accueillie à bras ouverts et ont fait en sorte que je puisse pratiquer le sport que je voulais, même si j’étais avec des garçons jusqu’à mes 14 ans. Je leur dois aussi dans toute la carrière que j’ai faite. 

Est-ce que vous auriez préféré jouer en équipe féminine dès vos débuts ? 

Non, parce qu’à l’école je jouais souvent avec les garçons et comme le foot féminin n’était pas encore très développé, ça ne m’a pas dérangé. C’est plus au moment de passer chez les filles, ça m’a un peu refroidie parce que je ne connaissais pas. Je quittais mes copains et ce n’était pas évident. J'ai pensé à arrêter le foot et le club de Saint-Herblain m’a contacté pour me proposer de venir faire des essais, on a essayé et ça l’a fait. 

Comment on passe d’un niveau amateur à un niveau “professionnel” ? 

Il y a beaucoup plus d’exigences. C’est un travail sur soi : si on veut jouer au plus haut niveau, il y a des concessions et des exigences à avoir. Je me les suis fixées moi-même parce que j’avais envie de percer là-dedans. Je ne vivais que pour le foot.

A quel moment avez-vous eu le déclic pour vous dire que vous pouviez jouer au meilleur niveau ? 

Quand le club de l’ESO La Roche m’a contacté pour venir jouer chez eux.  C’est là qu’on se dit “j’ai du niveau et ils sont intéressés”. C’est toujours flatteur et quand un club vient vous chercher, c’est que vous avez des qualités. 

Vous en étiez consciente à ce moment là ? 

(Elle hésite) J’avais quelques titularisations mais j’étais encore jeune. J’avais des amies qui étaient aussi dans cet esprit-là mais je n'en étais pas vraiment consciente. Il n’y avait pas toute cet ampleur. Avant, les joueuses pouvaient peut-être jouer plus facilement à haut niveau. Maintenant plus ça va, plus ça devient compliqué.

Pourquoi avez-vous choisi de rester dans votre région ? 

C’était un choix personnel. La Roche-sur-Yon, ce n’était pas très loin de chez moi et j’avais un équilibre familial. Après on a souvent fait l’ascenseur entre la D1 et la D2 et une année quand on est descendues, j’ai eu des propositions d’autres clubs pour partir ailleurs. C'est là que j’ai rejoint Yzeure en D1. C’était de la découverte, j’avais l’opportunité de rester au plus haut niveau et c’était aussi le challenge de découvrir autre chose : une autre manière de fonctionner, d’autres joueuses et entraîneurs. 

Pourquoi êtes-vous restée seulement une saison à Yzeure ? 

Je n’ai pas forcément beaucoup joué. Le contexte avec l’équilibre familial m’a un peu affectée je pense et c’est vrai que ce n’est pas facile d’être loin de sa famille. C’était une année un peu compliquée pour moi mais qui m’a forgée moralement. Même si on ne joue pas beaucoup, il faut faire les efforts et toujours se surpasser car ça paiera forcément à un moment. 

Ensuite, vous retournez à l’ESO, vous passez 12 ans dans ce club, quelle relation entretenez-vous avec lui ? 

La Roche-sur-Yon c’est le club de coeur et très familial. Je suis revenue car professionnellement j’ai eu une opportunité de rentrer en tant que titulaire à la mairie de Pornic (ndlr : elle est directrice d’un accueil de loisir pour des ados de 11 à 17 ans.) C’était très intéressant parce que pour moi c’est très important de travailler à côté sinon financièrement on ne pouvait pas s’en sortir. Donc j’ai privilégié le travail tout en essayant de trouver un bon compromis de club où je pouvais jouer à haut niveau. En plus j’ai retrouvé Malika Bousseau que j’ai connue en tant que joueuse puis comme coach qui m’a beaucoup apporté aussi. C’était une évidence de revenir.

Vous étiez totalement épanouie à cette période ? 

J’avais un équilibre qui faisait qu’on ne peut que être performante et se surpasser. Quand à côté du foot tout va, c’est là qu’on peut réussir. Mentalement c’est très important d’avoir un équilibre pour se surpasser et faire de belles performances. 

Vous avez toujours travaillé en parallèle de votre carrière, comment avez-vous réussi à gérer les deux ? 

La conciliation n’est pas forcément évidente. On m’a souvent dit que je dépensais beaucoup d’énergie à faire les deux. Et je répondais que quand on aime ce qu’on fait on fait en sorte de profiter à fond. On a l’impression de ne jamais être à la maison et de courir tout le temps. Mon seul regret c’est de ne pas avoir eu la possibilité de ne vivre que du foot. J’ai toujours eu un employeur qui a fait en sorte que je puisse m’entraîner et pratiquer mon sport. Mais ça faisait des longues journées parce que j’embauchais le matin à 8h30 et je rentrais le soir à 23h après mon entraînement. Forcément ça génère plus de fatigue que des joueuses qui ne font que ça. Mais, il ne faut pas désespérer, j’espère que ça va se développer et que les clubs iront mettre les moyens, et pas seulement financiers, parce qu’il faut aussi mettre les joueuses dans de bonnes conditions. On n’arrivera peut-être pas comme les garçons mais il faut un minimum de reconnaissance.

Comment se passe votre arrivée au FC Nantes en 2018 ? 

Je faisais la route Pornic - La-Roche quatre fois dans la semaine donc au bout d’un moment j’avais l’impression d’avoir fait un peu le tour. Toutes mes amies comme Mélissa Plaza, Nathalie Richard et Cindy Guérin, étaient parties ou avaient arrêté le foot. J’étais peut-être un peu fatiguée aussi de toute cette exigence et de ces contraintes que j’avais depuis toute petite. Donc j’étais partie pour arrêter et c’est là que le FC Nantes m’a contactée pour jouer la montée en D2. C’était mon club de coeur donc le fait qu’ils m’appellent pour jouer à un niveau inférieur, j’ai directement saisi l’occasion parce que porter le maillot jaune et vert je rêvais de le faire un jour. 

Vous terminez meilleure buteuse du championnat régional et vous montez en D2, qu’a représenté cette saison dans votre carrière ? 

J’ai connu beaucoup de moments forts à la Roche avec les montées en D1 aussi. Mais c’est vrai que la montée en D2 je ne l’oublierai jamais. C’était une année exceptionnelle avec des joueuses que j’ai découvertes qui sont géniales et une ambiance de groupe dingue. Je suis fière de ma saison en R1 et je pense que ça s’est vu dans le niveau de jeu, dans la combativité et l’ambiance qu’on mettait. C’est ce qui a fait notre réussite. Finir meilleure buteuse c’est important parce qu’on a toujours des objectifs personnels. Je pars du principe que quand on a un esprit de groupe et que tout le monde marche dans le même sens on y arrive. 

Cette saison a été particulière à cause du Coronavirus, mais qu’est-ce que vous en retenez ? 

Ils sont montés d’un échelon pour nous mettre dans de bonnes conditions au niveau du staff et du médical. C’est là que je me suis rendue compte qu’ils commençaient à se professionnaliser et à donner de l’importance aux féminines. Après, il y a eu aussi beaucoup de changements avec l’arrivée de plusieurs joueuses donc on a dû recréer un groupe. Pour moi, on a quand même fait une bonne saison. Terminer à la cinquième place ça ne veut pas dire grand chose parce que la saison ne s’est pas terminée normalement. Je pense qu’on aurait pu terminer dans les trois premières équipes. Mais de là à monter ? Il ne faut pas aller trop vite pour ne pas faire l’ascenseur comme j’ai pu le faire dans ma carrière. 

Qu’est-ce qui vous a manqué ? 

On a été un peu inconstantes. On a fait un début de championnat un peu en fanfare et je pense que les autres clubs ne nous attendaient pas forcément. On s’est peut-être aussi un peu relâchées et collectivement on n’a pas réussi à se relever tout de suite. Mais c’était aussi un groupe jeune qui apprenait à se connaître et appréhendait le niveau. Je pense qu’en janvier on revenait quand même bien : on faisait des bons résultats contre des équipes de haut de tableau (nul face à Issy-les-Moulineaux et la victoire face à Rodez). On avait retrouvé une dynamique et une efficacité qui nous aurait permis de mieux figurer. 

"Je ne pouvais pas rêver mieux comme concrétisation"

Racontez-nous votre sélection en équipe de France militaire.  

Elisabeth Loisel m’a appelée mi-août 2016 où j’étais en vacances pour m’annoncer qu’elle était intéressée par mon profil pour participer aux Jeux Mondiaux militaires qui se déroulaient en Octobre. C'était un coup de fil inattendu et en même temps j’étais ravie. Surtout que pour moi Elisabeth Loisel est une personnalité importante dans le foot féminin. J’ai tout de suite dit oui pour faire les stages de préparation. Je suis donc partie et on a quand même été vice-championnes olympiques (défaite face au Brésil). Pour moi ça a aussi été une expérience inoubliable avec un groupe génial et des joueuses différentes dont certaines du monde militaire. Donc l’échange culturellement a été très enrichissant. J’ai encore des images en tête c’est des souvenirs inoubliables.  

Comment avez-vous été sélectionnée ? 

lls nous ont faits un contrat de réserviste pendant un an pour nous permettre de jouer aux Jeux puis à la Coupe du monde en 2017 où on a été sacrées championnes du monde. En 2016, j’étais au top de ma forme donc c’est aussi une récompense de toutes les exigences que j’ai eu envers moi et les personnes qui m’entourent. C’est une très belle récompense d’avoir porté le maillot bleu blanc rouge en ayant été vice-championne olympique et championne du monde derrière. 

Pensez-vous que vous auriez pu être sélectionnée en équipe de France A

En 2016, j’aurais peut-être pu avoir des opportunités. La saison précédente j’étais aussi très performante mais je me suis gravement blessée lors d’un match contre Saint-Etienne avec une rupture des ligaments de la cheville. J’étais en pleine bourre, j’avais fait un très bon début de saison et sur cette année-là j’aurais pu avoir la possibilité d’avoir une sélection. Mais le chemin en a fait autrement et c’est les aléas des joueuses de haut niveau sur les blessures. On passe à autre chose et on essaye d’évoluer autrement. 

Qu’est-ce que vous avez ressenti en portant le maillot de l’équipe de France

C’est des émotions différentes et à la fois heureuses et qui mettent des étoiles dans les yeux. Je me disais que j’avais le même maillot que les Bleus que je voyais à la télévision. Même si c’est avec l’équipe de France militaire, ça reste le maillot de la nation et ça m’a permis de tout connaître dans ma carrière. Je ne pouvais pas rêver mieux comme concrétisation.  

"C'était Nantes et rien d'autre"

C’était un choix personnel de prendre votre retraite maintenant ? 

Je ne le percevrais pas comme cela. J’ai quand même 33 ans, je savais que ça se terminerait mais j’étais partie pour faire une dernière année avec la D2 pour aller jusqu’au bout. Avec les circonstances actuelles ça a un peu stoppé la saison. J’ai rencontré Tanguy Fétiveau, on a discuté et je lui ai exprimé mon souhait de repartir pour une dernière année complète parce que je ne voyais pas terminer ma carrière sur une saison inachevée. Mais on n’a pas réussi à trouver un accord. C’est plus Nantes qui a décidé de me libérer. 

Comment vous ont-ils présenté leur décision? 

En fait, ils voulaient se professionnaliser, ce que je comprends tout à fait, car l’année prochaine l’objectif principal sera de monter en D1. Et ils voulaient avoir les joueuses disponibles avec des entraînements le matin et l’après-midi. Ce qui veut dire qu’on ne pouvait pas travailler à côté. J’étais prête à mettre de côté ma situation professionnelle pendant un an et vivre une dernière année avec le FC Nantes. C’est frustrant et décevant mais on l’accepte malgré tout et on va de l’avant. J’imaginais ma fin de carrière sur une saison complète, pendant un match et avec les supporters qui m’ont soutenue. 

Qu’est-ce que vous attendiez du club ? 

J’aurais aimé qu’ils prennent en compte ma proposition. Je pense avoir joué le jeu la saison dernière, j’ai tout donné pour le FC Nantes, j’ai terminé meilleure buteuse de régionale 1 et même si cette année était particulière j’aurais préféré qu’on ait davantage d’échanges. 

Vous auriez voulu terminer ailleurs ? 

Je voulais vraiment finir à Nantes, c’était convenu comme ça. Je ne l’avais pas caché à Tanguy quand on s’était vu fin Mai : je lui avais dit que soit je continuais à Nantes soit j’arrêtais. Je ne voulais pas repartir. C’était Nantes et rien d’autre. J’ai passé un an et demi formidable dans un club que j’apprécie avec des personnes à la tête qui ont des valeurs. C’était important pour moi et l’année s’arrête trop vite. 

Vous comptez continuer dans le football ? 

Depuis que ma retraite a été annoncée j’ai eu pas mal de propositions notamment du Stade Brestois, d’Angers, Caen en tant que joueuse ou dans l’encadrement. Je ne me vois pas quitter les terrains comme ça. J’aimerais bien passer mon BEF et me former dans l’encadrement. Pour la saison 2020-2021, j'ai choisi la proximité et la formation avant de retrouver le haut niveau mais cette fois-ci du côté du staff (ndlr : elle sera responsable de la section féminine de Pornic Foot dès la saison prochaine).