On nous dira encore que « c’est le calendrier », que « l’effectif est jeune », que « cette blessure a tout changé» , que « l’arbitre n’a pas aidé »… On nous dira que la Beaujoire pousse, que le public est là, que le maintien se joue à des détails.
Soyons honnêtes deux minutes : fermons-la. Parce que quoi qu’on raconte, ça devait finir comme ça. Si ce n’était pas cette erreur-là, ça aurait été une autre. Si ce n’était pas ce coach, ça aurait été le suivant. Parce que depuis vingt ans, au FC Nantes, il y a toujours quelque chose.
Vingt ans.
Vingt ans à vivre sur un nom plus grand que ceux qui le portent.
Vingt ans à invoquer Suaudeau comme on invoque un ancien dieu, le jeu à la nantaise comme un talisman qu’on sort quand tout va mal. Vingt ans de projets relancés tous les deux étés, d’entraîneurs usés jusqu’à la corde, de recrutements multiples, variés, parfois inspirés, souvent incohérents.
On a tout essayé.
Les jeunes, les anciens.
Les paris sud-américains, les coups de data, les joueurs « à relancer », les retours de vestiaire.
Les entraîneurs poètes, les managers rigoristes, les intérimaires courageux et les visionnaires autoproclamés.
Et pendant ce temps-là, le club glissait. Lentement. Presque poliment. Comme on s’enfonce dans un chemin forestier qu’on connaît trop bien, jusqu’à ne plus voir la sortie.
Alors oui, il y a eu cette Coupe de France.
Magnifique. Inoubliable. Un soir de mai où tout s’est aligné.
Mais soyons lucides : cette coupe, c’est l’arbre majestueux qui cache une forêt malade. Une clairière ensoleillée au milieu d’un paysage qui s’assombrit. Elle n’a pas réparé le sol. Elle n’a pas changé la pente. Elle a offert un instant de joie immense à des supporters qui en manquaient cruellement, sans pour autant guérir le mal plus profond.
Le FC Nantes d’aujourd’hui, c’est un marcheur en jaune et vert qui avance encore par fierté, par habitude, mais sans boussole. Il regarde la Ligue 2 comme on regarde un ravin en se disant qu’il reste un pas de marge… jusqu’au moment où la terre commence à céder.
Et maintenant ?
Qu’attendre, vraiment ?
Peut-être accepter de ne plus tricher avec la réalité.
Accepter d’avoir mal. D’être critiqué. De se taire un peu.
Arrêter de promettre l’Europe au mois d’août et le renouveau tous les six mois.
Peut-être comprendre que la reconstruction ne commence ni par un slogan, ni par une vidéo de lancement, mais par un travail lent, discret, presque ingrat.
Redescendre si nécessaire. Se salir. Reprendre racine.
Arrêter de vendre le passé comme un produit dérivé et recommencer à le mériter.
Le jeu à la nantaise n’est pas un souvenir à entretenir, c’est une exigence à reconstruire.
Mais s’il y a bien une chose que vingt ans de chaos n’ont jamais réussi à effacer, c’est l’identité.
Elle est là, sous la brume, incrustée dans les tribunes, dans les passes instinctives, dans cette idée folle que le ballon doit toujours circuler plus vite que la peur. Le FC Nantes n’est ni un logo ni un storytelling : c’est une culture. Et une culture ne descend pas, elle résiste.
Car ce maillot jaune et vert n’est pas un simple tissu. C’est un poids. Une responsabilité.
Ceux qui l’enfilent ne jouent pas seulement pour un classement ou une prime : ils portent une histoire qui les dépasse. À Nantes, on peut tomber. Mais on ne triche pas avec ce que l’on est.
Alors oui, le chemin sera peut-être long. Peut-être douloureux.
Mais ce club a déjà prouvé qu’il savait renaître sans bruit, sans arrogance. Le jeu, le vrai, ne meurt jamais : il attend. Il se transmet, il se travaille, il se mérite. Et le jour où le FC Nantes rejouera comme il pense, comme il respire, peu importe la division, il sera déjà de retour.
Parce qu’au fond, la plus grande force du FC Nantes n’est ni un titre, ni un maintien arraché, ni même une coupe.
C’est cette certitude tranquille que le club sera toujours plus grand que ses dirigeants de passage, plus fort que ses erreurs, plus durable que ses défaites.
On peut avancer dans la brume.
Mais on sait d’où l’on vient.
Et à Nantes, quand on retrouve le chemin, ce n’est jamais par hasard.
1 Commentaire
Chapeau Monsieur Piriou !!!
Quelle prose, que dis-je ? une ode à l’institution FCN ! ces 2 nuits vous ont inspiré, apparemment…
D’autres auraient fait des cauchemars et après un réveil groggy, auraient ressassé au petit matin leur désespoir après cette énième défaite. Non pas que l’adversaire du jour était à notre portée mais parce que nos concurrents au maintien s’accrochent et continuent de grignoter des points, pour certains, quand d’autres s’éloignent pour devenir hors de portée.
Comme vous semblez l’exprimer, il vaut mieux prendre de la hauteur pour ne pas se laisser aller à l’abattement. Pour ma part, depuis le limogeage de Castro et son remplacement par un ersatz de coach, en rupture totale avec son prédécesseur, j’ai décidé de continuer à suivre les matchs et l’actu du FC Nantes (je ne pourrais m’en passer) mais avec détachement. Les émotions, presque toujours négatives, ressenties après chaque but encaissé ou fait de jeu défavorable, me font tant de mal que j’essaie de suivre les nouveaux matchs sans illusions – et non plus avec le secret espoir d’enfin prendre les 3 points. Cela me préserve des émotions désagréables trop forte et ne m’empêche pas de passer de bons moments si les occasions – trop rares – se présentent. Par contre, les lendemains restent douloureux quand je vois dans la presse spécialisée les commentaires peu flatteurs et de plus en plus pessimistes sur le sort de notre ex grand club.