- Photo : Gabriel Goldberg
Fatigué d’une longue semaine de travail, je m’abandonnai à une sieste dominicale plutôt que de regarder la rencontre entre nos Canaris et les Aiglons. Je me réveillais à la mi-temps, regardais les notifications de mon téléphone puis l’éteignais empreint d’un autre type de fatigue. Celle qui affecte les suiveurs et suiveuses passionnés d’un club de football. Car oui, malgré tout l’amour que je porte à cette entité footballistique, je ne peux refluer les émotions qui s’emparent de moi à chaque nouveau revers. Quand le plaisir cesse et que l’incertitude disparaît, l’intérêt se tarit tel le puit asséché par des canicules à répétition.
Dans la famille Peur, je demande Waldemar
Mais à Nantes, ce ne sont pas les canicules répétées les responsables de cet assèchement. C’est un tout autre climat : celui de la peur et du manque d’ambition qui l’accompagne. Peureuse est la direction nantaise. Une peur irrationnelle de la descente au second échelon du football français. Une peur alimentée par un contexte économique complexe et par les jurisprudences Bordeaux et Saint-Etienne, des clubs qui n’ont plus de rutilants que leur nom et leur histoire, tant ils ont été entachés ces dernières années par des magouilles financières, des décisions sportives irréfléchies et une gestion managériale catastrophique. Mais une peur qui s’explique surtout par une incompétence criante.
Les seuls faits d’armes du FC Nantes sous la patte Kita auront été la remontée en Ligue 2, la victoire en Coupe de France en 2022 et le succinct retour en Coupe d’Europe. En presque 20 ans, ce sont les seuls petits succès récoltés. D’autant qu’en attribuer le mérite à la direction serait nier la compétence de Michel Der Zakarian ou les fantastiques habilités de Randal Kolo Muani, Ludovic Blas et Moses Simon, bien davantage responsables des courtes épopées de l’ère Kita.
Sans ambition, la punition
Aussi, la remontée en Ligue 2 fut la seule ambition portée par la direction nantaise. Depuis qu’elle fut acquise, toute ambition s’est éteinte. Cela s’est caractérisé par une stagnation dans le ventre mou du championnat de Ligue 1, puis par une descente graduelle vers les tréfonds du classement. Pour en arriver là où nous en sommes aujourd’hui : une 16ème place, à 6 points du premier non-relégable.
Pendant que les Jaune et Vert enchaînent les prestations sans saveurs, d’autres clubs, pourtant moins dotés, luttent. C’en est insupportable. Comment accepter que Le Havre, Lorient ou Angers se distinguent et fassent parler d’eux ? Comment expliquer qu’ils parviennent à faire mieux avec moins de moyens ? Pourquoi avoir le sentiment, chaque weekend, que ce que l’on voit ici et là de positif, on ne pourra jamais l’observer à Nantes ?
C’est simple. Ces clubs ne sont pas dans le déni, ils ne vivent pas dans la peur. Ils ont conscience de leur réalité, l’acceptent et ne se pensent pas intouchables. Ils luttent en avançant plutôt qu’ils ne campent sur leurs positions. Cet état de conscience est sûrement l’un des ingrédients leur permettant de ne pas développer une peur irrationnelle. Mais Nantes est bien incapable de cela, perdu entre la nostalgie de ses belles époques et l’incapacité au renouveau. Car la famille Kita mène ses affaires selon un seul credo : la crainte. Une crainte qui s’étend à toutes les strates du club tel un virus. Une direction apeurée par une descente mais trop radine, incompétente et surtout trop fière pour comprendre les sources de ses maux.
« Football = interdit aux faibles », vraiment ?
Quid des joueurs me direz-vous ? Aucun n’a envie d’être là. Aucun. Certains transferts sont questionnables à ce propos. En effet, quel joueur souhaiterait s’engager dans un club où on lui explique à l’entretien que son objectif de la saison sera de ne pas chercher à faire le meilleur mais plutôt de chercher à faire le minimum. Quel joueur par ailleurs souhaiterait s’impliquer dans un projet porté par des entraîneurs dénués d’idées et où les uniques porteurs d’idées tactiques ambitieuses se voient limogés aux premiers accrocs ? Qui donc ? Qui accepterait de telles conditions ? A priori personne de sensé. Mais le football et les sommes d’argent mirobolantes qui y circulent (en tout cas chez les hommes) n’ont a priori rien de sensées.
Le sens, nombre d’entraineurs ayant pris l’habit nantais n’en ont certainement pas eu. Ahmed Kantari en est une preuve supplémentaire. Le critiquer sur son manque d’expérience ou ses échecs serait se limiter à une analyse postérieure. Mais comment accorder de la crédibilité à un « technicien » qui exprime en conférence d’après-match que le football « est un sport où il n’y a pas de place pour les faibles ». La loi du plus fort donc ? La vulnérabilité ne doit pas être exprimée dans le football ? Est-ce cela que souhaitait indiquer le nouveau coach nantais ? Car si tel est le cas, il a tort ! La vulnérabilité a toute sa place dans le football, notamment car celui-ci n’est qu’un reflet d’une société où la vulnérabilité fait partie intégrante de l’être humain.
Incompétence à tous les étages
Si attribuer autant d’importance à cette déclaration peut paraître désuet, laissez-moi détailler ma réflexion. En émettant cette affirmation, A. Kantari cherche à appuyer ses propos précédents selon lesquels son équipe, ses joueurs, ont manqué d’agressivité et d’intensité lors des 35 premières minutes de la rencontre face à Nice. Sa solution pour résoudre cette problématique ? Travailler plus. Mais comment être aveugle à ce point ? Comment croire que c’est travailler plus qui résoudra l’ensemble des problèmes de cette équipe ? Rien n’est au point. Rien. Le niveau technique est absent, l’engagement inexistant, les connexions entre joueurs aux oubliettes et l’efficacité au fond du puit. Ahmed Kantari propose de travailler tout cela, sans se rendre compte qu’il passe à côté de l’évident. Le travail mental.
Suffisant, il a pensé, comme d’autres l’ont fait auparavant, que c’est une victoire face à l’OM qui redonnerait entière confiance à ses joueurs. Au contraire, cela n’a fait que renforcer leur appréhension. Celle de perdre le prochain match, a priori plus accessible. Ce qu’ils ont fait. Je crois que dans ce club on ne comprend pas bien ou alors on ne prend pas suffisamment en compte l’état émotionnel et psychologique des joueurs.
Et même en étant un grand professionnel, comment retourner avec de la motivation à l’entraînement le lendemain d’une nouvelle défaite ? Comment ? Quand tu sais que tu es presque déjà condamné, que tu n’as même plus la Coupe de France pour espérer remporter quelques victoires et que tu as à tes côtés et face à toi des mines déconfites ?
Médiocrité du football professionnel masculin
Et comme le football est un monde policée, on ne sait rien, on n’entend rien. Les joueurs se taisent, ils n’exigent rien de leurs employeurs autre que leurs émoluments. Nous devrons nous limiter aux sempiternels « les supporters ont raison, c’est lamentable ce que l’on produit », « on a tous été mauvais, on doit se reprendre et tout donner pour les supporters ». Mais les supporters et supportrices vous n’en avez honnêtement que faire. Et on ne peut vous en vouloir que très peu sur ce point. Après tout, vous n’êtes que de simples actifs dans un monde du travail aussi spécifique que celui du football. Vous cherchez avant tout l’épanouissement professionnel, et celui-ci ne peut actuellement être atteint dans un club tel que le FC Nantes. Rêvez d’ailleurs n’est plus une traîtrise à partir du moment où l’endroit où vous résidez rejette toute tentative d’accès au bonheur et à la créativité.
Que faire alors pour celles et ceux qui aiment ce club et qui désirent en tirer du bonheur ? Que faire face à la lassitude d’un football pauvre et décevant ? Aller voir ailleurs ? Pourquoi pas après tout. A Nantes, on a la chance d’avoir, mine de rien, des équipes talentueuses en dehors de la Beaujoire. Que ce soit l’équipe première évoluant en D1 Arkema ou les catégories jeunes, le football vit encore à Nantes. Il ne se joue pas toujours dans un grand stade remplit mais il permet d’observer des mines heureuses, des pieds coordonnées et des joueurs et joueuses épanouis sur un terrain. Faisons-le vivre encore plus, autour et en dehors du terrain. Cessons de donner autant de visibilité à une équipe qui n’en mérite pas tant. Montrons qu’à Nantes on sait apprécier le football dans toutes ses formes et que l’on refuse la médiocrité ! Montrons également que la vulnérabilité ne nous pose pas de soucis, qu’elle fait partie de l’être humain, du joueur et de la joueuse de football, et qu’elle doit ainsi être considérée à part entière et non uniquement par le prisme de la performance !
Allez Nantes !
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