La samedi 17 décembre 1977, Éric Pécout a le bon goût d’inscrire un but dès la première minute du match Nantes-Troyes. Le souvenir en reste assez confus. Je me souviens surtout d’avoir senti, à ce moment-là, le stade Marcel-Saupin trembler. Le public s’est levé dans une agitation incroyable, levant les bras au ciel, hurlant des “Y-est” venus du plus profond des gosiers. Ça et là j’entendais le nom de Pécout. Mon père, assis à mes côtés, me confirmait « C’est Pécout ! » dans un sourire comme je lui en connaissais peu… Le haut-parleur du stade a enchérit : “Premier but pour Nantes : Éric Pécout !”.
Une idole à célébrer
C’était mon premier match à Marcel-Saupin et Éric Pécout avait célébré cet événement de la plus belle des manières. J’ai presque aussitôt décrété qu’il était mon idole. Pour un gamin de dix ans, Éric Pécout était l’idole parfaite : les cheveux mi-longs, une allure angélique, un sourire d’acteur. Il avait eu la bonne idée de marquer deux buts ce soir-là. Nantes l’emporta 3-0 et c’était un tarif juste pour un adversaire qui s’appelait Troyes.
Éric Pécout ne faisait pas toujours l’unanimité. Il jouait avant-centre et était donc chargé de marquer des buts. Lorsqu’il ne marquait pas, il était accusé de toutes les tares du monde : maladroit, inefficace, flemmard, inconstant, jeune… Son look romantique, avec ses cheveux longs parfois retenus par un serre-tête, ne plaidait pas en sa faveur. Les supporters aiment peu ces effets de style, ces manières de ne pas faire comme tout le monde. Ils se sentent plus proches des gens qui leur ressemblent, comme Amisse, le jeune du coin, ou Bossis, le gars de la terre.
Pour ma part, je m’employais à défendre Éric Pécout même quand ses performances n’étaient pas celles attendues, et je remportais quelques victoires, notamment le soir de la finale de la Coupe de France où il inscrivit trois buts, ou quand il apparaissait, chose assez rare toutefois, en équipe de France. Son poster avait trouvé sa place sur le mur de ma chambre. Je conservais sa vignette Panini même si je l’avais en double.
Perle rare
Les journaux l’annonçaient comme le grand avant-centre français de demain. Il venait de Noirmoutier, mais il est né à Blois. Il était en outre le cousin de Philippe Gondet, et cette filiation suffisait à faire de lui un futur grand. La mode, pourtant, était plutôt aux buteurs étrangers, de préférence roublards et diablement efficaces. Ils étaient souvent Argentins ou Yougoslaves, et la plupart des clubs envoyaient leur émissaires dans ces contrées pour dénicher la perle rare, au point de négliger les jeunes Français qui n’attendaient qu’à s’affirmer.
Nantes détenait en son attaque une authentique vedette, le Polonais Robert Gadocha, et lui avait adjoint le Stéphanois Yves Triantafilos, héros d’un soir de Coupe d’Europe, international d’un soir également. Mais au début de la saison 1976/1977, lorsque Jean Vincent prend en charge l’équipe du FC Nantes, les vedettes son écartées pour installer des jeunes du cru, parmi lesquels Éric Pécout.

Le jeune Blésois marque sa douzaine de buts bon an mal an, mais le club ressent le besoin d’aller chercher un Argentin, Victor Trossero. Le Puma de Santa Fe, c’est le surnom de la recrue, réalise un début de saison remarquable et pousse Éric Pécout sur le banc. Il faut une blessure de l’Argentin pour que le Français retrouve sa place. Il en profite pour inscrire vingt-deux buts. Il devient un héros avec son triplé en finale de Coupe de France, puis lors de la campagne européenne qui voit Nantes atteindre les demi-finales de la Coupe des Vainqueurs de Coupes.
Départ et trahison
Ses performances nantaises incitent le sélectionneur Michel Hidalgo à l’appeler en équipe de France. Le Nantais joue huit rencontres en Bleu, même si les statistiques officielles ne lui comptent que cinq sélections. A l’époque, l’équipe de France débutait sa saison par un match amical contre un club, mais ces rencontres ne comptaient pas pour une sélection. Éric Pécout a joué son premier match en bleu contre Hambourg en 1977 – il a d’ailleurs marqué après vingt minutes en exploitant une passe parfaite de Platini. Il jouera également contre le Bayern en 1979 et contre Stuttgart en 1981.
En début de saison 1980/1981, une blessure l’écarte des terrains : une protubérance osseuse dont les médecins mettront du temps à déterminer l’origine. Il consulte plusieurs spécialistes et son absence s’éternise jusqu’à la trêve hivernale. A son retour, alors qu’il regagne sa place occupée par le Danois Agerbeck ou le jeune Touré, il a la mauvaise surprise d’apprendre que le club piste un autre avant-centre, le Yougoslave, Vahid Halilhodžić. Il se dit qu’on ne lui fera donc jamais confiance et préfère s’en aller.
Je me souviens de ce malaise quand je découvrais, dans une revue, Éric Pécout vêtu du maillot de Monaco, posant avec fierté aux côtés du Suédois Edström. Un sentiment de trahison assez fort, pas loin des dépits amoureux que je connaîtrais plus tard. Mon admiration pour Éric Pécout allait donc s’éteindre au fil des années. Le club est plus important que les joueurs. D’autres allaient prendre la relève.
Publier un commentaire
Vous devez vous connecter pour publier un commentaire.