• Photo : Richard Coudrais

À l’impossible, nul n’est tenu, sauf peut-être Vahid Halilhodžić. Troisième entraîneur nantais de la saison, l’ancien buteur s’est lancé dans une mission périlleuse qui n’entâchera toutefois en rien sa réputation. En cas d’échec, il ne sera qu’un nom de plus sur la longue liste de techniciens sacrifiés par la direction du FC Nantes.

Bien commun

Bientôt vingt ans que ça dure ! Il ne fait désormais guère de doute que le problème du FCN ne vient pas des entraîneurs. Les joueurs ne sont certes pas tous au niveau, mais ils ne sont pas les véritables responsables de la situation. L’instabilité chronique du club est avant tout le produit de son mode de gestion.

Ce n’est pas pour autant que l’actuel propriétaire se remettra en question. La famille à la tête du club considère qu’elle n’a de comptes à rendre à personne, pas même aux supporters. Elle peut reconnaître ses erreurs, mais ne démissionnera pas pour autant. Le clan Kita fait peu de cas du bien commun.

Jusqu’à la fin du siècle précédent, le FC Nantes était le club de tous les Nantais. Il vivait de subventions municipales et les collectivités gardaient un œil sur la gestion du club. Les dirigeants en place étaient tenus de rendre des comptes, tant sur le plan des résultats que sur celui de l’équilibre financier. Le club engageait l’image et l’argent de la ville.

Danseuse

Au cours des années 1990, le financement public des clubs professionnels est remis en cause. L’article L.113-2 du Code du sport encadre puis interdit les subventions directes aux clubs pros, au nom de la concurrence et de la bonne gestion des deniers publics. Dans ce cadre, le FC Nantes est cédé à un actionnariat privé. À partir de là, le club n’appartient plus vraiment aux Nantais.

L’épisode Socpresse ayant conduit le FCN en deuxième division au bout de six ans, le club est racheté en 2007 par Waldemar Kita. Celui-ci consacre une partie de sa fortune à son nouveau jouet, mais tarde à lui rendre sa splendeur passée. Le nouveau patron se distingue par une instabilité managériale, d’incessants changements d’entraineurs, une absence de vision à long terme, une politique sportive incohérente et, bien entendu, des résultats et un jeu médiocres.

Le public déplore cette situation, mais son mécontentement ne pèse d’aucun poids. Le club, on l’a dit, ne lui appartient plus. Il est devenu la danseuse d’un clan. Le supporter n’est plus qu’un consommateur : il paie son abonnement, son maillot, ses déplacements, mais il n’a plus voix au chapitre. Au sein du club, il n’existe plus de véritables contre-pouvoirs.

La législation comme solution

Pour espérer rendre au FC Nantes son statut de bien public, le supporter ne peut plus compter sur la bonne volonté de son propriétaire. Il doit s’en remettre à la loi, et proposer de nouvelles règles de gestion des clubs.

En Allemagne, par exemple, règne depuis 1998 la règle du 50+1. Ce système impose à l’association historique du club de conserver au moins 50% des droits de vote plus une voix. Cela n’empêche pas l’arrivée de capitaux privés, mais garantit que l’investisseur ne peut pas décider seul. Le pouvoir reste partagé, et les membres conservent la possibilité de destituer une direction.

En Espagne, le modèle des socios reste en vigueur dans quelques clubs emblématiques, dont le Real Madrid et le FC Barcelone. Dans les années 1990, la plupart des clubs professionnels ont été contraints de se transformer en sociétés anonymes sportives, mais ces institutions ont pu conserver leur mode de fonctionnement associatif. Ce système d’actionnariat populaire n’empêche pas les dérives, notamment liées au gigantisme de ces clubs, mais il donne une voix réelle aux supporters, notamment à travers les élections régulières d’un président.

Rendre les clubs à leur public

Ainsi, seul le droit est désormais en mesure de permettre d’arracher ce bien commun des griffes d’un propriétaire unique. Les législateurs peuvent s’appuyer sur le 50+1 allemand, favoriser l’actionnariat populaire à la mode espagnole, ou imaginer une exception française qui imposerait dans les sphères décisionnelles du club des collèges représentatifs (élus, supporters, actionnaires…).

Ils seront en outre bien inspiré de lire un ouvrage qui propose quinze mesures qui permettent d’améliorer le football, Foot Manifesto (éditions Divergence) dirigé par Mickaël Correia et Sébastien Thibault. La réappropriation des clubs par les supporters y est souvent évoquée.

Contrairement à une idée préconçue, un club de football n’est pas une entreprise comme les autres. C’est une entité qui porte une histoire locale et un patrimoine affectif. Le FC Nantes n’aurait jamais dû cesser d’être le club de toute une ville.