Dans une première interview, Erick Mombaerts présentait les grands principes de management du Groupe City à travers l’importance du projet de club et le profil de recrutement des entraîneurs choisis au sein du groupe.
Tu connais bien ce métier d’entraîneur que tu as exercé de nombreuses années et tu accompagnes aujourd’hui les coachs de City. Qu’est-ce qui est le plus difficile à réussir aujourd’hui pour un entraîneur ?…
La réponse va être différente selon les contextes et les pays mais pour faire un choix je pense que c’est de faire évoluer tes joueurs à 100 % de leur potentiel mental et athlétique. On observe d’ailleurs aujourd’hui le même phénomène dans le rugby professionnel alors que les fondamentaux repose sur la culture du combat et du collectif.
C’est devenu le problème numéro 1. Tu ne peux être compétitif que si les joueurs sont collectivement à leur niveau. Le meilleur exemple c’est le Paris Saint-Germain de la dernière saison comparé à celui d’il y a deux ans. On identifie toute la différence dans le domaine de l’investissement collectif et dans celui de l’intensité. La différence s’explique par le fait que le coach est parvenu à fédérer ses joueurs sur un projet de jeu collectif.
Il est très rare que cela s’obtienne en France dans la durée. Les exigences du très haut niveau cela veut dire beaucoup d’efforts pour les autres, c’est-à-dire des choses qui ne se voient pas.
Mais alors comment créer cet environnement qui va permettre aux joueurs de s’exprimer à 100 % de leur potentiel ?…
C’est là que nous revenons au début de notre discussion. Le point de départ c’est de développer le cadre du projet avec des valeurs partagées et pas seulement des principes définis par le coach. Les mots ont un sens. C’est ce qu’a créé en leur temps Jean Claude Suaudeau et Raynald Denoueix pour qui j’ai beaucoup de respect et d’admiration. Après toutes ces années, personne en France n’est arrivé à leur niveau de qualité de jeu collectif sauf le Paris Saint Germain de la saison dernière.
Il faut pouvoir créer une identification des joueurs au club à travers un vécu commun.
Le but ultime d’un joueur à Nantes, c’était de pouvoir jouer en équipe première. Au groupe City on s’appuie aussi beaucoup sur la formation. Dans le projet City, un joueur de l’ESTAC peut poursuivre sa carrière dans un autre club de la galaxie comme par exemple New York.
On offre la possibilité aux joueurs avec la même philosophie de pouvoir jouer à différents niveaux et cette situation est unique dans le football moderne où les joueurs changent très rapidement de club et de méthodes de travail. C’est pour cette raison qu’il n’y a plus de sentiment d’appartenance.
Quelle est dans la stratégie du Groupe City l’importance de la formation et la place des jeunes ?…
Dans le domaine des infrastructures, nous investissons beaucoup dans les académies des différents clubs et nous faisons en sorte que dans chacun un certain quota de jeunes intègre l’équipe, première du club qui les forme.
Dans le domaine de la détection ou du recrutement les individualités qui pensent d’abord à leurs projets personnels ne nous intéressent pas. Le club de l’ESTAC dans lequel nous venons d’investir dans les installations 30 millions d’euros ne dispose pas des meilleurs jeunes et pourtant nos équipes parviennent à être très performantes. Notre stratégie c’est de privilégier le moyen terme.
Pour nous, ce n’est pas le joueur qui est important mais la connexion. Après si tu as un super joueur, le jeu peut prendre une autre dimension mais cela exige qu’il accepte de se fondre dans le collectif.
Les joueurs grandissent dans le projet. Nantes en a été d’ailleurs la meilleure des illustrations, parce que plusieurs joueurs de la grande époque n’étaient sans doute pas les meilleurs de leur classe d’âge mais ils se sont épanouis à travers le jeu. José Touré aurait pu réussir n’importe où mais Nicolas Ouédec et Reynald Pedros doivent beaucoup au jeu à la nantaise.
Dans l’effectif de 22 joueurs du FC Barcelone, il y en a quinze qui sont issus du centre de formation. Lorsqu’on a dit cela je pense qu’on a tout dit. Le projet de jeu est au cœur de la réussite.
Concernant le club de Troyes, il n’est pas très facile de comprendre quel est l’objectif visé par le Groupe City. C’est une pouponnière ou plus que cela ?…
Il n’est un secret pour personne que l’ESTAC n’a pas vocation à gagner la coupe d’Europe et que ce club serait déficitaire en Ligue 1. S’il parvient à monter dans l’avenir cela ne sera pas pour acheter des joueurs de 30 ans. La question centrale c’est celle des priorités. Nous tablons pour notre part sur la formation et nous ne sommes pas dans l’illusion de croire qu’en recrutant de nouveaux joueurs nous pourrions dans la durée être par ailleurs plus performants. C’est juste un non-sens.
1 Commentaire
Cet interview confirme que la multipropriété des clubs n’a pas pour vocation de faire progresser le football, mais au contraire de mettre une poignée de clubs au service d’un seul. Les clubs achetés sont transformés en centre de formation, en incubateur de talents, voire en placard pour les indésirables. Mombaerts parle d’une « identité de jeu » alors que la stratégie de rachat fait au contraire perdre leur identité propre aux clubs-succursales. L’ESTAC et les autres n’ont plus d’autonomie dans leurs décisions (recrutement, politique sportive…). L’ambition est de former des joueurs pour un autre club et de rester loin de tout projet européen, puisque les règlements interdisent (en théorie) deux clubs du même groupe à participer à une même épreuve. C’est ainsi que les inégalités sportives se creusent. Si l’exemple de Troyes n’est pas assez parlant, il suffit de regarder du côté de Strasbourg qui a signé un pacte faustien avec Chelsea. Les supporters ont vu partir leur entraineur, rappelé en pleine saison par la maison-mère. Ils commencent à se rendre compte qu’il vont devoir en avaler, des couleuvres. Une vingtaine de clubs français font aujourd’hui partie d’un montage de multipropriété. Quel avenir pour le foot français ?