• Photo : Alain Jarnoux

Du temps de sa splendeur passée, le FC Nantes se montrait plutôt discret durant la période dite des transferts – on n’employait pas encore le terme de mercato. Le club canari était sûr de sa force, sûr de ses joueurs et sûr de son centre de formation, et n’activait sa cellule de recrutement que pour un renfort ou deux. 

La vérité du terrain

Bien sûr, on était toujours ravi d’accueillir de nouvelles têtes dont le rôle était surtout de régénérer l’équipe, voire de la bonifier quand il s’agissait de joueurs étrangers. Toutefois, certains échecs cuisants, même si ceux-ci n’ont pas vraiment plombé les performances de l’équipe, avaient appris au supporter nantais à rester mesuré, pour ne pas dire sceptique, à chaque nouveau nom dans la colonne « arrivées ».

La folie des transferts n’est vraiment apparue qu’après l’an 2000, précisément lorsque le club est passé sous pavillon privé. Jean-Luc Gripond et son équipe appliquent alors ce qu’ils pensent être la bonne manière de gérer un club. Après avoir viré l’entraîneur en place, ils se lancent dans un épisode de fièvre acheteuse jamais connue dans nos contrées.

Certes, on avait déjà connu une aspiration à intensifier le recrutement à l’époque de Max Bouyer quand le club, en perte de vitesse, avait fait venir quelques noms. Ceux-ci n’ont pas empêché le (léger) déclin sportif – et peut-être en sont-ils même l’explication. Jean-Claude Suaudeau avait claqué la porte en soulignant que son équipe comptait plus de pièces rapportées que de joueurs formés au club. 

Le coin des bonnes affaires

C’est au début du siècle actuel que le mercato est devenu une compétition parfaitement autonome. Non contente d’animer les gazettes au cours de l’été, on lui invente une session d’hiver et devient alors un sujet qui prend le pas sur le jeu en lui-même.

Au début de l’année 2002, alors que l’équipe était sportivement au plus mal, une déferlante de noms ronflants était évoquée à Nantes, qui voyait finalement débarquer Mario Yepes et Mauro Cetto, rien que ça. Cette soudaine actualité nantaise sur le terrain des transferts démontre que le club a changé, non pas de dimension mais d’état d’esprit. 

Le FC Nantes n’a jamais quitté cette ligne depuis. Il se jette désormais avec délectation dans chaque mercato été comme hiver. Les mauvais résultats du club incitent les dirigeants, non seulement à virer l’entraineur, mais aussi à changer les joueurs. Curieusement, les supporters se prennent au jeu. Le marché suscite une véritable attente. On ne comprendrait pas que le club n’y participe pas ou peu. Pourtant, rares sont les occasions de s’enthousiasmer outre mesure. 

Achats compulsifs

L’été 2026 n’a pas dérogé à la règle. La descente en Ligue 2 n’a aucunement altéré cette frénésie à laquelle le club est désormais coutumier. Bien au contraire, à l’heure où le marché baisse son rideau, on compte à Nantes une grosse quarantaine de mouvements, départs et arrivées confondus entraîneurs compris, en comptant également les retours de prêts.

On assiste en outre à une accélération significative dans les derniers jours. Cette précipitation à remplir son panier juste avant la fermeture, et à conclure quelques ventes pour une bouchée de pain, est significative de la gestion du club, toute en pulsions et sans véritable stratégie. 

Si le départ en début de mercato de Mathis Abline semble emprunt de bon sens (somme conséquente versée par le club acheteur, joueur qui n’a rien à faire en Ligue 2 et dont le public manifeste peu d’attachement…), on s’interroge sur le départ du jeune Herba Guirassy, l’une des rares satisfactions de ce début de saison.

Il est vrai que l’arrivée précoce d’un nouvel entraîneur a probablement redéfini les cibles à acquérir. On a ainsi vu arriver quelques anciens joueurs du Red Star, club d’où provient également le nouveau coach Grégory Poirier. 

Le rideau du mercato va être baissé et quelques matchs suffiront à en dresser le bilan de ce mercato. Sachant qu’une nouvelle fenêtre va s’ouvrir durant l’hiver et qu’elle occupe déjà les pensées des agents de joueurs, voire des joueurs eux-mêmes.