Un match qui oppose deux équipes nationales dont les sélectionneurs sont d’anciens joueurs formés au FC Nantes, voilà une situation probablement inédite. Et le hasard a voulu que cette rencontre se dispute au stade de la Beaujoire, là où les deux hommes ont disputé leurs premiers matchs de footballeurs pro : Didier Deschamps en 1985 et Émerse Faé en 2003. Deux destins hors du commun. Si le parcours de Didier Deschamps est connu, celui de Émerse Faé mérite tout autant d’être conté.
Une Trinité de champions du monde
Quand il est né en janvier 1984, le FC Nantes était champion de France en titre. Quand il rejoint le club onze ans plus tard, les Canaris sont encore champions de France. Et quand il signe son premier contrat pro, en 2001, Nantes fête son huitième titre. Émerse Faé est né le 24 janvier 1984 dans la Cité des Ducs et grandit dans le quartier de Malakoff. C’est le quartier où vibre encore le stade Marcel-Saupin que le FC Nantes s’apprête pourtant à quitter pour rejoindre la Beaujoire.
Issu d’une famille ivoirienne, Émerse Faé joue au foot au FC Malakoff puis au FC Toutes-Aides avant de participer à une journée de détection qui scelle son destin. Nous sommes en 1995, Émerse Faé a onze ans et rejoint les équipes de jeunes du grand club nantais.
Il évolue aux côtés de Michaël Fabre, un jeune gardien qui fera parler de lui lorsqu’il rejoint le FC Bologne à seize ans, au grand dam des dirigeants du FC Nantes. Dans le même temps, en l’an 2000, la génération 1984 est renforcée par deux jeunes en provenance de la région parisienne, Stéphen Drouin, né à Paris trois jours après Faé, et Luigi Glombard, plus jeune de huit mois.
En 2001, Faé, Drouin et Glombard (avec Fabre sur le banc de touche) remportent à Trinité-et-Tobago la Coupe du monde U17 avec une sélection française dirigée par Jean-François Jodar et portée par un redoutable duo de buteurs, les Havrais Le Tallec et Sinama-Pongolle. Un an plus tard, en 2002, les U17 du FC Nantes dirigés par Serge Le Dizet remportent la Coupe Gambardella avec Faé, Drouin, Glombard mais également Miloš Dimitrijević, David Leray et le gardien Alexis Thébaux.
Génération Gambardella
Une génération promise à maintenir le FC Nantes dans les sommets du football français. Émerse Faé est alors déjà titulaire de l’équipe réserve du FC Nantes dirigée par Loïc Amisse. Un an plus tard, l’ancien ailier nantais est promu à la tête de l’équipe première du FC Nantes et permet à Émerse Faé de découvrir l’équipe pro. Une apparition au cours de l’été en Coupe Intertoto contre le FC Wil, trois minutes d’un Nantes-Bordeaux (0-0) le 30 août 2003 en remplacement d’Olivier Quint, et enfin une titularisation dès le match suivant à Nice aux côtés de Mathieu Berson. C’est l’année de ses vingt ans et le FC Nantes connaît une belle saison, avec un parcours en Coupe de la Ligue qui envoie le FC Nantes au Stade de France pour une finale contre Sochaux.
Après avoir joué dans les différentes sélections de jeunes de la FFF, Émerse Faé choisit en 2005 de répondre à la convocation de l’équipe nationale de Côte d’Ivoire, dont le sélectionneur n’est autre qu’Henri Michel. Les nouveaux règlements de la FIFA permettent en effet aux joueurs de choisir leur sélection nationale tant qu’ils n’ont pas évolué avec la sélection A. On remarquera d’ailleurs que dans cette génération Gambardella 2002, ils seront quelques uns à défendre les couleurs d’une sélection nationale étrangère : Délis Ahou avec le Niger, Vincent Laban avec Chypre, Miloš Dimitrijević avec la Serbie. On peut ajouter le cas de Michaël Fabre, appelé en équipe d’Algérie sans jouer (le sélectionneur étant un certain Vahid Halilhodžić).
Émerse Faé dispute la finale de la CAN en 2006 aux côtés de Didier Drogba, Yaya et Kolo Touré, Gilles Yapi-Yapo, une belle équipe que Henri Michel emmène ensuite en Coupe du monde. Mais en Allemagne, le Nantais assistera aux trois rencontres du banc de touche, sans entrer en jeu.
Un fabuleux destin ivoirien
A Nantes, les promesses de la génération 1984 s’étiolent avec l’inexorable déclin du club. Sauvée in extremis de la relégation en 2005, l’équipe coule pour de bon en 2007. L’ambitieux Émerse Faé en profite pour filer à l’anglaise et répond aux sollicitations du Reading FC. L’expérience tourne court et le club anglais prête l’ancien nantais à l’OGC Nice, où il fera l’essentiel de sa carrière. Celle-ci sera abrégée en 2012, dès l’âge de vingt-huit ans en raison de blessures à répétition.
Très vite, le jeune retraité passe ses diplômes d’entraîneur et dirige les équipes de jeunes de l’OGC Nice puis l’équipe réserve du Clermont Foot. Il est ensuite appelé par la fédération ivoirienne pour seconder le Français Jean-Louis Gasset à la tête de la sélection nationale à l’occasion de la CAN. Celle-ci se déroule au pays, mais les Eléphants réalisent un premier tour catastrophique avec deux défaites, dont un cinglant 0-4 contre la Guinée Equatoriale. La sélection ivoirienne est miraculeusement qualifiée pour le second tour (en tant que meilleure troisième) mais Gasset décide de démissionner. Émerse Faé est donc propulsé à la tête de l’équipe en plein tournoi. Dix-huit jours plus tard, son équipe remporte le tournoi !
Depuis cet exploit, l’intérimaire a été confirmé dans ses fonctions de sélectionneur et emmène la Côte d’Ivoire disputer sa quatrième Coupe du monde aux États-Unis. Les supporters du FC Nantes suivront avec curiosité le parcours du gamin de Malakoff.
- Voir les statistiques nantaises de Emerse Faé sur le site histoiredufcn.fr
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