- Photo : Alain Jarnoux
Au-delà des comptes, des actifs et des résultats sportifs, le FC Nantes possède un capital immatériel que l’on ne trouve dans aucun bilan comptable : l’attachement de ses supporters. En vendant le club, Waldemar Kita ne cède pas seulement une entreprise de football. Il transmet aussi une histoire, une identité et une communauté dont la fidélité constitue une richesse inestimable.
Trois valeurs pour évaluer un club
Cent vingt-cinq millions d’euros : c’est le montant annoncé pour la cession du FC Nantes. Mais que va réellement acheter le repreneur en déboursant une telle somme ? Pour répondre à cette question, il faut dépasser l’approche comptable et considérer trois dimensions complémentaires : la valeur financière, la valeur patrimoniale et la valeur sociétale.
Ces trois dimensions ne se confondent pas. Elles ne se mesurent pas de la même manière et ne répondent pas aux mêmes logiques. Pourtant, elles sont étroitement liées. Et dans le cas du FC Nantes, la troisième pourrait bien constituer l’une des clés de compréhension de la transaction.
La valeur financière correspond à la réalité économique du club : ses recettes, ses charges, ses contrats commerciaux, ses droits audiovisuels, ses revenus liés aux compétitions et au marché des transferts, mais aussi son endettement et ses besoins de financement. Dans ce domaine, le fait qu’il n’y ait pas de dettes est un élément important mais les actifs représentés par les joueurs n’est pas suffisant pour expliquer le montant de la transaction attendue.
La valeur patrimoniale renvoie à ce que le club accumule tout au long de son histoire à travers son palmarès, ses joueurs de légende, son palmarès, son centre de formation, sa réputation et identité de jeu. Ce patrimoine est un actif précieux. Il distingue le FC Nantes d’autres clubs, nourrit sa notoriété et lui confère une place particulière dans le paysage du football françaiis. L’évidence est que cette dimension n’a pas du tout été cultivée et mise en valeur par Waldemar Kita.
La valeur sociétale du club est la plus délicate à apprécier. Un club de football professionnel occupe une place particulière dans la société. Il est à la fois une entreprise, une institution sportive et un élément de l’identité collective d’un territoire. Il crée des émotions, rassemble des générations et entretient un sentiment d’appartenance qui dépasse largement la présence physique au stade.
L’histoire du FC Nantes ne s’écrit pas seulement dans les palmarès, les bilans financiers ou les statistiques. Elle se transmet dans les familles, se raconte entre amis et se vit activement dans les tribunes. Cet attachement constitue une richesse particulière : le capital émotionnel et relationnel du club.
Les supporters ne sont pas de simples consommateurs qui achètent un billet ou un abonnement. Ils contribuent à la réputation du FC Nantes, à son attractivité, à son rayonnement médiatique et à sa capacité à mobiliser des partenaires. C’est précisément ce qui rend cette richesse si particulière : elle est entretenue par le club, mais elle ne lui appartient pas exclusivement.
Le FC Nantes est juridiquement une société appartenant à son propriétaire, mais il représente aussi, symboliquement, un patrimoine immatériel pour son territoire, sa population et ses supporters. Cette distinction est fondamentale pour comprendre les enjeux d’une cession.
Le paradoxe de cette vente
L’accord de principe rapporté par la presse reste soumis à plusieurs étapes, notamment au contrôle de la DNCG. Le montant de la transaction a de quoi surprendre puisque finalement la valeur financière est faible puisque le club ne possède aucun bien immobilier (stade et centre de formation), un effectif sans grande valeur ajoutée escomptable à court terme et des droits audiovisuels au plus bas.
Dans ces conditions, comment expliquer qu’un repreneur puisse s’intéresser à un tel investissement ?
Et là, le grand paradoxe est de constater que c’est grâce finalement à la valeur sociétale et à la fidélité de sa communauté de supporters que ce club peut prétendre atteindre les 125 millions alors que sa valeur d’achat n’était que de 10 millions il y a 20 ans. En d’autres termes, ceux qui critiquent ouvertement depuis deux décennies la gestion du propriétaire vont peut-être lui permettre de faire une transaction particulièrement intéressante car peu de spécialistes s’accordent à penser que ce club puisse valoir autant dans le contexte actuel.
Le repreneur achète donc à la fois une entreprise et la possibilité de s’inscrire dans une aventure collective qui le dépasse. Il hérite d’un potentiel économique, mais aussi d’une responsabilité : celle de préserver et de développer un patrimoine dont la valeur repose sur la confiance et la fidélité d’une communauté. Cette responsabilité est d’autant plus importante que le capital émotionnel n’est jamais définitivement acquis.
Pour le futur propriétaire, l’enjeu ne sera donc pas simplement de rentabiliser son investissement. Il consistera à renouer un lien avec les supporters, à redonner du sens au projet sportif et à réconcilier les ambitions économiques avec l’identité du club.
Car la valeur la plus singulière du FC Nantes ne se trouve ni dans son bilan comptable ni dans ses trophées. Elle réside dans cette capacité à susciter, depuis des générations, un attachement qui résiste aux crises et traverse le temps.
3 Commentaires
Très juste analyse. Mais il y a quand même un paradoxe assez incroyable dans cette histoire : après 20 ans de gestion contestée, ce serait presque la fidélité des supporters, leur passion et leur amour indéfectible du FC Nantes qui permettraient à Waldemar Kita de réaliser une aussi belle opération financière.
Le propriétaire vendra un club. Les supporters, eux, ont toujours porté une institution. 💛💚
L’histoire, les titres, la formation, le jeu à la nantaise et cette identité si particulière ne se résument pas à une ligne de bilan comptable. Ce patrimoine a été entretenu, souvent malgré tout, par des générations de supporters qui n’ont jamais cessé d’y croire.
Espérons maintenant que le futur propriétaire aura compris une chose essentielle : le FC Nantes ne se rachète pas uniquement avec 125 millions d’euros. Il se mérite, par un projet sportif ambitieux, du respect pour son histoire et une véritable considération pour ceux qui le font vivre.
Parce qu’au fond, Kita peut vendre le club… mais il ne pourra jamais revendiquer la propriété de son âme et ses supporters 💛💚 Allez Nantes
Peut-être que mon point de vue va paraître naïf ou déconnecté de la réalité mais j’ai envie de le partager.
Plutôt que de racheter ce club bien au dessus de sa valeur du moment compte tenu de sa situation économique et sportive peu florissante, avec le risque d’un fiasco économique à moyen terme, j’aurais préféré que le FCN soit payé moitié moins – réservant la possibilité au vendeur en cas de revalorisation effective lors des prochaines saisons (3 ans par exemple ? à définir…) grâce au redressement sportif et aux rentrées financières (droits TV majorés le cas échéant, ventes de joueurs, sponsoring, hausse significative du nombre d’abonnés et de la fréquentation du stade, vente de produits dérivés…), de bénéficier d’un versement complémentaire différé qui pourrait se chiffrer en dizaines de millions d’euros.
Pour simplifier, j’aurais privilégié le versement demain d’un montant fixe et dans quelques années d’une part variable liée aux résultats. Souvent lors de la vente d’un joueur, le club acheteur s’engage à verser un montant relativement élevé et à verser plus tard une autre somme correspondant à un % à la revente ou à un bonus pour nombre de matchs joués.
Je crains en effet qu’en surpayant le club, l’acquéreur ne soit plus en mesure de faire face aux dépenses de fonctionnement incompressibles et éventuels déficits constatés dans l’année ou lors des premières années de reprise et que le pire nous rattrape, à savoir l’échec des nouveaux propriétaires et la faillite du club.
Evidemment W. Kita ne verra pas les choses de la même manière, son intérêt étant de toucher le maximum à la vente, ce qui est pris n’étant plus à prendre, d’autant plus si la probabilité de gagner le pari est considérée aujourd’hui comme faible.
Un club de football n’est pas une entreprise comme une autre et la propriété n’est pas synonyme de légitimité. Tavares n’a pas par ailleurs d’expérience d’entrepreneur qui puisse rassurer sur ses intentions. D’autant qu’il va pratiquer sur une partie du montant de l’achat un crédit auprès de Waldemar Kita qui sera remboursé directement par le club c’est à dire que cela va créer de la dette. Une pratique de spéculateur que connaît bien Gerard Lopez et quelques autres.
Il faut comme le dit Chris une projection sur 3 ans. Espérons que la DNCG soit vigilante dans ce processus de rachat mais je pense que c’est à la communauté des supporters de l’être dès maintenant. Le pire est peut être devant nous.