• Photo : Alain Jarnoux

L’histoire du FC Nantes ressemble au cours de cette dernière décennie à celle de plusieurs grands clubs tels que le RSC Anderlecht, le Celtic Glasgow ou bien encore l’Ajax Amsterdam : une lente dérive institutionnelle, la perte progressive d’identité sportive, puis une reconstruction devenue possible grâce à la vitalité d’un territoire qui se refuse à le voir disparaître. Les grands clubs peuvent renaître mais tout cela impose une vraie volonté politique et une stratégie.

Opportunité

Pendant 40 ans, le club n’a pas seulement été rayonnant sur le plan sportif. Il a incarné une certaine idée du football : une culture identifiable, une philosophie du jeu collectif et une école de formation reconnue. Nous pensons inévitablement à José Arribas, Jean Claude Suaudeau et Raynald Denoueix… mais aussi à Robert Budzynski qui a été le garant d’une politique sportive novatrice dans notre pays et qui avait fait de la formation le cœur de son modèle.

Est-il inconcevable de croire que les solutions d’hier pourraient être encore celles de demain et que nous pourrions vivre avec cette relégation un nouveau cycle avec une gouvernance cohérente, une structure stable  et un lien fort avec le territoire ? Le Toulouse FC, le SCO Angers et le Stade Brestois sont des exemples vertueux de ce qu’un club est capable de faire sans grands moyens financiers.  L’urgence sportive oriente à la nécessité de remonter rapidement en Ligue 1 mais l’importance stratégique met l’accent sur la création et le pilotage d’un projet sportif proposant des choix clairs et des personnes compétentes pour l’exercer.

Car le problème du FCN n’est pas uniquement sportif. Depuis longtemps, il tient aussi à la gouvernance et à l’absence de continuité entre l’histoire du club, sa structure managériale, son système de jeu et son recrutement. Il serait important que dans la politique du club le temps long ne soit pas toujours sacrifié au détriment du court terme.

Ce qu’il faudrait faire en priorité

La presse sportive nous apprend que Waldemar Kita et son fils Franck cherchent chacun de leur côté l’entraîneur capable de nous faire remonter dès la saison prochaine, et qu’ils n’ont pas tout à fait la même vision concernant le profil. Cela n’a rien de rassurant car nous allons revivre lors de ce mercato le même processus que lors des saisons précédentes avec la nomination d’un entraîneur qui part de zéro faute d’un cadre structuré capable de gérer les impératifs du court et du long terme.  

Un club ne peut survivre durablement dans une telle instabilité et nous avons besoin d’une véritable politique sportive qui articule dans la même logique :  le choix d’un style de jeu, le recrutement, la gestion des effectifs, la formation. Le recrutement ne peut plus dépendre, comme aujourd’hui, d’une succession d’opportunités de marché ou des réseaux personnels.

Le club possède des atouts et il n’échappe à personne que notre Centre de Formation obtient des résultats remarquables dans un contexte particulièrement compliqué. Ne serait-il pas temps de considérer que la formation devienne véritablement le cœur du modèle et comprendre qu’un club comme le nôtre ne peut pas acheter sa compétitivité : il doit la produire.

Depuis plusieurs années, malgré un outil de travail à la Jonelière qui est devenu de plus en plus obsolète au regard de ce qui existe dans les autres clubs, les éducateurs sous la houlette de Samuel Fenillat performent chaque saison et décrochent des trophées.

S’appuyer sur la formation

Est-ce que pour la Direction l’idée la plus simple et la plus cohérente ne serait pas de considérer que le prochain entraîneur de l’équipe professionnelle soit issu du Centre de Formation. Au lieu de croire au coach providentiel qui n’existe pas… n’est-il pas temps de faire enfin confiance à ceux qui travaillent au sein du club dans la plus grande discrétion. Nous disposons avec Stéphane Ziani et Stéphane Moreau de deux techniciens de premier plan. Par passion du club, ils ont fait le choix d’y revenir pour apporter leurs compétences et perpétuer un savoir-faire.  Après Suaudeau et Denoueix, la nomination aujourd’hui de quelqu’un du sérail aurait du sens et de la cohérence sportive.

Toutefois, un entraîneur ne peut rien dans la durée s’il n’y a pas autour de lui un alignement stratégique de l’ensemble des acteurs autour d’une même vision du football. Nous avons besoin à Nantes comme cela existe dans les autres clubs d’un directeur sportif pour développer une stratégie sportive qui va au-delà de la saison en cours. C’est ce que Grégory Lorenzi un ancien nantais va devoir réussir à l’Olympique de Marseille après l’avoir fait durant 10 ans à Brest.  

C’est maintenant à la famille Kita de nous livrer sa vision de la situation actuelle et de prendre les bonnes décisions pour repartir sur de nouvelles bases. La relégation peut s’avérer une opportunité intéressante si la volonté des dirigeants est de s’appuyer sur les atouts du club et de faire confiance aux techniciens en place.