• Photo : Alain Jarnoux. Détail de la fresque de l’artiste Ladybug (2024) route de Saint-Joseph.

Henri Michel aura été le compagnon de plus de 15 ans de notre vie et sans interruption, pour plus de 600 matchs en jaune et 95 buts au compteur, autant d’actes dédiés à la fidélité d’un club qu’il a marqué de son empreinte incontestable au point de basculer dans l’histoire et devenir un mythe. Un stade à Basse-Goulaine, un complexe sportif à Aix-en-Provence, une fresque sur un mur de la ville et sa statue à l’entrée du stade de la Beaujoire nous rappellent le souvenir qu’il a laissé dans les mémoires. Il ne manque qu’une rue à son nom pour boucler la boucle et refermer la boite de Pandore !

Bien sûr, c’était une autre époque où chacun défendait ses couleurs des années durant, avec l’amour du maillot et une passion qui manque à beaucoup, de nos jours. Pour nous, cependant, il est resté Nantais pour toujours et dans nos cœurs définitivement une idole.

Nous étions jeunes et il a été notre grand frère, celui qui nous servait de guide, décortiquant les fondamentaux d’un foot spectaculaire basé sur le jeu offensif, capitaine à vingt-trois ans et chaque année, régulièrement élu meilleur joueur de la saison, garant ou plutôt dépositaire des préceptes de jeu du sorcier basque, Don José Arribas. Le grand Cruyff d’alors était le n°14, notre Henri le n°8.

Des débuts en fanfare

Ma mémoire remonte au 25 mars 1967, un certain Nantes-Saint-Étienne qui était l’affiche de l’année, dans un Saupin plein comme un œuf. J’avais 11 ans, nous n’avions pas de place, cause guichets fermés. Mon père a dû jouer des coudes et soudoyer un copain qui contrôlait les entrées, pour obtenir le sésame tant convoité. Je ne suis rentré qu’au bout d’un quart d’heure dans l’enceinte surchauffée, ébloui par la lumière trop dense des pylônes d’éclairage, les yeux écarquillés par le spectacle de vingt-deux bonhommes, en jaune d’un côté, et en vert de l’autre, évoluant pour de vrai, sur une pelouse qui ne semblait pas naturelle. C’était l’un de ses premiers matchs en pros et il avait marqué au bout de huit minutes de jeu. Nantes avait battu les Verts, le rival de l’époque 4 à 1 dans une ambiance merveilleuse et magique. L’enfant que j’étais, a gardé en souvenir cette image à jamais.

Henri a donc mis les pendules à l’heure tout de suite, s’imposant comme une vedette en devenir. Tout le monde avait compris ce jour là, qu’il allait devenir un grand. Personne n’a oublié son allure élégante, conquérante et presque hautaine, un rien provocatrice avec l’adversaire, comme le héros d’une époque où tout était possible.

Il faut reconnaitre que nous étions confortablement installés dans le bien-être d’une période où nos Canaris étaient en haut de l’affiche, Don José posant sa patte sur le club, ancrage orienté vers la qualité du jeu collectif, peaufinant ainsi son empreinte du « jeu à la Nantaise » qui nous fait tant parler aujourd’hui.

Des faits de jeu

Je me souviens notamment de son but contre Bastia en 1977 au cours d’un match qui allait décider d’un nouveau titre, dans une partie pourtant très mal engagée, menés que nous étions jusqu’à la 84e minute, les Nantais marquant par trois fois en 5 minutes dont un but du père Henri. Je me rappelle d’un coup franc en février 1980, balle fouettée dans la lucarne gauche de Curkovic et je n’oublie pas, bien sûr, cette finale de 1979 pour une première victoire en Coupe de France, lui, soulevant le trophée avec une joie indicible, brisant le signe indien qui nous privait de ce trophée tant désiré par le peuple nantais.

Pourtant, cette réussite nationale n’a pas été suivie de beaucoup de succès lorsque nous étions confrontés aux équipes étrangères en Coupe d’Europe. Cet échec l’aura sûrement marqué tant il était taillé pour exprimer son immense talent. Nous avons tous regretté un long passage plus laborieux en équipe de France à un moment faible de son histoire et un parcours en Europe où le succès l’a longtemps fui, échouant cependant aux portes de la finale contre Valence en 1980 pour la Coupe d’Europe des vainqueurs de coupe.

Fin de parcours

Sa carrière terminée, il a pris la poudre d’escampette, quittant la maison jaune pour devenir sélectionneur avec un succès un peu oublié avec l’équipe de France olympique en 1984 puis chez les Bleus, épisode terni par les turpitudes du Cantona. Après un court épisode à Paris, le soleil de l’Afrique l’a convaincu d’affirmer ses talents de sélectionneur avec les équipes nationales de là-bas. Le Liban l’a inspiré un temps pour une autre vie.

Nous étions nombreux à espérer un retour comme coach à la maison pour remettre une pièce dans le juke-box familial mais cela ne s’est jamais fait.

Parti dans un autre monde mais pas oublié, ses anciens coéquipiers n’auront eu de cesse que de le qualifier en termes plus qu’élogieux tels monument, légende, bonne nature, meneur intelligent, extra terrestre, la classe, la référence, un grand, le boss, le seigneur, au dessus du lot, et tourné vers les autres.

Une légende sans doute, oui.

Merci Henri de toutes ces années de bonheur.