En cette fin de journée ensoleillé d’avril, Luis Enrique s’était attendu à une rencontre difficile. En conférence de presse d’avant match, il avait indiqué que la situation au classement du FC Nantes rendait cette équipe bien plus dangereuse que l’Olympique lyonnais. Sa prédiction ne s’est pas malheureusement pas vérifiée pour nos jaune et vert.
D’un côté le talent, de l’autre l’apathie
Dominant avec le ballon, Paris n’a pourtant pas ébloui. Mais les princes du Parc étaient bien présents. Très en forme en ce moment, Kvaratskhelia a d’abord inscrit un penalty puis s’est joué, avec talent, d’une défense nantaise sur les rotules. D’une frappe puissante et précise, malgré sa position excentrée, Désiré Doué a lui douché les Nantais dans l’un de leurs rares temps forts du premier acte. Les efforts des joueurs canaris n’ont pu égaler les prouesses de l’armada parisienne. Quand le collectif ne brille pas à Paris, les individualités prennent le relais.
Côté FC Nantes, le match n’a pas été si terrible que le score final peut le laisser penser. Après le 1er but encaissé sur un penalty sifflé 3 minutes après la faute de main sanctionnée, les Canaris n’ont pas baissé la tête. Au contraire, ils ont semblé pendant une dizaine de minutes tenter de davantage jouer vers l’avant. Cela a payé quand, victime d’une faute, les jaune et vert ont obtenu un coup franc tiré indirectement. Excentré sur la gauche de la surface, Matthis Abline a alors reçu un ballon aérien d’un de ses coéquipiers et a fait usage de toute son agilité pour exécuter une magnifique volée dont la course s’est terminée dans le filet droit du portier parisien. Manque de chance, Clément Turpin a porté à sa bouche son sifflet quelques minutes plus tard en raison d’un hors-jeu de Louis Leroux. Quand tout va mal, ces décisions n’arrangent rien.
Malgré cela, assise à mes côtés, une supportrice nantaise en herbe a cru aux vertus de la mi-temps. Une croyance qui n’a pas atteint les cieux à en croire le début de second acte des coéquipiers d’Anthony Lopes. Encore assommés, ils ont déroulé le tapis rouge à l’ailier géorgien du PSG, qui n’en demandait pourtant pas tant. A 3-0, les bras et les têtes des joueurs canaris se sont baissés. En dépit du score et de la très faible probabilité de revenir à hauteur du PSG dans ce match, le FC Nantes n’a pourtant rien tenté d’autre en seconde mi-temps, rien de bien dangereux en tout cas. Nous nous sommes alors endormis dans un match qui n’a plus porté aucun enjeu.
Où sont passés les magiciens du ballon rond ?
Si cette rencontre n’était certainement pas celle sur laquelle il eut fallu espérer quoi que ce soit, le contenu n’en reste pas moins décevant. Quand les Nantais avaient le ballon, il était presque simple d’anticiper le moment où ils allaient le perdre et ce toujours selon un même schéma : manque de solutions, erreur technique grossière ou réorientation du jeu vers l’arrière pénalisée par le pressing parisien. Cette même supportrice n’a pu que constater avec désarroi que « même en ne connaissant pas grand-chose au football j’ai vu que le FC Nantes était à la traîne et rataient de nombreux mouvement techniques ». Initiée à l’hymne à la Beaujoire, elle s’est également dit déçue alors qu’on lui avait promis les magiciens du ballon rond.
De magiciens il n’y a plus sur les bords de l’Erdre. Rien ne sort plus du chapeau depuis un petit moment. Le football nantais masculin ne provoque plus de joie ou d’enthousiasme en son état actuel. Il ne suscite plus la surprise et l’émerveillement. Tout simplement car les joueurs ont perdu toute étincelle. Ils n’ont aucun levier pour la réactiver et ils ne sont pas non plus aidés pour cela. Quels qu’ils soient, ils ne restent pas moins également responsables de l’envie et de la motivation qu’ils ont pu montrer au cours de la saison.
Toujours dans l’expérimentation
A Nantes, la chimie ce n’est pas notre fort dernièrement. La solution concoctée en début de saison comme un remède aux expériences passées s’est finalement soldée par un échec. La composition de cette première solution s’appuyait sur une croyance : la progression. En titularisant de jeunes joueurs et en les associant avec des joueurs plus expérimentés (le duo Tati – Awaziem par exemple), Luis Castro, le chimiste en chef, a eu pour projet de faire grandir son équipe au fur et à mesure de la saison. Malheureusement pour lui, son enthousiasme a rapidement laissé la place à la crainte et son expérience lui a explosé entre les mains. Cette expérimentation n’a pas été reconduite. Tenue pour cause de l’échec, la solution concoctée par Luis Castro pour relancer le projet sportif des Canaris a finalement été rejetée pour être remplacée par une solution essayée de multiples fois : des joueurs « d’expérience » pour encadrer un groupe trop jeune et pas armer pour lutter pour le maintien. Ahmed Kantari et Vahid Halilhodzic ont été les deux chimistes qui ont succédé à Luis Castro. Ils n’ont su faire mieux. Ils ont peut-être fait pire.
Cette saison, je me dois de l’admettre, je n’ai pas regardé tous les matchs. Aussi, ce que j’avance après n’est qu’une impression. Mais, chers lecteurs et chères lectrices, n’avez-vous pas eu le sentiment de n’avoir jamais observé le même 11 titulaire cette année ? Car il semble que toutes les solutions de composition possibles et inimaginables ont été essayé. Chacun des 3 entraîneurs aura préféré tel ou tel joueur, écarté tel ou tel autre.
Tati a commencé la saison titulaire pour finalement être mis au placard sur la 2e partie de saison. Lepenant a aussi connu de longues périodes sans titularisation. Rémy Cabella, pour blessure parfois et par choix d’autres fois, n’a été que peu marquant. Youssef El-Arabi n’a presque plus été utilisé après l’éviction du technicien lusitanien. Coquelin, comme anticipé, n’a jamais pu enchaîner. Radakovic n’a connu principalement que le banc. Leroux a souvent été évincé puis soudainement relancé. Guirassy n’a jamais été confirmé. Mohamed a très peu joué de rencontres pleines. Enfin, constat du soir, Mathieu Acapandié, qui a majoritairement joué en réserve cette saison, s’est retrouvé titulaire sur l’aile droite nantaise face à la meilleure équipe du championnat.
Cette folle instabilité dans le 11 nantais traduit l’incapacité des différents entraîneurs à faire confiance à leurs joueurs ou aux tactiques qu’ils mettent en place. Une incapacité sans doute en partie provoquée par la pression exercée par le besoin de résultats certes. Mais une pression qui fait partie intégrante du métier et qu’il est nécessaire d’appréhender. Les changements intempestifs de composition n’ont jamais porté leurs fruits. Au contraire, le succès de la plupart des équipes, comme le Paris Saint-Germain de Luis Henrique, est d’avoir construit un collectif très bien huilé car plein d’automatismes et de dépassement de fonction. Deux caractéristiques qui ne peuvent appartenir qu’à des équipes où les joueurs s’entendent bien sur le terrain et sont très régulièrement associés ensemble. En effet, nombre de fois ce soir, on a vu des joueurs nantais qui ont perdu le ballon suite à une incompréhension avec l’un de leurs coéquipiers. A l’orée des 4 dernières rencontres de la saison, cela n’est pas possible.
Dominer c’est gagner
En tribunes, le spectacle a été de mauvaise facture. Dans un match peu emballant, le Parc a été globalement calme. Les chants peu variés, peu entraînants et monotones des groupes de supporters parisiens n’a pas aidé. Venus à quelques centaines, les supporters nantais, dont une grande partie a priori issue de la Brigade Loire ont continué leur grève des encouragements, affichant toujours la banderole portant le message suivant : « Trop d’humiliations brisent notre motivation ». Non content des résultats de l’équipe et de la politique du club, ils se déplacent à l’extérieur et sont présents à domicile mais leurs chants ne résonnent plus à la Beaujoire et ailleurs. Dommage mais compréhensible !
Toutefois, les supporters présents en parcage ont réservé quelques surprises à leur hôte du soir autour de la 20e minute de jeu. Malgré la volonté des agents de sécurité de les en empêcher, les supporters jaune et vert ont déployé sur plusieurs rangées une banderole cinglante à l’encontre du Qatar. Celle-ci disait « Le Qatar exige. La LFP obéit. Le foot français subit. On vous vomit. ».
Copieusement sifflés par le public parisien, les Nantais ont su élever leurs voix face aux problèmes de gouvernance qui habitent le football professionnel en France. Ce qui a sans doute provoqué cette banderole a été la décision de la LFP d’autoriser la tenue du match en différé en raison de la qualification du PSG en demi-finale de Ligue des Champions et ce en dépit des conséquences que cela peut avoir pour le FC Nantes ou pour ses adversaires au maintien. Une décision néanmoins validée par Kita, preuve s’il en faut que la cohérence n’est pas de mise dans la hiérarchie du club. En tout cas, cet événement a permis de constater que la critique et la protestation ne sont pas tolérées au Parc des princes. Pourtant, les supporters nantais n’ont ici fait qu’un simple constat. Mais le dominant a toujours raison dans ce monde.
Pour conclure, cette fin de saison ressemble de plus en plus à une fin annoncée. Les derniers matchs de la saison ne seront sans doute pas suffisants pour infléchir le discours eschatologique tenu depuis début janvier. Devant cette fatalité, ils nous restent le pouvoir d’écrire de nouvelles histoires, d’utiliser notre pensée pour se projeter vers de possibles moments de joie futurs et d’inviter chacun et chacune à y croire. Alors continuons à faire vivre le FC Nantes et à lutter pour que l’histoire de ce club ne soit pas entièrement ternie et jetée aux oubliettes par ses fossoyeurs.
Allez Nantes !
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