Denis Troch c’est l’homme aux trois vies : il a été joueur de football professionnel (Red Star, Paris SG et Paris FC) puis il est devenu entraîneur professionnel au Matra Racing et au Paris SG comme adjoint d’Artur Jorge avant de l’être comme entraîneur en chef dans plusieurs clubs comme le Havre, le Stade Lavallois, Amiens et Troyes. Il y a 15 ans, il a décidé à la surprise générale de changer de vie en devenant un précurseur dans un domaine encore méconnu : la préparation mentale.
Ton parcours professionnel reste une énigme pour beaucoup de passionnés de football car tu as fait le choix d’exercer un métier à peine émergeant en 2010 alors que tu étais en pleine réussite sur le plan professionnel. Est-ce que tu peux nous aider à comprendre cette reconversion qui n’a pas d’équivalence dans ta profession ?
Le moteur, c’est la passion. C’est ce qui m’a donné envie de faire du football lorsque j’étais enfant et que devant un match de Coupe de France, j’ai rêvé de la gagner. Puis ensuite les événements se sont enchaînés lorsque j’ai intégré un centre de formation puis quand je suis devenu joueur professionnel et entraîneur. Durant cette période, j’ai disputé deux finales de Coupe de France que j’ai gagné. Lorsque j’ai décidé d’arrêter le football, c’était pour la même raison : je n’avais plus la même passion. Je ressentais le besoin de comprendre ces comportements que j’observais chez moi et chez autres et sur lesquels je ne parvenais pas à apporter de réponses satisfaisantes. Le sentiment de passer à côté de quelque chose d’important concernant l’approche mentale. J’avais quitté l’école à 16 ans et demi mais j’ai commencé à lire des livres, j’ai fait des formations et suivi un master à l’université. Personne à l’époque n’a vraiment compris mon choix de quitter le monde du football mais aujourd’hui, je suis le plus heureux des hommes. Je suis dans la transmission de mes compétences, mais aussi dans celle des autres.
La préparation mentale aujourd’hui est considérée comme un élément central de la performance. Ce n’était pas le cas il y a 15 ans. Quelle est ton analyse de la situation présente ?
Quand j’ai quitté le football, j’ai voulu prendre de la distance avec ce milieu pour consolider mes compétences et tester la démarche d’accompagnement que je souhaitais mettre en œuvre, car ce métier n’existait pas encore. Au début, on me traitait de gourou. Je me confrontais à des personnes remplies de certitudes avec qui il était impossible d’échanger. Aujourd’hui, il est clairement admis qu’un sportif de haut niveau à besoin de travailler la dimension mentale. En fait, l’expérience montre que ce besoin concerne aussi un grand nombre de personnes.
« Il est essentiel d’être à l’écoute de son corps«
Il est logique de comprendre que lorsque l’on mange et boit notre corps a besoin d’évacuer les toxines. Il en est de même pour le cerveau car celui-ci doit être en mesure d’évacuer la toxicité de certaines émotions. C’est pour cela que j’ai conçu des outils utilisables par tous. Chacun agit de manière intuitive mais sans conscientiser son mode de fonctionnement. Cela explique pourquoi il y a autant de burn-out et de maladies cognitives.
Est-ce que pour avoir une bonne hygiène mentale on a forcément besoin d’être accompagné par une tierce personne ?
A un certain niveau, l’aide extérieure est précieuse mais dans l’absolu il y a des sujets sur lesquels il est possible de progresser par soi-même. Nous devons vider la cuve d’émotions toxiques que l’on subit en permanence. Chacun d’entre nous possède en lui une boîte de confiance qu’il doit alimenter au quotidien en recensant les réussites de la journée. C’est une manière de faire de la prévention car il y a toujours aussi, en nous, celui qui doute… C’est une affaire de bon sens. Plutôt que de mesurer l’écart avec l’objectif à atteindre, ce qui peut être une source de stress, nous pouvons faire le choix d’évaluer nos progrès. Dans une telle démarche, il est aussi essentiel d’être à l’écoute de son corps. Par exemple, nous savons que marcher 30 minutes chaque jour est bénéfique pour résoudre les problèmes car le mouvement et la réflexion sont intiment liés.
Compte tenu de ton expérience, considères-tu que les entraîneurs professionnels de football gèrent efficacement leur énergie ?
C’est un sujet que j’aborde souvent avec eux. Aujourd’hui, l’entraîneur donne à jet continu son énergie et il se retrouve face à des joueurs exigeants qui ne retiennent de ses apports que ce qui les intéresse. A l’issue d’une séance d’entraînement, applaudissent-ils leur coach pour le remercier ? Evidemment non. Ils consomment mais ne restituent rien. Dans ces conditions, il est difficile pour un coach de se régénérer. Le management de demain doit être ascendant. Les entraîneurs ne doivent plus transmettre mais écouter.
« Le coach doit trouver un équilibre entre altruisme et égoïsme«
C’est le joueur qui doit aller chercher l’information. La réponse qu’apporte un coach prend alors une autre valeur. Un tel système s’avère moins énergivore. Dans sa posture, le coach doit trouver un équilibre entre altruisme et égoïsme. S’il veut rayonner et apporter aux autres, il doit penser à lui et se ressourcer. Ma préconisation c’est de ne rien donner et de stimuler le besoin.
Quels sont les principaux conseils que tu pourrais donner aux entraîneurs pour gérer au mieux leur énergie ?
Je pense qu’un entraîneur doit rester en phase avec ses convictions et ne jamais s’éloigner de son chemin. C’est dans cette cohérence qu’il dépense moins d’énergie. Il doit avoir une philosophie de jeu et de management et ne pas être à chaque fois dans l’obligation de se réinventer et d’adapter son message. Son discours doit vibrer de ce qu’il veut et de ce qu’il est. Un entraîneur doit travailler dans la confiance et utiliser au maximum ses propres compétences. Ce qui fait la force des meilleurs coachs, c’est leur capacité à savoir détecter et utiliser ce qu’ils savent faire le mieux. Certains sont performants sur l’approche mentale, d’autres sur la tactique ou la capacité à préparer l’équipe. Pour d’autres encore cela va être la curiosité ou l’innovation. Et à partir de là, ils doivent se faire accompagner par des collaborateurs qui ont l’expertise qu’ils n’ont pas et choisir les meilleurs. Comme nous sommes tous différents, vouloir copier ce que font les autres n’a pas vraiment de sens. Il faut pratiquer le basique pour être en mesure de travailler avec les autres mais surtout développer sa propre unicité pour tirer le meilleur profit de ses aptitudes et compétences.
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Denis Troch intervient dans le monde du sport de haut niveau et dans celui de l’entreprise mais il est aussi le créateur de PARCOURS PARENTHESE une application sur le bien être à l’attention de tous. Elle permet à chacun d’entre nous de mener sa propre réflexion et de trouver des réponses sur des problématiques telles que la confiance en soi ou la gestion du temps.
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