En cet été 1977, alors que Nantes fête le quatrième titre de champion de France de ses Canaris, Lille fait grise mine. Le LOSC a terminé dix-neuvième du championnat et retrouve donc la deuxième division, trois saisons seulement après sa dernière remontée. 

Révolution à Lille

Les perspectives ne sont guère réjouissantes, car les finances sont au plus bas. Pierre Mauroy, le maire de la ville, avoue sa réticence à subventionner une équipe de mercenaires et fait savoir qui préférerait une équipe qui représenterait la région. Les actes succèdent aux discours : le président Pierre-Marie Delannoy est démissionné pour laisser place à un duo chargé d’assainir les finances et de reconstruire une équipe compétitive.

Les gros salaires de l’équipe sont priés d’aller voir ailleurs. On reconstruit l’équipe avec des joueurs plus modestes et si possible des jeunes du coin. Pour le poste d’entraîneur, les dirigeants songent à un bâtisseur plutôt qu’un pompier. Leur choix se porte sur José Arribas. L’homme est connu pour avoir fait du FC Nantes un des tous meilleurs clubs français. Après seize années passées en Loire-Atlantique, l’entraîneur basque a tenté l’aventure à l’Olympique de Marseille, où il n’est resté que quatre mois. Erreur de casting.

« Après Marseille, témoignent son épouse et son fils, José ne voulait pas rester inactif trop longtemps. Il a été séduit par la proposition lilloise qui correspondait à ses aspirations« . A Lille, José Arribas retrouve un peu la situation qu’il avait connue à son arrivée à Nantes : un club de deuxième division avec peu de moyens, mais un potentiel à exploiter pour peu qu’on se montre patient. « Il y avait toutefois moins à bâtir qu’à Nantes, tempère Mme Arribas. Le LOSC avait déjà des structures« .

Les Dogues et du style

Le club recrute quelques joueurs plus ou moins en disgrâce comme Didier Simon, Žarko Olarević, Pierre Pleimelding, Arnaud Dos Santos et intègre un grand nombre de jeunes de la région qui ont pour noms Plancque, Dréossi, Grumellon, Tirloit, Delemer, Zagar, Denneulin, etc. 

Comme à Nantes, on compte peu de grands noms, mais José Arribas va façonner cet effectif hétéroclite. L’équipe gagne en cohésion, obtient des résultats et occupe la tête du classement, à tel point que la remontée est déjà envisagée. Elle sera effective en fin de saison après une victoire épique (3-2) obtenue contre Stade Quimpérois de Jacques Le Bourgocq et Robert Dewilder. 

Lille revient en première division en 1978 avec quasiment la même équipe, tout juste renforcée par l’Argentin Cabral et l’international junior René Marsiglia. Les pronostics ne lui sont pas vraiment favorables, mais après cinq journées, elle occupe la cinquième place et vient arracher un point au FC Nantes sur la pelouse de Marcel-Saupin (0-0).

En décembre, au match retour, elle s’incline à Grimonprez-Jooris face aux Canaris (1-3), mais s’accroche toujours à la première partie du tableau. En fin de saison, la jeune équipe d’Arribas termine à la sixième place, la meilleure saison du club depuis la quatrième place de 1952/1953.

Club d’élite à long terme

Les saisons suivantes seront un peu plus délicates. La jeune équipe lilloise, où l’on voit poindre Eric Péan, Pascal Planque, Joël Henry, Bernard Pardo et le gardien Philippe Bergerôo, se battra plus souvent pour obtenir son maintien que pour les places européennes. Au passage, les hommes d’Arribas s’offrent un petit plaisir en Coupe de France, celui d’éliminer le FC Nantes alors tenant du trophée.

Après quatre saisons où il aura consolidé les bases du club, José Arribas laissera sa place à Arnaud Dos Santos. Après avoir longtemps fait l’ascenseur dans les années 1970, le LOSC se maintiendra en première division jusqu’à la fin du siècle, pendant presque vingt ans. Preuve que les fondations posées par l’ancien entraîneur nantais étaient solides. 

  • Merci à José fils et Madame Arribas pour leur contribution.