Abdoulaye Dabo, un avenir vêtu de noir et blanc, un début de carrière entre ombre et lumière
Abdoulaye Dabo, un avenir vêtu de noir et blanc, un début de carrière entre ombre et lumière
L'équipe Première / Mercato / Jeunes
Abdoulaye Dabo, un avenir vêtu de noir et blanc, un début de carrière entre ombre et lumière
Le jeune milieu de terrain nantais s’est engagé récemment avec la « vieille dame » pour un prêt assorti d’une option d’achat d’environ 1,5 million d’euros. Passé pro à 16 ans, régulièrement appelé par les sections jeunes des U16 aux U18 de l’équipe de France, le désormais ex grand espoir du centre de formation des Canaris s’est envolé pour l’Italie, dans un club qui, il y a quelques années, avait déjà formulé une offre de quelques millions d’euros pour s’en attacher les services. Abdoulaye Dabo symbolise probablement la lignée de jeunes nantais à quitter prématurément le nid, et à migrer vers de nouveaux horizons. La cause à une mauvaise intégration au sein du groupe professionnel ? Aux appels incessant des « gros » poissons ? Quoiqu’il en soit, le FC Nantes n’a pas su retenir le natif de la cité des Ducs.
Maxime Thomas
14 janvier 2021

Le moins que l’on puisse dire sur Abdoulaye Dabo, c’est que c’est un pur produit de la formation nantaise. Après avoir grandi dans une cité du quartier de Bellevue, où il y a effectué toutes ses classes, c’est sans surprise que ce grand fan d’Iniesta rejoint la maison jaune en 2014 avec les U14. Réputé pour son humilité, sa maturité et sa sympathie, l’ancien canaris de 19 ans, dont le parcours de vie est loin d’être des plus aisés, a rapidement été surclassé du côté de la Jonelière. Et pour cause, ce cadre de la génération 2001 a l’avantage d’être polyvalent : il peut évoluer aux trois postes du milieu de terrain et sur le côté droit. Patrick Gonfalone, sélectionneur de l’équipe de France U17 avait confié, après l’avoir eu sous ses ordres, que le jeune Dabo était « un mélange de Paul Pogba et Ngolo Kanté » (Ouest-France). Son style atypique, physiquement et techniquement, lui permet d’obtenir treize sélections en équipe de France U16 (4 buts) et une dizaine en U17 (1 but).

Sans surprise, il attire la convoitise de grosses écuries européennes. Parmi elles, la Juventus de Turin, qui lui fait déjà les yeux doux et dépose sur la table de Waldemar Kita en juillet 2017, une offre de 7 millions d’euros. Le président franco-polonais la refuse, pour lui, cela ne fait aucun doute : Abdoulaye continuera à gravir les échelons sur les bords de l’Erdre, et lui rapportera au moins le double d’ici quelques années. Il s’était d’ailleurs exprimé à l’époque dans la presse locale « On n’a pas donné suite, il y en a tellement qui se sont brûlés les ailes en partant trop tôt. Heureusement, il est bien entouré ». Tiendrait-il les mêmes propos trois ans et demi après ?

Parfait exemple de la maturité mais également de la précocité du Nantais, il signe son premier contrat professionnel avec son club formateur à 16 ans, désireux de s’imposer sous le maillot Jaune et Vert, mais loin d’imaginer l’avenir qui lui est destiné.

Il devient, à 17 ans et 5 mois, le plus jeune joueur nantais à fouler la pelouse du monde professionnel, une première depuis Salomon Olembé en 1997. Ses formateurs, sa famille, les supporters espéraient la même suite de carrière, imaginant déjà les beaux jours que promettait ce prodige de Bellevue quand Miguel Cardoso lui donna sa chance en le titularisant à deux reprises, à un poste qu'il n’appréciait pas particulièrement, dans une équipe qui avait des difficultés à obtenir des résultats. Pierre-Hakim Ouggourni, journaliste à Ouest-France et observateur minutieux des jeunes générations, nous évoque son ressenti sur cette ascension fulgurante « Mes souvenirs de Dabo au FC Nantes resteront seulement ses très bonnes performances avec les jeunes et sa préparation estivale très réussie sous Cardoso, je me souviens d’un joueur largement au dessus du lot en jeunes avant de monter chez les pros ». Et, pour cause, après l’évincement du portugais, « coach Vahid » coupait alors les ailes du petit oiseau qui tomba du nid, sans jamais parvenir à y remonter.

 

La descente aux enfers continue avec les entraîneurs qui se succèdent sans le titulariser, de Cardoso à Domenech, en passant par Vahid et Gourcuff. Si le premier lui a donné l'opportunité d’accomplir son rêve, l’ancien sélectionneur des bleus n’a pas eu le temps de croire en lui. Régulièrement rétrogradé en U19 lors de cette période compliquée, additionné à plusieurs apparitions avec l’équipe réserve et quelques entraînements avec les professionnels, Dabo commençait à s’impatienter.

 

Pendant longtemps, les observateurs de l’équipe U17 étaient impressionnés de par sa justesse technique, sa capacité à éliminer, à se procurer des occasions par ses propres moyens. « J’ai pas forcément de match en tête, mais sa première partie de saison en U17 Nations était vraiment remarquable. Cela lui a valu de monter directement avec les U19 et il avait continué sur sa lancée en étant très bon et en contribuant à la qualification pour les playoffs du championnat. Sinon, son tournoi de Rezé en 2016 où il est surclassé avec les U17 était également excellent. Ils gagnent le tournoi et il est élu meilleur joueur de la finale. » poursuit P-H. Ouggourni. Un ton au dessus de ses coéquipier, certains diront que dans un tout autre contexte, aligné à un tout autre poste, et par un tout autre entraîneur, le destin aurait pu être tout autre pour la nouvelle recrue turinoise « l’histoire aurait pu être différente. Chaque partie a sa part de responsabilité, lui, Cardoso, la direction, les entraîneurs suivants, la formation. Ça ne s’est pas fait et il faut que le club s’en serve pour ne plus reproduire ses erreurs dans futur. »

Le problème est probablement plus profond : a-t-il été suffisamment entouré pendant cette phase, aussi compliquée et durable fut-elle ? « Mentalement il a dû prendre un coup. Passer de titulaire en Ligue 1 à joueur en U19, ça met un coup au moral. Il a également dû se refaire une santé physiquement. Avant son arrivée en pro, il était l’un des meilleurs du club en terme d’endurance, et de volume de jeu. L’absence de préparation physique avec Cardoso l’a entamé sur ce point » nous explique l’ancien journaliste de Presse-Océan.

 

Désormais, c’est dans un top club européen que Abdoulaye Dabo tentera de surprendre les observateurs qui continueront à suivre son parcours, avec une volonté de montrer à ses formateurs, ainsi qu'aux supporters nantais, que son potentiel ne l’a jamais quitté. « La Juventus ne l’a pas perdu de vue depuis 2017 et elle lui a manifesté des signes de confiance. Choses que le FC Nantes ne lui a pas forcément apporté. ». De quoi se demander s’il n’est pas l'exemple d’une jeunesse nantaise qui quitte fréquemment et prématurément son club formateur. « Je ne dirais pas qu’il est le symbole. En tout cas, pas plus qu’un Mendy ou qu’un Basila. Ce sont des joueurs que le club a formés, et bien formés. Mais il n’a pas su en tirer profit en équipe première » termine notre intervenant local, avant d'ajouter « Depuis qu’il est tout petit, il rend les autres meilleurs et il voit tout avant les autres ». Peut-être que ce départ aussi, le nouveau coéquipier de Cristiano Ronaldo l’avait également aperçu avant tout le monde…